« La pêche au brochet en Mai 68 »

Penvins
Exigence-Littérature (mars 2008)

Etrange petit livre que cet ouvrage de Michel Marmin intitulé La pêche au brochet en mai 68.
Etrange tout d’abord par l’itinéraire de l’auteur qui raconte ici comment il a vécu mai 68 au Service de Recherche de l’ORTF aux côtés de Pierre Schaeffer. Donc à la fois fortement impliqué dans un travail de recherche musicale résolument avant-gardiste et confessant un effroi obscur devant la modernité. Le rappel de ce que furent les Schadoks permet à M. Marmin de mieux se situer : le directeur de la revue Eléments présente cette série télévisée comme à la fois avant-gardiste dans la forme et subtilement réactionnaire dans le fond. Le point de vue de Michel Marmin à contre-courant de la pensée unique et proche de la nouvelle droite d’Alain de Benoist sera peut-être mieux compris si l’on entend ce qu’il dit de Cézanne en citant Robert Marteau : «Bien que tout ce que nous avons appris à aimer et à admirer en peinture soit né de lui, tout ou presque est aujourd’hui la négation de ce qu’il a peu a peu élaboré». Mais aussi ceci à propos de la manifestation des Champs-Elysées qui mit fin – on le sait – aux “événements” : «Jamais, depuis, il ne m’a été donné d’assister à un spectacle aussi répugnant que celui de cette foule hystérique, de ces bourgeoises déchaînées clamant leur haine des ouvriers.»
Cet ouvrage est aussi étrange en ce que M. Marmin, pas plus qu’il ne renonce au grand écart entre modernité et réaction, ne renonce à mêler chronique et petits poèmes appelés chansons dont je ne résiste pas à citer celle-ci quelque peu surréaliste :

J’ai donné en cadeau à mes petites filles
mes bras à découper pour jouer à la marchande
et ma tête à enfouir pour la chasse au trésor.

L’ouvrage se compose enfin d’une histoire de Beaufort-en-Vallée berceau de la famille de l’auteur. Au-delà de l’histoire locale, ce petit texte intéressera par son inclusion dans la Grande Histoire et l’on y découvrira ce qui est peut-être le premier essai d’échelle mobile des salaires et que décréta le Comité de Salut Public en 1795.
Un petit ouvrage à lire pour le plaisir de sortir des sentiers battus.

Jean-François Gautier
Le Choc du mois (n° 22 mai 2008) « L’art de transmettre retrouvé »

Sous le titre La Pêche au brochet en mai 68, Michel Marmin publie un petit livre dont la composition renvoie à une manière de vivre hors des modes et des normes  : la sienne. Les promenades qu’il donne à lire, que ce soit dans le Paris agité d’il y a quarante ans ou dans la province angevine dont il est issu, ressemblent à celles chantées dans Nous n’irons plus au bois, ou encore, puisque Marmin détaille la vie ancienne du bourg de Beaufort, près d’Angers, à cette Framboise de Boby Lapointe beuglée dans Ne tirez pas sur le pianiste (I960), de François Truflaut : « Elle nous servait à boire/Dans un bled du Maine-et-Loire / Mais ce n’était pas Madelon /‘Elle avait un autre nom. »
L’autre nom de la révolution de Marmin, qui fut critique de cinéma à Valeurs actuelles et au Figaro, c’est : qui vient de nulle part, peine à se retrouver quelque part. Lui, il vient des terres du roi René et s’y verse un gorgeon. Faute d’un terreau d’origine à faire valoir, les soixante-huitards erraient dans la nuit. A Beaufort, en 1471, la reine Jeanne de Laval avait réservé aux habitants de sa Vallée un droit de pâture, au détriment des gens « de toute origine et de passage ». Non que ceux d’ailleurs suscitent l’indifférence ou la haine, mais ceux d’ici ont la priorité de changer chez eux ce qu’ils sont capables de modifier par eux-mêmes.
Mai 68 fut une agitation urbaine, et comme telle elle tourna en rond. Le beaufortais, dans lequel Marmin ancre ses origines, fut une région à la fois agricole et ouvrière, attachée à la langue qu’elle avait forgée non par défaut d’imagination mais parce que chaque corporation avait modelé les termes de son métier, et qu’on quit­te son métier en quittant sa langue, ou l’inverse. Les villes deviennent anonymes par la perte des savoirs de la main et de leurs parlers adéquats. Le limon et les trémies d’un escalier dont les marches sont montées à tenons et mortaises disent autre chose que les pourcentages après la virgule d’un cadre causant rentabilité. Et le constat n’est passéiste que pour les amnésiques.
Marmin, quant à lui, se redonne une mémoire en parlant à ses petits-enfants. L’art d’être grand-père, qu’il cultive jusque dans les chansons et rimes publiées ici, fonctionne à double sens : chez les successeurs, l’attention qui s’est penchée un jour sur les berceaux se rembourse par l’acquisition d’une dignité, celle de devenir les héritiers de quelqu’un qui vient de quelque part. Belle leçon. La génération bourgeoise qui se plaint de la nullité de ses continuateurs devrait faire attention à ce que ceux-ci ne se retournent pas un soir contre elle, en lui reprochant de n’avoir rien été, de n’avoir rien construit, de n’avoir rien transmis d’autre que du calcul, des pourcentages et des attitudes conditionnées, au détriment de l’exister ensemble et du penser à son tour.
De sa fréquentation de Pierre Schaeffer, le trublion du Studio de Recherche de la défunte ORTF où il fut assistant, Marmin a retenu qu’on pouvait s’abîmer l’imagination dans les Suites pour violoncelle de Bach sans quitter pour autant le bricolage des potentiomètres de la musique dite «concrète» (à supposer que l’autre fut abstraite ?). Nul n’invente, sans atelier, de nouveaux outils. Marmin ne critique en rien la disparition des outils du passé ; il se demande seulement, pour demain, où sont passés les ateliers. Merci à lui de les chercher. Voilà une marque de santé.

