« Requiem pour la Contre-Révolution »

P-L. Mou­denc
Ri­va­rol (N°2877 24/10/08)

Les fa­mi­liers de la presse non-con­for­miste con­naissent sans doute Ro­dolphe Ba­di­nand. Il a col­la­bo­ré, de­puis les an­nées 70, à de nom­b­reux pé­r­io­diques (dont Ri­va­rol, en 1978) et se si­tue dans une mou­vance eu­ro­péenne par­ti­cu­lière dont il s’ef­force de dé­fi­nir les con­tours par com­pa­rai­son avec des mou­ve­ments plus ou moins proches de ses con­cep­tions .
Entre tra­di­tio­na­lisme, ce­lui qui se ré­c­lame de Re­né Gué­non et de Ju­lius Evo­la, et ad­hé­sion à une mo­der­ni­té dé­l­iques­cente et mor­ti­fère, il trace des voies al­ter­na­tives des­ti­nées à mo­bi­li­ser les peuples eu­ro­péens. Po­li­tique­ment proche, comme l’on voit, de la Nou­velle Droite – ou d’une branche de celle-ci. À l’heure ac­tuelle, il par­ti­cipe au site eu­ro­péa­niste .eu­ro­pe­maxi­ma.com.
Son Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion éc­rit au mi­lieu des an­nées 199O était à l’ori­gine des­ti­né aux membres du G.R.E.C.E. Aux er­re­ments de la Contre-Ré­vo­lu­tion dont il re­con­naît quelques mé­rites mais à laquelle il re­p­roche plu­sieurs am­bi­guï­tés, comme de s’être, ex­c­lu­si­ve­ment ri­vée à un pas­sé fi­gé, four­voyée dans la po­li­tique au pire sens du terme, il op­pose la Ré­vo­lu­tion con­ser­va­t­rice eu­ro­péenne por­teuse de va­leurs d’ave­nir. Contre toutes les pol­lu­tions in­tel­lec­tuelles is­sues des siècles pas­sés et qui ont en­gen­d­ré la mo­der­ni­té – idéo­lo­gie des droits de l’homme, na­tio­na­lisme, li­bé­ra­lisme, to­ta­li­ta­risme, mul­ti­cul­tu­ra­lisme – il prône, non sans une vi­gueur ro­bo­ra­tive, la vo­lon­té et le com­bat.
Les autres es­sais qui cons­ti­tuent ce re­cueil abordent, sous d’autres angles, les mêmes thèm­es. Il s’agit, au nom d’un fu­tur qui fe­rait table rase des vi­eil­les idoles et d’une so­cié­té de­ve­nue pu­t­ride, de mo­bi­li­ser les éner­gies au­tour de va­leurs com­munes. Elles prennent ra­cine dans la tra­di­tion sans pour au­tant en être pri­son­nières. « Notre ré­sis­tance, éc­rit-il dans “ En guerre ! “, se veut in­té­g­rale, elle touche tous les do­maines de la vie que la Mo­der­ni­té a con­ta­mi­nés. […] Pour le sys­tème et ses sbires, nous in­car­nons le plus grand des pé­r­ils parce que nous croyons en nos rêves. »

Da­niel Co­logne
Le Coin Lit­té­raire (no­vembre 2008)

Ain­si s’ac­hève Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion, dont l’au­teur Ro­dolphe Ba­di­nand me fait l’hon­neur d’être le co-dé­di­ca­taire. Il ne m’en vou­d­ra donc pas si j’in­verse l’adjec­tif in­dé­fi­ni et l’adjec­tif dé­mons­t­ra­tif. L’ap­pel clô­tu­rant ce re­marquable re­cueil d’ ‘’es­sais im­pé­rieux’’ est en réa­l­i­té ré­di­gé comme suit :
‘’Pour le Sys­tème et ses sbires, nous in­car­nons le plus grand des pé­r­ils parce que nous croyons en nos rêves’’. Ro­dolphe Ba­di­nand cite alors Tho­mas Ed­gar La­w­rence : ‘’Les rê­veurs de jour sont des hommes dan­ge­reux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ou­verts et le rendre pos­sible’’. L’au­teur con­c­lut : ‘’Soyons ces rê­veurs éveil­lés…’’ (p.163).
Qui sommes nous donc et quel est ce ‘’Sys­tème’’ que Ro­dolphe Ba­di­nand nous in­vite à faire trem­b­ler ? Di­sons d’abord ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes pas des ‘’an­ti-Lu­mières’’, comme nous dé­s­ignent nos en­ne­mis. Nous ne sommes pas les nos­tal­giques d’un temps ré­vo­lu, les pas­séistes as­sou­pis dans la lan­gueur des re­g­rets éter­nels. Nous cou­pons le cor­don om­bi­li­cal avec la Contre-Ré­vo­lu­tion, dont nous sa­luons néan­moins le double mé­rite : son cou­rage d’être en­t­ré en ré­sis­tance contre des ‘’va­leurs mor­ti­fères’’, et no­tam­ment les ‘’idéo­lo­gies éga­li­taires’’, mais aus­si la ‘’va­leur di­dac­tique’’ de ‘’son éc­hec’’ (p.42).
Nous sommes les par­ti­sans d’une re­com­po­si­tion du monde fon­dée, non sur l’abs­t­rac­tion droit-de-l’hom­miste, mais sur le socle con­c­ret du ‘’droit des hommes (c’est moi qui sou­ligne) à s’en­ra­ci­ner dans leur ter­roir et leurs com­mu­nau­tés d’ap­par­te­nance mul­tiples et va­riées’’ (p.163).
Cette re­fon­da­tion pla­né­taire pos­tule une re­cons­t­ruc­tion de l’Eu­rope se­lon un ‘’prin­cipe fé­dé­ra­teur d’es­sence su­pé­rieure’’ (p.162), dont l’ab­sence per­ti­nem­ment ép­in­g­lée par un mo­narque po­ly­né­sien fut le cause de la Pre­mière Guerre Mon­diale. En ci­tant Tu­pon IV, roi des Ton­ga, Ro­dolphe Ba­di­nand té­moigne de ce qu’est la vé­ri­table ou­ver­ture à l’Autre, la ca­pa­ci­té d’être au­t­hen­tique­ment à l’écoute de la sa­gesse, d’où qu’elle vienne : tout le con­t­raire de la men­son­gère ‘’to­lé­rance’’ du Sys­tème, où l’éga­li­ta­risme de façade masque l’im­pi­toyable vo­lon­té d’épui­ser les hommes et les peuples dans une course in­fer­nale le long de ‘’la ligne droite in­di­vi­du-Etat ja­co­bin-Etat mon­dial-hu­ma­ni­té’’ (p.163).
Un exemple de ‘’prin­cipe fé­dé­ra­teur’’ est l’idée im­pé­riale telle que la con­c­ré­t­ise l’ins­ti­tu­tion plu­ri­sé­c­u­laire du Saint Em­pire ro­main ger­ma­nique. ‘’Au Moyen Age, l’em­pire sa­c­ré et sanc­ti­fié ne pou­vait que pro­mou­voir l’idéal ch­ré­t­ien. Il au­rait été in­con­ce­vable qu’il s’édi­fiât contre la majo­ri­té re­li­gieuse du mo­ment’’ (p.119). A notre époque de dé­ch­ris­tia­ni­sa­tion, il ne faut évi­dem­ment pas as­pi­rer à re­p­ro­duire la st­ruc­ture mé­dié­vale, mais il con­vient de lui sub­s­ti­tuer un sym­bo­lisme cos­mique où l’Em­pire se­rait une image du So­leil cen­t­ral au­tour duquel tour­ne­raient, à des vi­tesses dif­fé­r­entes, comme les pla­nètes du sys­tème so­laire as­t­ro­no­mique, les na­tions (pa­t­ries his­to­riques) et les ré­gions (pa­t­ries char­nelles). Ain­si l’Eu­rope pour­rait-elle re­ven­diquer le titre de ‘’pa­t­rie idéale’’, ré­pondre à l’exi­gence d’uni­ver­sa­li­té ins­c­rite au cœur de toute pen­sée mé­t­a­po­li­tique.
Ro­dolphe Ba­di­nand dis­tingue ju­di­cieu­se­ment l’im­pé­ria­li­té et les im­pé­ria­lismes. ‘’Con­t­rai­re­ment au Saint Em­pire, les Pre­mier et Se­cond Em­pires français n’ont re­po­sé que sur les épaules d’une per­son­na­li­té cha­ris­ma­tique’’ (p.116). Son pro­cès des bo­na­par­tistes n’a d’égal que son rejet de l’hit­lé­risme, ‘’ver­sion teu­tonne du ja­co­bi­nisme français’’ (p.121).
Dans la ligne d’Alain de Be­noist, Ro­dophe Ba­di­nand con­si­dère aus­si comme de ‘’faux em­pires’’ les em­pires co­lo­niaux an­g­lais, français, hol­lan­dais, por­tu­gais ou es­pa­g­nol. Il tient ‘’le mal co­lo­nial’’ (p.127) pour une des étapes im­por­tantes de la ‘’dé­com­po­si­tion de la France’’ (p.125).
Eru­dit français, Ro­dophe Ba­di­nand con­sacre tout na­tu­rel­le­ment de nom­b­reuses pages à l’his­toire de son pays. Re­cen­sant l’ou­v­rage d’un his­to­rien de l’Uni­ver­si­té de Jé­ru­sa­lem, il rap­pelle ‘’les pré­ten­tions ca­pé­tiennes à la Cou­ronne du Saint Em­pire ro­main ger­ma­nique’’ (p.95), qui au­rait pu de­ve­nir, entre les règnes de François Ier et Louis XIV, un ‘’Saint Em­pire ro­main de la Na­tion Française’’ (p.96). C’est l’un des textes courts du re­cueil, qui al­ternent avec des es­sais plus longs, de même que se suc­cèdent, dans un en­semble ip­so fac­to de lec­ture ag­réable, de brefs comptes-ren­dus de livres, de vi­gou­reuses in­ter­ven­tions con­fé­r­en­cières et de pro­fonds es­sais où la ré­flex­ion toujours nuan­cée se dé­p­loie dans un style souvent cha­toyant.
La cou­tume gas­t­ro­no­mique en­cadre le plat de ré­sis­tance de hors-d’œuvre et de des­serts. Ici, l’es­sai le plus con­sis­tant, qui donne d’ail­leurs son titre au flo­ri­lège, est op­por­tu­né­ment pla­cé en tête. Une qua­ran­taine de pages d’une rare den­si­té in­tel­lec­tuelle nous con­vie ain­si à ré­f­lé­c­hir sur la Contre-Ré­vo­lu­tion ‘’im­passe in­tel­lec­tuelle majeure’’ (p.13).
L’Eg­lise ca­t­ho­lique fut la pre­mière à s’op­po­ser à la ré­vo­lu­tion de 1789 et elle le fit avec d’au­tant plus de force qu’un an à peine ap­rès la prise de la Bas­tille, fut vo­tée la Cons­ti­tu­tion ci­vile du cler­gé (1790), la ‘’plus grave er­reur’’ (p.19) de la ré­vo­lu­tion sui­vant l’au­teur.
Ce­lui-ci exa­mine, tout au long des deux siècles écou­lés, la ‘’lente trans­la­tion vers la Mo­der­ni­té’’(p.24) qui af­fecte la ca­t­ho­li­cisme et dont Jacques Ma­ri­tain (1882-1973) offre un exemple sym­bo­lique.
Le roya­lisme éga­le­ment a suc­com­bé, au fil des dé­c­en­nies, à la con­ta­gion de l’es­p­rit mo­der­niste. Ce der­nier ‘’con­ta­mi­na les doc­t­rines mo­nar­c­hiques avec la même vi­gueur qu’il se dé­ve­lop­pait au sein du ca­t­ho­li­cisme’’ (p.28). Des mou­ve­ments roya­listes de gauche naquirent ain­si dans toute l’Eu­rope mé­ri­dio­nale : le Par­ti po­pu­laire mo­nar­c­hique por­tu­gais, le car­lisme es­pa­g­nol qui ‘’se trans­for­ma en un mou­ve­ment so­cia­liste au­to­ges­tion­naire’’ (p.30), et en France les ‘’’maur­ras­siens’’ de la Nou­velle Ac­tion Française de Ber­t­rand Re­nou­vin.
‘’Avec ces trois exemples’’, éc­rit Ro­dolphe Ba­di­nand, ’’nous de­vons nous in­ter­ro­ger si la Contre-Ré­vo­lu­tion et la Ré­vo­lu­tion ne se­raient pas l’avers et le re­vers d’une même mé­daille ap­pe­lée la Mo­der­ni­té’’ (Ibid).