André Murcie
Le Cygne noir (juin 2008)

L’insolence du titre dénonce le libre esprit de Michel Marmin. Encore faut-il se rappeler que la pêche au brochet n’est pas un sport de tout repos et que ce renommé ésocidés possède des dents aigües entre lesquelles il ne convient de n’aventurer ses doigts qu’avec grande prudence. Vu la minceur du volume, l’on peut même se dire que les Editions Alexipharmaque sont rentées en quelque sorte bredouille de leur partie de pêche : à l’annonce du titre nous avouons avoir rêvé d’une autobiographie intellectuelle d’une des intelligences les plus curieuses et les plus entreprenantes de ces cinquante années : cinéma, musique, politique, littérature, Michel Marmin a accumulé une telle connaissance qu’il devrait se faire un devoir de nous en restituer la substantifique moëlle en un ouvrage sommatif qui aurait toutes les chances de remettre à l’heure toutes les pendules de la modernité. En attendant cette machine de guerre que nous appelons de tous nos voeux, ne boudons pas le pur plaisir de cette pêche au brochet en Mai 68. Le livre est divisé en trois parties, l’écume évènementielle du torrent, l’aval et puis l’amont de ce long fleuve intranquille de l’Histoire des hommes.
Michel Marmin a vu davantage qu’il ne l’a fait Mai 68. Non pas qu’il serait individu à se garer précautionneusement du feu pour mieux en retirer les marrons une fois la grande flambée terminée, mais parce qu’il occupa, de par le seul hasard professionnel, un des postes d’observation les plus privilégiés. Embauché au Service de Recherche de l’ORTF il fut au contact direct de Pierre Shaeffer, d’André Harris, André Rouxel esprits frondeurs qui au travers d’émissions aussi différentes que Seize millions de jeunes ou Les Shadoks bousculèrent quelque peu le ron-ron pré-établi des représentations officielles.
De cette immersion dans les coulisses de la future société du spectacle Michel Marmin retiendra la double nécessité d’un regard indépendant et dépourvu de tout a priori dogmatique sur les évènements et les hommes. Mai 68 reste une des plus grandes manipulations in vivo du mouvement social. La souris révolutionnaire ne sortant de son trou que pour accoucher de la montagne du changement dans la continuité… A gauche comme à droite, l’on fit tout ce que l’on put pour que rien ne bougeât vraiment dans les rapports de domination habituels. Au jeu du poker menteur l’on ne hasarde surtout pas le capital si difficilement accumulé par la lutte des classes… A trop vouloir gagner l’on pourrait trop perdre. Nous entrions dans une nouvelle ère de guerre d’usure aux cartes biseautées. Malgré les gesticulations démagogiques de tous bords se mettait place, dès cette époque, l’instauration de nouvelles féodalités des plus prégnantes…
Pas étonnant que Michel Marmin saute allègrement sur les cinquante années de luttes qui suivirent pour se ressourcer dans la nostalgique problématique de l’avenir ouvert. Il intitule modestement cette partie Chanson, mais il faut l’entendre en le même sens que Gérard de Nerval nommait ses premières poésies Odelettes. Vers d’innocence et d’expérience, voués à fêter ses petits-enfants, la ronde sans cesse recommencée du mystère des premiers Valois, le sang générationnel toujours royal des transmissions héréditaires d’un goût immodéré d’une liberté à reconquérir. Le témoin est passé, il court, il court le furet de la poésie et des choix futurs. Il ne reste plus qu’à faire confiance aux lointaines éclosions.
La monographie finale consacrée à Beaufort-en-Vallée modeste bourgade de l’Anjou et berceau de la filiation marminale est à entendre comme une remontée aux sources. Une tentative de compréhension de comment notre destinée individuelle se forge dans les méandres d’une fondation historiale et collective. Nous sommes les fils de notre propre individuation aléatoire en même temps que les passeurs d’une mémoire générationnelle ininterrompue depuis la glaise paléolithique. Incertitude de notre avenir, brouillard de nos origines. Ne sommes-nous pas comme le brochet méfiant qui monte la garde des eaux vives que les laitances passées inconnues mais inoublieuses lui ordonnent de régenter… Un beau livre, de Michel Marmin, qui est à lire comme une méditation sur notre grande et simple mesure d’homme. Et puis ces vers, qui touchent à l’immémorialité de la beauté et classent Michel Marmin parmi les plus purs poëtes de nos temps ferrugineux.