Avant de re­ve­nir sur cette im­por­tante ci­ta­tion, où l’on voit émer­ger sous la plume de l’au­teur le ques­tion­ne­ment fon­da­men­tal, ép­in­g­lons en­core cette vi­sion non con­for­miste des ré­gimes de Sa­la­zar, Fran­co et Pé­tain, où Ro­dolphe Ba­di­nand voit les germes de l’élan éco­no­mique-in­dus­t­riel d’ap­rès-guerre, via l’ar­ri­vée au pou­voir des tech­no­c­rates. Le phé­no­mène lui semble par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans la France de Vi­c­hy, ap­rès ‘’la no­mi­na­tion de l’ami­ral Dar­lan à la vice-pré­s­i­dence du Con­seil des mi­nistres’’ (p.31).
Y au­rait-il eu donc un ‘’ap­port contre-ré­vo­lu­tion­naire au li­bé­ra­lisme’’ (p.32) ? Oui, ré­pond sans hé­si­ta­tion l’au­teur qui va jusqu’à éta­b­lir un pa­ral­lé­l­isme entre la ’’main in­vi­sible’’ du mar­c­hé et les ’’voies in­son­dables’’ de la Pro­vi­dence. Les fon­de­ments ch­ré­t­iens de la Contre-Ré­vo­lu­tion sont ici mis en cause et il en dé­coule que la dé­rive po­ten­tielle des contre-ré­vo­lu­tion­naires était pré­vi­sible dès la fin du XVIIIème siècle.
Ro­dolphe Ba­di­nand rap­pelle op­por­tu­né­ment que ’’les trois fu­tures som­mi­tés de la contre-ré­vo­lu­tion in­tel­lec­tuelle étaient vus par leurs con­tem­po­rains comme des li­bé­raux : Ed­mund Burke était un par­le­men­taire whig, dé­fen­seur des droits du Par­le­ment an­g­lais et de la Ré­vo­lu­tion amé­ri­caine ; Jo­seph de Maistre était, à la cour de Sa­voie, ju­gé comme un franc-maçon fran­co­p­hile et Louis de Bo­nald fut, en 1789-1790, le maire li­bé­ral de Mil­lau’’ (p.41).
Quant à la Ré­vo­lu­tion con­ser­va­t­rice, que ses ad­ver­saires ont bap­ti­sée ’’Nou­velle Droite’’, elle in­tègre certes un hé­ri­tage contre-ré­vo­lu­tion­naire, mais elle se ré­fère aus­si au so­cia­lisme prou­d­ho­nien, aux non-con­for­mistes des an­nées trente si bien étu­diés par Pierre Lou­bet del Bayle, et au si­tua­tion­nisme de Guy De­bord dé­nonçant ’’la so­cié­té du spec­tacle’’. Ro­dophe Ba­di­nand con­c­lut son ana­lyse de ce cou­rant par cette hy­po­t­hèse de re­c­herche que les his­to­riens des idées po­li­tiques de­v­raient creu­ser ; ’’Ce syn­c­ré­t­isme sem­b­le­rait marquer la fin his­to­rique de la Contre-Ré­vo­lu­tion en tant que mou­ve­ment de pen­sée’’ (p.36).
Ro­dolphe Ba­di­nand s’in­ter­roge de ma­nière in­at­ten­due : ‘’L’éco­lo­gie : le der­nier sur­geon contre-ré­vo­lu­tion­naire ?’’ (p.38). L’au­teur fait un rap­p­ro­c­he­ment in­soupçon­né entre, d’une part les éc­rits d’un Edouard Gold­s­mith ou d’un Ber­nard Char­bon­neau, et d’autre part, le ro­man bal­za­cien Le Mé­d­e­cin de Cam­pagne, sorte d’Ar­ca­die où «’’cha­cun mène une exis­tence éq­ui­li­b­rée’’ et où ‘’la na­ture maî­t­ri­sée, mais non ag­res­sée par le ma­c­hi­nisme, donne des fruits à tous les vil­la­geois’’ (p.39). Au même titre que la Nou­velle Droite et la Ré­vo­lu­tion Con­ser­va­t­rice, l’éco­lo­gie dé­passe ‘’les vieux cli­vages, de­ve­nus ob­so­lètes’’ (voir le slo­gan Ni Droite ni Gauche d’An­toine Waech­ter) et ne se laisse pas en­fer­mer dans le bi­nôme Ré­vo­lu­tion – Contre Ré­vo­lu­tion. Sa vi­sion du monde dy­na­mique rompt avec le pas­séisme ru­ra­liste exal­tant une so­cié­té cham­pêtre ‘’stable, im­muable et édé­n­ique&nbsp’’ (Ibid).
Par­ta­geant avec les éco­lo­gistes cer­taines lé­gi­times préo­c­cu­pa­tions en­vi­ron­ne­men­tales, Ro­dolphe Ba­di­nand aver­tit : ‘’Si le ré­c­hauf­fe­ment pla­né­taire se pour­suit et s’ac­cen­tue, dans quelques cen­taines d’an­nées, la banquise au­ra peut-être dis­pa­ru, fai­sant de l’océan po­laire un do­maine
ma­ri­time de pre­mière im­por­tance’’ (p.123). La maî­t­rise de l’Ar­c­tique s’im­pose à l’au­teur comme une des plus im­pé­rieuses né­c­es­si­tés pour le fu­tur Em­pire eu­ro­péen. Cet enjeu tant st­ra­té­gique que sym­bo­lique est d’au­tant moins né­g­li­geable que les an­ciennes my­t­ho­lo­gies in­do-eu­ro­péennes, y com­p­ris celle de l’Hel­lade mé­di­ter­ra­néenne et celle de l’Inde vé­dique, men­tionnent le Sep­ten­t­rion comme l’ori­gine, si­non de l’hu­ma­ni­té, du moins d’une de ses plus im­por­tants ra­meaux. L’Eu­rope se de­v­ra donc d’être pré­s­ente sur tout le pour­tour de l’Océan Ar­c­tique com­por­tant aus­si des ri­vages asia­tiques et nord-amé­ri­cains.
‘’Face à la ma­rée mon­tante des peuples du Sud, le re­g­rou­pe­ment in­ter­con­ti­nen­tal des des­cen­dants de Bo­réens ne se jus­ti­fie que par le dé­s­ir de sur­vivre au XXIème siècle. Ce­la mé­rite au moins un dé­bat que seul l’ave­nir tran­c­he­ra’’ (p.73).
Ro­dolphe Ba­di­nand nous con­vie à ef­fec­tuer deux dé­marches si­mul­ta­nées : re­t­rou­ver le che­min de notre ‘’plus longue mé­moire’’ et ima­gi­ner notre fu­tur loin­tain.
‘’Les contre-ré­vo­lu­tion­naires sou­hai­taient con­ser­ver in­tact le pas­sé. Leur dé­marche les ob­li­gea souvent à faire de l’ave­nir table rase. Entre la né­ga­tion du pas­sé, pro­pa­gée par la Mo­der­ni­té, et le re­fus du fu­tur, pra­tiqué par la Contre-Ré­vo­lu­tion, existe une troi­sième voie : l’ar­c­héo-fu­tu­risme’’ (p.44). L’au­teur se ré­fère à Guil­laume Faye, qui a long­temps par­ta­gé avec Alain de Be­noist, quoique dans un autre re­gistre, le ma­gis­tère in­tel­lec­tuel de notre fa­mille de pen­sée. Né vers 1972, is­su de la gé­né­ra­tion sui­vante, Ro­dolphe Ba­di­nand peut pré­tendre à la suc­ces­sion de ces deux maîtres à pen­ser, se­lon l’ex­p­res­sion con­sa­c­rée et en l’oc­cur­rence toute re­la­tive si l’on pense à ces fi­gures hors normes que sont Re­né Gué­non (1886-1951) et Ju­lius Evo­la (1898-1974).
A pro­pos de ces deux im­menses éveil­leurs, il est temps de se de­man­der dans quelle me­sure ils ont été pié­gés par le bi­nôme Ré­vo­lu­tion-Contre Ré­vo­lu­tion. C’est à force de cri­tiquer le pro­g­res­sisme mo­derne rec­ti­li­néaire que l’on dé­rive peu à peu, au dé­part d’une con­cep­tion cy­c­lique de l’his­toire, vers un dé­c­a­d­en­tisme ‘’tra­di­tion­nel’’ tout aus­si rec­ti­li­néaire.
Pro­g­res­sisme et dé­c­a­d­en­tisme ap­pa­raissent alors comme les deux faces de la même mé­daille, de même que s’im­pose la né­c­es­si­té, pour la Nou­velle Droite et la Ré­vo­lu­tion Con­ser­va­t­rice, de faire ve­nir leurs ad­ver­saires sur leur ter­rain (c’est Ro­dolphe Ba­di­nand qui sou­ligne). ‘’Qu’elles cessent donc de dé­battre des idées ad­verses pour im­po­ser la dis­cus­sion sur leurs idées’’ (p.43). Qu’elles ar­rêtent de dis­ser­ter sur les in­con­vé­n­ients du pro­g­res­sisme et sur l’ab­sur­di­té d’un ‘’sens de l’His­toire’’, et qu’elles va­lo­risent les avan­tages et la so­li­di­té de leur con­cep­tion cy­c­lique du de­ve­nir hu­main, qui est une res­pi­ra­tion à plu­sieurs vi­tesses, et qui ne peut en au­cun cas dé­gé­né­r­er en un dé­c­a­d­en­tisme ver­ti­gi­neux.