François Bousquet
Eléments (N°129 été 2008) « L’écho d’une France idéelle, chimérique, pareille à un songe nervalien »

On croit connaître Michel Marmin, mais on n’en finit pas de le découvrir. C’est comme une sorte de poupée russe à la mode de chez nous. Le critique cache un scénariste, lequel abrite un historien du septième art, qui recèle un musicologue, un encyclopédiste, un journaliste, que sais-je encore, et quand on a fini d’enlever toutes les couches, on tombe sur le noyau d’origine – l’infracassable noyau de nuit, comme disait André Breton, ou de lumière: la poésie, d’où tout part et tout aboutit. Car c’est d’abord un poète. Il nous l’avait caché jusqu’à Chemin d’ailleurs et de Damas, recueil paru à L’Âge d’Homme en 2000. À quoi bon le faire savoir ! Un jardin secret est un jardin secret.
Michel Marmin a passé sa vie à se consacrer aux autres, si bien qu’il a fini par s’oublier quelque peu. On ne compte plus les grands noms avec lesquels il a travaillé, de Pierre Schaeffer à Léo Malet, de Gérard Blain au sculpteur Jean Carton. Les soldats inconnus, les soutiers de l’édition ne le rebutent pas non plus. C’est une bonne fée. Quelque chose comme le Rilke des aspirants critiques et des jeunes auteurs. Il veille sur eux, il les conseille, il les guide, au besoin il les recommande. Avec tact et discrétion. Comme un frère aîné. On ne le voit pas nécessairement, mais il est toujours là, en retrait. C’est un servant, au sens religieux du terme. Il sert les œuvres et les auteurs – en critique accompli. Il n’y a rien à redire sur les critiques, encore moins sur les critiques de premier plan. Ils sont indispensables, ne serait-ce que pour trier le bon grain de l’ivraie. Ce sont les gardiens du goût (et son service d’égout). Sans eux. c’est la démocratie qui réglerait tout, le pire des régimes en art.
Commémoration oblige, il a ressorti son «Mai 68». Où l’on apprend que lui non plus n’a pas échappé aux rêveries des soixante-huitards, même si elles n’ont pas su le retenir. En jeune provincial conquis, mais encore intimidé, il a assisté aux «événements» sans y assister vraiment, un peu comme Fabrice del Dongo à la bataille de Waterloo, quelque ivresse qu’il en ait tirée. Son idéal d’alors tenait (et on ne sache pas qu’il ait changé sur ce point) en une «abbaye de Thélème, légèrement actualisée par Wilhelm Reich». Bref, un lupanar ludique aux allures d’université de tous les savoirs. De quoi satisfaire tous les appétits, et les siens vont de l’amour courtois aux nus les plus lascifs! Des studios de l’ORTF où il travaillait, il a vu le meilleur du mois de mai parisien, un certain vent de liberté, et a rejeté tout le reste quand il devenait de plus en plus évident que les manifestants n’aspiraient pas à changer la société, mais à en prendre la direction. Déjà, le Rotary perçait sous le col Mao. Pas du goût de Marmin.