Osons nous dres­ser avec Ro­dolphe Ba­di­nand contre l’exor­bi­tante pré­ten­tion de la dé­mo­c­ra­tie mo­derne à être le point omé­ga de l’aven­ture hu­maine. Adop­tée le 26 août 1789, la Dé­c­la­ra­tion des droits de l’homme et du ci­toyen com­porte en son Ar­ticle XI une res­t­ric­tion à la li­ber­té d’ex­p­res­sion que l’au­teur re­p­rend in ex­ten­so : ‘’sauf à ré­pondre de l’abus de cette li­ber­té dans les cas dé­ter­mi­nés par la loi ‘’ (p.18).Ro­dolphe Ba­di­nand com­mente : il s’agit d’ ‘’une ph­rase si vague qu’elle per­met toutes les in­ter­p­ré­ta­tions pos­sibles et jus­ti­fie toutes les po­lices de la pen­sée. Or le to­ta­li­ta­risme com­mence quand on em­pêche cer­taines opi­nions de s’ex­p­ri­mer sur la place pu­b­lique…(Ibid.). La Mo­der­ni­té est donc bien la ‘’ma­t­rice des to­ta­li­ta­rismes » ». Sous le cou­vert de la dé­mo­c­ra­tie et du ‘’droit-de-l’hom­misme’’ sé­vit un ter­ro­risme in­tel­lec­tuel s’ap­puyant sur des lois li­ber­ti­cides et ré­ta­b­lis­sant le dé­l­it d’opi­nion, dont sont pas­sibles tous ceux qui con­testent les fon­de­ments du Sys­tème. Un de ces fon­de­ments con­cerne les ori­gines de l’es­pèce hu­maine. C’est la thèse af­ri­ca­no-cen­t­riste se­lon laquelle l’Af­rique se­rait l’unique ber­ceau de l’hu­ma­ni­té, le seul foyer pri­mor­dial à par­tir duquel le pri­mate se se­rait trans­for­mé en ho­mo sa­piens.
En op­tant pour une vi­sion ‘’bo­réo­cen­t­rique’’ de l’his­toire, Ro­dolphe Ba­di­nand ne craint pas de s’ex­po­ser à la vin­dicte de la ‘’bien-pen­sance’’ qui pour­rait lui faire grief ‘’d’une su­per­c­he­rie scien­ti­fique à relent ra­ciste’’ (p.69).
Pour­tant, ses ‘’Notes dis­si­dentes sur la na­tion de tra­di­tion Pri­mor­diale’’, autre cha­pitre très fouil­lé et hy­per-do­cu­men­té, ré­vèle une ap­p­roche plu­ra­liste du pro­b­lème. Lo­gique et con­séq­uent, Ro­dolphe Ba­di­nand se re­fuse à tran­c­her la ques­tion de l’an­té­rio­ri­té en fa­veur de l’un ou l’autre ‘’en­semble eth­nique’’. ‘’N’y au­rait-il pas fi­na­le­ment une suc­ces­sion aléa­toire de Tra­di­tions pri­mor­diales pour chaque en­ti­té eth­nique ma­t­ri­cielle ? Et si c’était le cas, qui bé­né­fi­cie­rait de l’an­té­rio­ri­té ? On le voit : ce type de ques­tion­ne­ment dé­bouche sur une ab­sence de ré­ponse d’ordre hu­main. Ce­pen­dant, s’in­ter­ro­ger sans cesse est le meil­leur moyen de main­te­nir son es­p­rit libre et éveil­lé. L’in­ter­ro­ga­tion per­ma­nente pro­duit des an­ti­dotes aux toxines du con­for­misme mé­dia­tique’’ (p.71).
Nous voi­ci aux an­ti­podes du dog­ma­tisme des tra­di­tio­na­listes qui, même lorsqu’ils se dé­fi­nissent comme ‘’in­té­g­raux’’ et se ré­c­la­ment d’Evo­la ou de Gué­non, de­meurent fréq­uem­ment in­ca­pables d’au­to-cri­tique, in­aptes à sou­le­ver eux-mêmes des objec­tions à leur dis­cours, fas­ci­nés par ‘’le pes­si­misme fon­cier de la doc­t­rine des âges, souvent por­teur de dé­s­es­poir ou d’in­ac­tion to­tale’’ (p.59).
Ro­dolphe Ba­di­nand est un au­t­hen­tique ‘’pen­seur libre’’ aus­si él­oi­g­né de la fal­la­cieuse ‘’libre-pen­sée’’ que de son pri­maire re­tour­ne­ment tra­di­tio­na­liste, aus­si ét­ran­ger à la li­néa­ri­té évo­lu­tive qu’à la des­cente sans frein de l’âge d’or à l’âge de fer. La ‘’spi­ri­tua­li­té pri­mor­diale’’ ne se­rait-elle pas plu­tôt d’ins­pi­ra­tion as­t­ro­lo­gique, c’est-à-dire fon­dée sur l’al­ter­nance de courbes as­cen­dantes et des­cen­dantes, tri­bu­taires des angles tan­tôt har­mo­nieux tan­tôt dis­so­nants for­més entre eux par les astres ?
Di­verses formes d’as­t­ro­lo­gie ca­rac­té­risent en tout cas les aires cul­tu­relles où Ro­dolphe Ba­di­nand dis­cerne, en s’ap­puyant sur de ré­c­entes re­c­herches an­th­ro­po­lo­giques, pa­léon­to­lo­giques et ar­c­héo­lo­giques, l’em­p­reinte des Bo­réens, an­cêtres des In­do-Eu­ro­péens, grand peuple mi­g­ra­teur de la plus haute pré­his­toire ‘’ne re­c­hi­g­nant ja­mais les ren­contres avec les tri­bus in­di­gènes’’ (p.68).
Celles-ci pos­sèdent peut-être leur propre foyer d’ir­ra­dia­tion cul­tu­relle, leur ‘’tra­di­tion pri­mor­diale’’ in­dis­so­ciable de leur “spé­c­i­fi­ci­tés eth­no-spi­ri­tuelles” (p.71). Dans la Grèce an­tique, pa­ral­lè­le­ment à l’exal­ta­tion my­t­ho­lo­gique du ‘’séjour des dieux’’ lo­ca­li­sé au Nord et gar­dé à l’Oc­cident par les Hes­pé­rides, à l’en­t­rée du fa­meux jar­din aux ‘’pommes d’or’’ que cueil­lit Hé­rak­lès et qui subju­guèrent la fa­rouche Ata­lante, le sc­ru­pu­leux Hé­ro­dote évoquait la pos­si­bi­li­té de l’exis­tence d’Hy­per­no­tiens, éq­ui­v­a­l­ents de nos Hy­per­bo­réens, ma­t­rice des peuple du Sud avec lesquelles nous sommes ap­pe­lés à fon­der une ‘’fra­ter­ni­té qua­li­ta­tive’’ (p.60).
En ef­fet, ‘’la tra­di­tion risque d’avoir sa si­g­ni­fi­ca­tion dé­tour­née et de de­ve­nir à son corps dé­fen­dant un auxi­liaire du fra­ter­ni­ta­risme mon­dial’’ (c’est Ro­dolphe Ba­di­nand qui sou­ligne) as­si­mi­lable à ‘’un oe­cu­mé­n­isme per­vers ‘’ (Ibid). Sous le cou­vert de ce­lui-ci peut de dé­ve­lop­per une forme spi­ri­tuelle d’im­pé­ria­lisme et de do­mi­na­tion mon­diale à laquelle les Bo­réens étaient to­ta­le­ment ré­f­rac­taires lorsqu’ils quit­tèrent leurs terres ar­c­tiques d’ori­gine pour es­sai­mer sur d’autres con­ti­nents et fon­der peut-être les cul­tures mé­so-amé­ri­caines, l’Egypte pha­rao­nique, la Chine du Cé­l­este Em­pire.
Les his­to­riens de notre fa­mille de pen­sée sa­luent en Do­mi­nique Ven­ner un guide in­con­tour­nable dont Ro­dolphe Ba­di­nand se so­li­da­rise dans la cri­tique de ‘’la con­cep­tion gué­no­nienne d’une seule tra­di­tion her­mé­tique et uni­ver­selle, qui se­rait com­mune à tous les peuples et à tous les temps, ayant pour ori­gine une ré­vé­la­tion pro­ve­nant d’un ‘’ul­t­ra­monde’’ non iden­ti­fié’’ (p.60). A la suite du di­rec­teur de la Nou­velle Re­vue d’His­toire, l’au­teur su­bo­dore dans le ‘’tra­di­tio­na­lisme in­té­g­ral’’ un ‘’syn­c­ré­t­isme éq­ui­voque’’ et une cri­tique de la mo­der­ni­té ne dé­bou­c­hant ‘’que sur un cons­tat d’im­puis­sance’’ (Ibid.), ‘’l’at­tente mil­lé­na­riste de la ca­ta­s­t­rophe’’ (p.61).
Par de­là les fausses al­ter­na­tives Tra­di­tion-Mo­der­ni­té et Ré­vo­lu­tion-Contre-Ré­vo­lu­tion, la bril­lante an­t­ho­lo­gie de Ro­dophe Ba­di­nand, com­pi­lant des textes éc­rits ces dix der­nières an­nées dans L’Atre, Car­touches, Roque­fa­vour, Elé­ments et L’Es­p­rit eu­ro­péen, sug­gère de re­mon­ter aux sources vives de cet ‘’es­p­rit eu­ro­péen’’ et de ré­f­lé­c­hir à son adap­ta­tion au monde de de­main et d’ap­rès-de­main. ‘’Il y a du tra­vail pour cent ans’’, éc­ri­vit un jour Ro­bert Steu­c­kers. Ro­dolphe Ba­di­nand est un des pion­niers de ce siècle de re­nou­veau de l’in­tel­li­gence eu­ro­péenne, de cette ère de rayon­ne­ment re­t­rou­vé et de re­nais­sance mé­t­a­po­li­tique, de cette nou­velle étape de l’aven­ture hu­maine où les Eu­ro­péens et fiers de l’être sau­ront être à l’écoute des sa­gesses fleu­ries sous d’autres la­ti­tudes, pour cons­t­ruire en­fin une Terre har­mo­nieuse et pa­ci­fiée.

An­d­ré Mur­cie
Mots chro­ni­ques (N°6 /08/01/09) « Cré­pus­cules eu­ro­péens »

A contre-cou­rant de la vul­gate dé­mo­c­ra­ti­co-li­bé­rale, ce Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion et autres es­sais im­pé­rieux a tout pour dé­p­laire au plus grand nombre. Nous ne par­lons pas ici du plé­t­ho­rique trou­peau de la bien-pen­sance mais de ceux qui com­battent dans les marges en ordre dis­per­sé, n’y voyant pas souvent plus loin que le bout de leur nez, per­dus dans d’épais brouil­lards idéo­lo­giques, dans la to­tale in­ca­pa­ci­té de sai­sir le sens ori­gi­nel et ul­time de leur com­bat. L’ins­tinct de sur­vie et l’ur­gence de la lutte em­pêc­hent par trop souvent de con­sa­c­rer à la ré­flex­ion théo­rique le temps né­c­es­saire qu’elle exi­ge­rait.
Son cur­ri­cu­lum lit­te­rae parle pour lui. Car­touche, Ri­va­rol, Elé­ments, L’Es­p­rit Eu­ro­péen, eu­ro­pe­maxi­ma.com, l’énu­mé­ra­tion suf­fit à dé­peindre Ro­dolphe Ba­di­nand pour ce qu’il est, un de ces guer­riers eu­ro­péens, toujours aux aguets, des pre­miers à se por­ter de taille et d’es­toc sur l’aile droite de la brèche. Du genre à ne pas s’as­seoir sur son ori­f­lamme. Par ces temps-ci il est tant de gens qui s’avancent masqués, de pa­te­nôtres, de bonnes in­ten­tions, ou de bil­lets verts, que ce­la fait plai­sir.
Il est sûr que n’im­porte quel im­bé­c­ile se char­ge­ra de ses en­ne­mis, les es­p­rits plus ma­lins pré­fé­r­e­ront s’oc­cu­per de leurs amis, mais plus rares ceux qui re­tournent la hache de leur ré­flex­ion contre eux-mêmes. Ro­dolphe Ba­di­nand s’il ne fait pas de ca­deaux à son en­tou­rage, n’est guère plus tendre en­vers lui-même. Plus qu’une pen­sée ces onze textes, sont un che­min de pen­sée. Avec ses re­tours, ses hé­si­ta­tions, ses pié­ti­ne­ments et ses avan­cées sa­lu­taires et ful­gu­rantes. Onze con­t­ri­bu­tions comme au­tant de car­nets de cam­pagne aux quatre coins d’une plus grande Eu­rope éta­gées sur une quin­zaine d’an­nées. Qui dit mieux ?
Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion est plus que cor­ro­sif. L’au­teur n’épargne pas son camp. Il tire à vue sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas. La Contre-Ré­vo­lu­tion ne date pas d’hier. Elle naquit en ces an­nées troubles qui virent bas­cu­ler la royau­té. Dès les pre­miers jours elle re­g­rou­pa, les fi­dèles, les par­ti­sans et les nos­tal­giques. Le grand ordre royal était tom­bé. La guerre était per­due mais long­temps l’on crut que ce n’était qu’une ba­taille mal en­ga­gée. L’on es­saya d’al­lu­mer les contre-feux, à tous les ni­veaux. C’était une cause per­due.
Le cou­pe­ret de l’His­toire ne s’est pas abat­tu sur la contre-ré­vo­lu­tion aus­si vite que le cou­teau de la guil­lo­tine sur la nuque de Louis XVI. Les contre-ré­vo­lu­tion­naires n’ont cé­dé le ter­rain qu’à contre-coeur. Qu’à contre sa­c­ré-coeur se­rait-on ten­té de dire puisque l’au­tel res­ta fi­dèle à la royau­té. Mais à la fin du dix-neu­vième siècle les ca­rottes étaient cuites à la sauce ré­pu­b­li­caine.
Chan­ge­ment des men­ta­li­tés et des com­por­te­ments. La sou­ris ré­vo­lu­tion­naire avait ac­cou­c­hé de la mon­tagne d’une nou­velle donne idéo­lo­gique. Au dé­but du siècle der­nier, pour les él­ites comme pour les masses, le roya­lisme était de­ve­nu une idée dé­pas­sée. L’on n’ar­rête pas un fleuve qui coule se­lon la pente de ses in­té­rêts fi­nan­ciers. Beau­coup de contre-ré­vo­lu­tion­naires se trans­for­mèrent en fief­fés con­ser­va­teurs. Les gros ba­tail­lons de l’an­cienne mou­vance fa­vo­rable aux idées de l’an­cien ré­gime for­mèrent les ré­gi­ments de ce qu’il faut bien se ré­soudre à ap­pe­ler le nou­vel ordre bour­geois. Tout était per­du : l’hon­neur et les pri­vi­lèges, mais ni la pro­p­rié­té pri­vée, ni le sens de l’argent.
L’Eg­lise et le Trône ayant fail­li, leurs dé­fen­seurs se re­g­rou­pèrent dans une ul­time ci­ta­delle qu’ils édi­fièrent avec les ruines et les pierres de leurs deux an­ciennes place-fortes. Au ch­ris­tia­nisme ils sub­s­ti­tuèrent l’idée de la Tra­di­tion, quant à la per­sonne sa­c­rée du reje­ton royal ma­ni­fes­te­ment absent ils la rem­p­la­cèrent par la fu­meuse no­tion du prin­cipe d’Au­to­ri­té cen­sé con­t­re­ba­lan­cer le fal­la­cieux con­cept de majo­ri­té dé­mo­c­ra­tique.
L’on peut en rire, mais de ba­tailles de re­tar­de­ment en ba­rouds d’hon­neur cette droite contre-ré­vo­lu­tion­naire, par­vint à sau­ver les meubles et tant bien que mal à tra­ver­ser les siècles. Frag­men­tée, di­vi­sée en pe­tites cha­pelles plus ou moins in­té­g­ristes, dis­c­rète mais ac­tive, agis­sant comme une cen­t­rale idéo­lo­gique sur tous les fronts, le Na­tio­nal comme ce­lui de la Ré­vo­lu­tion Na­tio­nale, avec les in­tel­lec­tuels de l’Ac­tion Française comme avec les ligues fran­ci­nantes, bref in­fil­t­rée dans tous les mi­lieux de cette droite ex­t­rême et mal­g­ré toute ch­ré­t­ienne, si ty­pique­ment française.
Des gens que vous pou­vez trou­ver peu sym­pa­t­hiques mais dont Ro­dolphe Ba­di­nand a du mal à faire son deuil, même s’il leur pré­pare un en­ter­re­ment de pre­mière classe. Ap­rès les avoir as­sas­si­nés. Car là où d’autres par­le­raient de fi­dé­l­i­té émou­vante à un vieil ordre po­li­tique su­r­a­né, Ro­dolphe Ba­di­nand stig­ma­tise les rai­dis­se­ments ré­t­r­o­g­rades, les re­t­raits suc­ces­sifs, les com­p­ro­mis­sions hon­teuses, les red­di­tions dé­ma­go­giques, j’en passe des pires et des meil­leures. Les Contre-Ré­vo­lu­tion­naires n’ont pu éc­hap­per à l’air du temps. Der­rière les ro­do­mon­tades pu­b­liques il pointe les con­t­ra­dic­tions ca­c­hées et dé­voile les ac­quies­ce­ment ta­cites. Contre la Gueuse certes, mais tout contre la Ré­pu­b­lique.