La poésie l’a sauvé, depuis le premier jour. La vingtaine de poèmes qu’il nous livre ici suffit à le prouver. Il les a rebaptisés «chansons», mais on les lit avec la lenteur que requièrent les textes rares et précieux, cela dit sans flatter leur auteur. À quoi bon le flatter d’ailleurs. Ce qu’il écrit est déchirant, traversé d’une nostalgie aussi poignante qu’une vieille complainte. C’est tout un monde convalescent qui refait surface, sauvé des eaux de l’oubli, fait d’évocations communes, de souvenirs familiers, de blessures secrètes. On pourrait presque dire à la façon d’Alain-Fournier : ce que j’aime chez lui, ce sont mes souvenirs d’enfance. Même s’il a une affection particulière pour son cher Péguy, c’est bien à l’auteur du Grand Meaulnes qu’il fait d’abord penser. Il nous berce comme s’il nous promenait en barque, dans l’alternance des vers et des réminiscences, au rythme de ce roulis léger qu’est l’alexandrin. On sort de là avec une sensation de douceur frissonnante, de mélancolie caressante, sans larmes, mais le cœur gonflé, plein de la piété qui habitait Maeterlinck quand il écrivait Le trésor des humbles. Ce sont les jours et les heures passés, l’antique quotidien des campagnes, les gestes des grands-mères et des petits-enfants (ceux de Michel sauront quoi lire plus tard, il leur laisse une série de photos magnifiques), qui ressurgissent, d’un sous-bois, d’une maison vide, d’une fin d’après-midi.
Il est rare de lire une prose et une poésie aussi authentiquement françaises. Il y a certes plusieurs France, mais il y en a une qui l’est plus que les autres. Peut-être est-ce une France idéelle, chimérique, pareille à un songe nervalien, entourée d’un brouillard léger, colorée de pastel, aux printemps et aux automnes qui s’étirent sans fin. Le pays du milieu du monde, in média res, aux battements calmes. La «dulce France», celle qui affleure déjà dans le chant de Roland à Roncevaux et qui a trouvé en Anjou son climat idéal et sa constellation poétique, autour de du Bellay. Peu importe au fond qu’elle s’éteigne à Narbonne avec Trenet, elle restera à jamais angevine. Michel Marmin la fait revivre, de Beaufort-en-Vallée, ville d’Anjou, où il a ses attaches – le temps d’une chanson.

Rébellion (N°31 juillet/août 2008)

Quel sens accordons-nous à notre passé surtout s’il s’agit de le resituer au cœur d’une mutation historique de grande ampleur comme Mai 68, par exemple ? Après quarante ans, chacun y va de « son Mai 68 ». Grandeurs et misères de la confrontation de la singularité au réel. Michel Marmin, ancien rédacteur en chef de la revue « Eléments », poète, essayiste et mélomane, a l’heur d’enraciner sa mémoire dans la Tradition irréductible à la médiocrité contemporaine. Ayant vécu Mai 68 au Service de la Recherche de l’ORTF, il esquisse dans un curieux petit ouvrage, la description du bouillonnement d’idées ayant surgi en ce lieu symbolique. Là, il y eut réellement recherche et création, mais ce fut dans le sens de la quête de l’«après-modernité», explique-t-il dans la première partie de son livre. « Ce que j’ai incontestablement le plus aimé, dans les évènements de mai 68, du moins tels que je les ai vécus au Service de la Recherche, c’est l’espérance évidemment complètement folle de réinventer des relations sociales fondées non plus sur un ordre mécanique, abstrait, rationnel et, en un mot, inhumain, mais sur un «désordre» convivial qui aurait eu à mes yeux quelque chose de médiéval dans son caractère essentiellement libertaire et jamais trop humain ». Dans l’esprit de l’auteur, cette quête s’articule à merveille à la nostalgie de son enracinement angevin qu’il nous fait, ensuite, partager au gré de poèmes s’écoulant au fil de sa mémoire et enfin d’une monographie historique de ce haut lieu de « délicate civilisation ».