Ce n’est pas un ha­sard si cette longue ful­mi­na­tion contre la Contre-Ré­vo­lu­tion se pré­s­ente comme un éc­rit de G.R.E.C.E. En fait Ro­dolphe Ba­di­nand re­p­roche aux te­nants de la Contre-Ré­vo­lu­tion, non pas tant leurs er­reurs tac­tiques que leurs ana­lyses à courte-vue. La Mo­der­ni­té n’a pas com­men­cé au ma­tin du 14 juil­let 1789. Elle vient de beau­coup plus loin. En grande par­tie de la mé­c­on­nais­sance de l’His­toire de la plus grande Eu­rope.
Ce n’est pas une st­ricte ques­tion d’éten­due géo­g­ra­p­hique. L’Eu­rope pos­sède d’autres li­mites. My­t­hiques et his­to­riales. Ro­dolphe Ba­di­nand pose les ori­gines de l’Eu­rope comme celle des peuples bo­réens. Ve­nus du nord comme leur nom l’in­dique, por­teurs d’une ci­vi­li­sa­tion tri­par­tite qui en­se­mença les st­ruc­tures men­tales et so­cié­tales des peuples au­toch­tones. L’au­teur n’élude pas les con­co­mi­tances avec la théo­rie des Aryens ve­nus de l’Est.
Par contre au­cune al­lu­sion aux hy­per­bo­réens de la my­t­ho­lo­gie grecque ! Pas si dif­fi­cile à com­pren­dre que ce­la lorsque l’on pé­nètre plus avant dans le livre. Car les es­sais im­pé­rieux qui suivent, s’ils font bien ap­pel en quelques ra­pides lignes à l’uni­fi­ca­tion de l’Eu­rope sous les ins­tances de l’Im­pe­rium Ro­ma­num, font un vé­ri­table saut his­to­rique des plus trou­b­lants. Des peu­p­lades Bo­réennes l’on saute à pieds joints par-des­sus plus de quinze siècles pour une ra­pide évo­ca­tion de l’Em­pire Ca­ro­lin­gien, im­por­tant, non par ce qu’il fut lui-même, mais en tant que pré­fi­gu­ra­tion du Saint Em­pire Ro­main Ger­ma­nique.
Plus près de toi Sei­g­neur, chan­tèrent les pas­sa­gers du Ti­ta­nic avant de cou­ler. L’Eu­rope Bo­réenne de Ro­dolphe Ba­di­nand court d’ap­rès nous les mêmes dan­gers. L’idée de l’Em­pire qu’il dé­fend est des plus abs­t­raites. Son Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion n’est qu’une messe de plus pour la re­g­rou­pe­ment des an­ciens Royaume ch­ré­t­iens de l’Eu­rope au­tour de son pôle nor­diste. Son Em­pire n’est qu’une fé­dé­ra­tion d’états in­f­ra-ch­ré­t­iens plus ou moins in­dé­pen­dants qui s’en­fer­me­raient dans une ligne de rup­ture et de dé­fense tous azi­muts. Nord contre Sud. Très sym­bo­lique­ment, l’Em­pire de Na­po­léon, et la cam­pagne d’Egypte, si mé­di­ter­ra­néenne, sont je­tés en un tour de main dans les pou­belles de l’His­toire Mé­t­a­po­li­tique.
Le lec­teur l’au­ra com­p­ris. Nous ne par­ta­geons pas les mêmes vi­sions eu­ro­péennes que Ro­dolphe Ba­di­nand. Mais ce­la ne sau­rait en rien en­ta­c­her l’in­té­rêt que nous por­tons à ce livre. Outre le fait anec­do­tique que nous ne pro­ve­nons pas de la même tra­di­tion, Ro­dolphe Ba­di­nand se montre le par­ti­san d’une Eu­rope que nous sur­nom­mons de la der­nière heure. Tout l’hé­ri­tage an­tique est gom­mé au pro­fit d’un ch­ris­tia­nisme peut-être laï­ci­sé mais dont il ou­b­lie – ce n’est dé­c­i­dé­ment pas l’ou­b­li de l’être mais l’ou­b­li de l’Im­pe­rium ori­gi­nel — l’ar­dente no­ci­vi­té
La nou­velle Eu­rope dont rêve Ro­dolphe Ba­di­nand est en­tée sur l’his­toi­ri­ci­té d’une cer­taine idée de la re­cons­ti­tu­tion de l’an­tique Im­pe­rium Ro­ma­num telle qu’elle fut prise en compte par ce que l’on pour­rait ap­pe­ler, afin de for­ger un my­t­ho­g­ramme sym­bo­lique, les Royaumes du Nord. Eu­rope tour à tour ger­ma­nique, aus­t­ro-hon­g­roise et al­le­mande, en quelque sorte sur-da­nu­bienne et non mé­di­ter­ra­néenne, orien­tée sur son aire de dé­ga­ge­ment vers le con­tinent eu­r­a­sia­tique.
La France n’est alors en­t­re­vue qu’en tant que dé­bor­de­ment de zone franche oc­ci­den­tale. Les ém­i­g­rés qui pres­sen­tirent le phé­no­mène bien plus fi­ne­ment qu’ils n’au­raient ja­mais pu le théo­ri­ser cons­ciem­ment. A dé­c­harge de Ro­dolphe Ba­di­nand nous nous de­vons de re­con­naître que le com­por­te­ment im­pé­ri­tique des él­ites françaises, es­pa­g­noles, ita­liennes et pous­sons jusqu’à la Grèce, ne laisse au­gu­rer en au­cune ma­nière l’es­poir d’un proxi­mal res­sai­sis­se­ment im­pé­rieux.
Le mal­heur ré­side en ce que de notre part la men­ta­li­té li­bé­rale pro-amé­ri­caine et pro-an­g­lo-saxonne nous semble beau­coup plus an­c­rée dans la zone nord de l’Eu­rope que dans les an­ciens es­paces oc­ci­den­taux sud-eu­ro­péens. Avec sur­tout cet han­di­cap in­sur­mon­table chez nos voi­sins nor­distes : un rejet qua­si-vis­cé­ral des as­pects ré­vo­lu­tion­naires vé­hi­cu­lés, qu’on le veuille ou non par l’idéo­lo­gie cé­sa­rienne de l’an­tique im­pe­rium.
C’est d’ail­leurs parce que cette vi­sion ré­vo­lu­tion­naire de l’Em­pire a été oc­cul­tée que le ch­ris­tia­nisme a pu se dé­ve­lop­per et puis être car­ré­ment adop­té comme re­li­gion of­fi­cielle par les bu­reau­c­ra­ties im­pé­riales. Née du re­fus de la ré­vo­lu­tion, l’idéo­lo­gie contre-ré­vo­lu­tion­naire, de laquelle Ro­dolphe Ba­di­nand se veut l’hé­ri­tier, s’ins­c­rit dans la suite lo­gique de ses se­mences ori­gi­nelles.
Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion et autres es­sais im­pé­rieux ne manque pas de co­hé­r­ence. Le titre a dû claquer en son camp comme un coup de fu­sil. Ro­dolphe Ba­di­nand y re­mue un peu fort le co­co­tier mais l’on ne ré­veille pas les ca­davres, en­dor­mis dans le con­fort pe­tit-bour­geois des ap­pé­tits pri­maires sa­tis­faits, avec de l’eau bé­n­ite. C’est d’ail­leurs pour ce­la que toute une frange de la gauche ré­for­miste de­v­rait aus­si s’at­te­ler à la lec­ture de cet es­sai, façon de se dé­c­il­ler les yeux.
Le gros dé­faut du livre ré­side en ce qu’il ne traite que le ver­sant théo­rique de sa thé­ma­tique. Il est une cri­tique idéelle et hy­per­s­t­ruc­tu­relle très bien trous­sée, mais il se can­tonne un peu trop à ex­p­lo­rer les moindres re­coins idéo­lo­giques de sa pen­sée. Nous at­ten­dons un deuxième tome, plus axé sur la praxis po­li­tique. Une es­pèce de Que faire contre-ré­vo­lu­tion­naire ?

Ré­sis­tance (N°52 no­vembre 2008)

Col­la­bo­ra­teur de di­vers site proches de la Nou­velle droite, Ro­dolphe Ba­di­nand nous pro­pose, chez Alexi­p­har­maque, Requiem pour la Contre-Ré­vo­lu­tion. Le livre s’ins­c­rit dans une orien­ta­tion ou­ver­te­ment tra­di­tion­nelle ra­di­cale et est sans con­ces­sion pour les pol­lu­tions in­tel­lec­tuelles hé­ri­tées des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, ce qui nous donne des textes par­ti­cu­liè­re­ment lu­mi­neux comme « Dé­fense du Saint Em­pire » et « Le re­tour du roi ».

Ré­f­lé­c­hir & Agir (N°31 hi­ver 2009)

Mal­g­ré des doc­t­ri­naires re­marquables, la Contre-ré­vo­lu­tion cons­ti­tue une im­passe po­li­tique to­tale. En ef­fet, par son ana­ch­ro­nisme per­manent, sa vo­lon­té réa­c­tion­naire d’al­ler com­battre l’ad­ver­saire sur son propre ter­rain, elle a en­t­raî­né notre mou­vance dans tous les éc­hecs et n’a fait fi­na­le­ment que faire per­du­rer le Sys­tème contre lequel elle pré­ten­dait lut­ter et a fi­ni par dé­mo­bi­li­ser un grand nombre de coeurs vail­lants qui ont ac­cep­té de re­non­cer à eux mêmes. Ro­dolphe Ba­di­nand, nour­ri au lait du GRECE, pro­pose lui, à tra­vers quelques textes très ro­bo­ra­tifs, par­fois dé­rou­tants, une autre grille d’ana­lyse, plus à même de nous re­don­ner le goût du com­bat, en s’ins­c­ri­vant dans une orien­ta­tion tra­di­tion­nelle, ra­di­cale et sans con­ces­sion pour les pol­lu­tions in­tel­lec­tuelles hé­ri­tées des siècles pas­sés : li­bé­ra­lisme, idéo­lo­gie des droits de l’Homme, an­ti­ra­cisme… Dans le fa­t­ras des es­sais po­li­tiques ac­tuelles, tous aus­si pré­ten­tieux que so­po­ri­fiques, ce livre est un vé­ri­table bol d’air, une saine in­ci­ta­tion à re­le­ver la tête pour che­mi­ner à tra­vers les ruines du monde mo­derne et po­ser les pre­mières pierres de l’Eu­rope de de­main.