Jean Parvulesco
Rébellion (N°34 janvier/février 2009) « Une tentative prophétique de Michel Marmin »

Dans son fascinant essai, La pêche au brochet en Mai 68, paru à Pau, aux éditions Alexipharmaque, Michel Marmin est parvenu à utiliser – à engager – la littérature dans une entreprise fort avancée de magie opératoire. Et c’est important qu’on le précise, en procédant ainsi, Michel Marmin ne s’est en rien éloigné de la littérature. Au contraire, il va tout droit vers l’habitat fondationnel de celle-ci, aux agencements suractivés et suractivants des mots qui établissent sa mainmise secrète sur la réalité de ce monde. En effet, on n’ignore plus, depuis Rimbaud, quel puissant instrument de pénétration de la réalité peut représenter une certaine sollicitation de la littérature. Une certaine déviance spéciale, contre-significative de celle-ci, obtenue par les travaux souterrains de ce que l’on pourrait appeler l‘«esprit de l’œuvre»

« Mémoire ».
« Chansons ». « Histoire ».
Ainsi, cédant à une assez extraordinaire poussée opérationnelle, Michel Marmin a réussi à intégrer dans une même unité de témoignage, dont la responsabilité propre constitue le seul centre de gravité, une sorte de dispositif métapsychique en ac­tion, un métapsychon qui, dans sa course en avant, marque comme la ligne de feu véhiculant une certaine vision révolutionnaire de la surréalité cachée de ce monde. Une sorte de saut bienheureux dans les chemins d’une réalité différen­te, libératrice, porteuse d’un souffle renouvelant et d’une étrange lumière autre. Car, là, tout y est ensoleillement. Or de quoi est-il intimement fait ce métapsychon littéraire en marche dont Michel Marmin rend compte là d’une manière à la fois désinvolte, singulière, voire même dangereuse ? Cette opération translittéraire conduite par lui apparaît, aux regards avertis, comme provenant de l’intégration sérielle de trois éléments de témoignage, soit de trois chapitres intitulés respectivement «Mémoire», «Chansons», et «Histoire». Mais ces trois éléments de témoignage doivent être détaillés.

« Mémoire ».
La révélation que, pendant les événements parisiens de mai 1968, révélation désormais incontestable, c’est Pierre Schaeffer et le Service de Recherches (SR) de l’ORTF, où travaillait Michel Marmin, qui avaient inspiré, encadré et souterrainement mené en avant certains responsables du soulèvement soi-disant spontané des masses estudiantines en question. Mais encadré et soutenu dans un sens et avec des objectifs tout à fait contraires qu’à ce moment-là, des possédés, proclamaient de plus en plus ouvertement et d’une manière de plus en plus irresponsable, les meneurs de l’auto-déviation gauchiste du mouvement, entraînant les ineptes saturnales en cours. Si, malgré tout, les racines vives de mai 1968 se dissimulent encore dans une obscurité significative, fort tenace, la piste du groupe de Pierre Shaeffer proposée par Michel Marmin en éclaire assez étrangement une région tout à fait inexplorée à ce jour. Et dont l’importance risque désormais d’in­fléchir l’ensemble des considérations dissimulées des événements décisifs de mai 68 et leurs répercussions. Et ce n’est pas tout. Des traces comme des brûlures.

« Chansons ».
On nous propose là une petite gerbe de poèmes trafiqués, célébrant les origines cachées de Michel Marmin, et les significations voilées des endroits où celles-ci s’étaient manifestées. En principe tout au moins, car en réalité il s’agit d’une structure d’ensemble chiffrée en profondeur, qui relève les influences surnaturelles su symbole hermétique du Brochet. Et celui-ci évoquant la figure prophétique d’une fin du monde totale, mais comportant, aussi, les dimensions eschatologiques d’un recommencement salvateur de l’Anjou.