A l’écoute des livres (12/02/2009)

Si les édi­tions Alexi­p­har­maque pu­b­lient peu d’ou­v­rages, ceux-ci sont toujours source de ré­flex­ion et même de dé­bats denses et riches. REQUIEM POUR LA CONTRE-RE­VO­LU­TION et autres es­sais im­pé­rieux ne dé­roge pas à cette règle. Des idées reçues sont mises à mal sur la con­cep­tion de contre-ré­vo­lu­tion. Ain­si, la contre-ré­vo­lu­tion est-elle for­cé­ment de droite ? Non si l’on con­si­dère que les op­po­sants à Gor­bat­c­hev et sa pe­r­es­t­roï­ka, com­mu­nistes tra­di­tion­na­listes, étaient contre-ré­vo­lu­tion­naires. La ré­vo­lu­tion na­tio­nale du Ma­ré­c­hal Pé­tain ne fut pas non plus une contre-ré­vo­lu­tion.
De nos jours, De Vil­liers ni Le Pen ne sont, se­lon l’au­teur des contre-ré­vo­lu­tion­naires mais des ja­co­bins ou des bo­na­par­tistes. Les éco­lo­gistes se­raient-ils les der­niers contre-ré­vo­lu­tion­naires ?
Les autres es­sais im­pé­rieux cons­ti­tuant ce vo­lume dé­ve­loppent des idées que l’on ne peut pas for­cé­ment, loin de là, par­ta­ger mais sou­le­vant des sujets de ci­vi­li­sa­tion es­sen­tiels. Par­mi les thèm­es ex­po­sés : le com­mu­nau­ta­risme, l’idée eu­ro­péeenne ou la fran­co­p­ho­nie.
La Nou­velle Droite étant au centre de nombre de ces textes, voi­ci une ob­ser­va­tion per­son­nelle : si Alain de Be­noist et ses amis crèèrent la nou­velle droite cul­tu­relle, la nou­velle droite po­li­tique eut pour ini­tia­teur Mi­c­hel Georges Mic­berth qui fon­da la NDF (Nou­velle Droite Française) en 1973.

Ré­bel­lion (n°35 mars/av­ril 2009)

L’au­teur, an­c­ré dans la Tra­di­tion, s’ins­c­rit dans une op­tique de cri­tique sans con­ces­sions de la mo­der­ni­té. Aus­si faut-il s’en­tendre sur les con­cepts. La Contre-Ré­vo­lu­tion dont Ro­dolphe Ba­di­nand re­t­race in­tel­li­gem­ment les ori­gines, les mé­t­a­mor­p­hoses et les im­passes est in­sé­pa­rable de la Mo­der­ni­té dont il est ici mon­t­ré les sources et que seule la pers­pec­tive im­pé­riale eu­ro­péenne pour­rait dé­pas­ser. Celle-ci est cor­rec­te­ment dis­tin­guée de sa pa­ro­die bruxel­loise et nous ne pou­vons que par­ta­ger les ana­lyses de l’au­teur sur la ques­tion.

Est-il sou­hai­table pour au­tant de re­ven­diquer une fu­ture Ré­vo­lu­tion con­ser­va­t­rice que, de sur­c­roît, l’au­teur qua­li­fie de réa­c­tion­naire ? Ro­dolphe Ba­di­nand rejette par ail­leurs, de façon très ex­p­li­cite la do­mi­na­tion du ca­pi­tal sur tous les sec­teurs de l’exis­tence. Il au­rait in­té­rêt, à notre avis, à ar­ti­cu­ler sa cri­tique aux rap­ports de classes (bien dif­fé­r­entes de ce qu’il ap­pelle avec rai­son, les castes) sans lesquels le ca­pi­tal n’exis­te­rait pas. Ce qu’il ap­pelle « sa » con­cep­tion du com­mu­nau­ta­risme est clai­re­ment dé­fi­nie et re­pose sur le res­pect des tra­di­tions de toutes les com­mu­nau­tés : « il est à mes yeux lé­gi­time que les femmes mu­sul­manes portent en Eu­rope le fou­lard is­la­mique et que les ga­mines af­ri­caines se fassent ex­ci­ser. » (p.91). Au nom des tra­di­tions et des iden­ti­tés doit-on lé­gi­ti­mer la cruau­té ou tout sim­p­le­ment la sup­por­ter ?
Un ou­v­rage po­sant de nom­b­reuses in­ter­ro­ga­tions à tous ceux qui se font une idée de l’ave­nir de l’Eu­rope et qui ne ré­duisent pas la Tra­di­tion à une ré­pé­ti­tion nos­tal­gique du pas­sé.

Alain de Be­noist
Elé­ments (n°131 av­ril/juin 2009)

La pen­sée contre-ré­vo­lu­tion­naire a eu le mé­rite de con­tes­ter la mo­der­ni­té, mais elle l’a souvent fait dans la pers­pec­tive in­te­nable d’un re­tour au sta­tu quo ante, et en ma­ni­fes­tant une cons­tante «hor­reur de la vo­lon­té». En outre, elle n’a pas vu, bien souvent, que la Ré­vo­lu­tion française n’a ja­mais re­p­ré­s­en­té que la «com­mu­nion» de la mo­der­ni­té (Ray­mond Abel­lio), cette der­nière ve­nant en fait de beau­coup plus loin. À bien y re­gar­der, tou­te­fois, le pa­no­ra­ma de la Contre-Ré­vo­lu­tion est plus nuan­cé qu’il n’y pa­raît au pre­mier abord. Ro­dolphe Ba­di­nand note ain­si qu’à cô­té d’un cou­rant ab­so­lu­tiste, la Contre-Ré­vo­lu­tion n’a ja­mais été très él­oi­g­née du con­ser­va­tisme li­bé­ral, comme en té­moigne l’exemple d’Ed­mund Burke. « Cer­taines pro­fes­sions de foi contre-ré­vo­lu­tion­naire, éc­rit-il, non sans iro­nie, montrent de sin­gu­lières con­cor­dances avec la pen­sée ré­vo­lu­tion­naire li­bé­rale », no­tam­ment lorsqu’il s’agit d’iden­ti­fier une « main in­vi­sible » qui peut aus­si bien être la Pro­vi­dence que le mar­c­hé. L’au­teur, lui, se si­tue dans une tout autre pers­pec­tive, plai­dant no­tam­ment pour un com­mu­nau­ta­risme rai­son­né et une « contre-cul­ture al­ter­na­tive glo­bale ». Con­si­dé­rant, non sans rai­son, que « le sys­tème ca­pi­ta­liste mon­dial in­té­g­ré est le grand res­pon­sable des maux ac­tuels », il af­firme que, « dans l’af­f­ron­te­ment qui se des­sine, l’idée im­pé­riale eu­ro­péenne est le con­cept ori­gi­nal qui unit l’his­toire à l’ave­nir […] L’Em­pire est l’ul­time chance de l’Eu­rope avant la dé­s­a­g­ré­ga­tion fi­nale ». Ce­la vaut au lec­teur quelques belles pages sur l’es­p­rit qui ani­mait le Saint-Em­pire ro­main-ger­ma­nique (« saint» dé­s­i­g­nant ici une di­men­sion sa­c­rée qui n’ap­par­tient nul­le­ment au mo­no­t­héisme), es­p­rit ra­di­ca­le­ment absent des « faux em­pires bo­na­par­tistes ». On au­ra com­p­ris, à ce stade, le double sens du mot « im­pé­rieux » em­p­loyé pour qua­li­fier cette sé­rie d’es­sais de belle te­nue, dont les orien­ta­tions ne sur­p­ren­d­ront pas vrai­ment le pu­b­lic d’Élé­me­nts.

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Requiem pour la Contre-Révolution - Rodolphe Badinand


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