« L’Anjou de la fin des temps ».
Je cite donc ci-dessous des échantillons pris dans trois poèmes du cycle des « Chansons ». Il se peut même qu’il en apparaisse alors une image spectrale de l’ensemble. Mais chiffrée, impénétrable. Le brochet est sous la pierre, me disait Michel Marmin.
Au rembûcher où passe la nuit le grand cerf que vénéraient jadis nos princes sous la lune quand sonnait la saison de confire les glands, tu forceras le loup, l’auroch et le ragot. Sur ton couteau sera gravé ton privilège patent d’usufruitier des étoiles et du vent. (p.35)
Celle qui, cet été, adviendra au royaume où se meurent l’épi, le grain et le froment relèvera le tuf et cueillera le baume qui délivre les larmes et efface le temps, (p. 37)
Mon infant règne dans son château dans le ciel où la boule de fort ne va pas à Brion. Je ne pleurerai plus, l’abeille aura du miel, Bavard a adoubé mon infant qui n’a nom. (p. 53)

« Histoire ».
C’est dans l’intégration dialectique des trois chapitres de son livre La pêche au brochet en Mai 68 que Michel Marmin dresse un compte rendu spectral sur l’Anjou suprahistorique, depuis ses lointaines origines mythologiques jusqu’à l’heure actuelle. Compte rendu laissant sous-entendre aussi, que la capitale invisible de l’Anjou reste, secrètement encore, à Beaufort-en-Vallée. Et quels pourraient être les rapports entre l’élévation immémoriale du Brochet, et les performances inprépensables du royal symbole du Brochet qui devraient venir ou, plutôt, revenir et dont le centre polaire doit se trouver, à nouveau, à Beaufort-en-Vallée ? Dans « le donjon du château », ainsi que le suggère Michel Marmin. En profondeur, une autre instance spectrale finira par se dévoiler comme étant à l’origine de ce livre somme toute assez mystérieux. Une instance extérieure à Michel Marmin et extérieure même à ce monde, une instance spectrale imposant à Michel Marmin son mes­age secret, prophétique, qu’une lecture vraiment avisée ne devrait pas ne pas reconnaître comme tel. Aussi va-t-elle apparaître, à présent, l’annonce d’une prise de conscience abyssale, la vision finale d’un certain dédoublement philosophique de l’Anjou, dédoublement pris là dans sa signification « traditionnelle », « initiatique » du terme. Qui dé passera le domaine des réalités conventionnelles et, de par cela même, la zone des apparences manipulées de l’actuelle déchéance historique et culturelle, voire spirituelle, de l’Anjou et de Beaufort-en-Vallée considérée comme une fatalité irrémissible, pour avoir à décider ainsi, en force, de ce qui est et de ce qui n’est pas (« la bisaïeule qui entretient et proroge le feu dans la maison qui est et qui n’est pas », « Chansons »). C’est ce qui nous laisse déjà pressentir la montée immédiate d’une pensée, d’une force révolutionnaire de dimensions et d’orientation réellement prophétiques, placées sous le signe d’un prochain retour du Règne du Brochet. Ainsi faut-il que l’on sache reconnaître, dans la figure du Brochet, le puissant symbole hermétique d’un Anjou encore caché derrière ses propres apparences visibles. Dans un certain sens, je m’interdirai donc de ne pas reconnaître dans La pêche au brochet en Mai 68 l’action scellée d’un engagement religieux encore clandestin, « sacré » en quelque sorte.

« Le diamant des Relevailles ».
Une haute tradition suprahistorique secrète n’enseigne-t-elle pas qu’au moment où le « feu agissant des philosophes du feu » est déjà sur le point d’atteindre la ligne de passage vers le Regnum, fait soudain son apparition le scintillant «diamant des Relevailles». Et ne dit-on pas, aussi, qu‘«un prince d’Anjou nous reviendra» ? Je me trouve fortement convaincu que c’est bien sous cet angle que l’on doit envisager l’évolution finale de nos royales retrouvailles et le mystère de l’avènement du nou­veau grand cycle cosmique à venir, dont le « diamant des Relevailles » marque le passage et le recommencement. Mais, en même temps, il se peut bien que les présentes approches sur le «mystère» du Brochet en Mai 68 ne manqueront pas de paraître comme plus ou moins irrecevables. Mais de puissantes raisons m’intiment à y prêter foi, totalement. Je ne crois pas que je puisse tout dire. En l’occurrence, Michel Marmin s’est à coup sûr fait médiumniquement utiliser par une manipulation d’origine supérieure, cosmogonique, agissante à travers le message prophétique, chiffré, concernant l’élévation finale du « mystère du Brochet ». Les présentes approches réservées sur le mystère en déploiement de Mai 68 et de la soudaine clôture du processus du réveil en cours, peuvent bien apparaître plus ou moins irrecevables, mais je tiens à le préciser, de puissantes raisons me forcent à considérer celles-ci comme autant de certitudes agissantes, impératives. Une obsession révélatrice. On se doit donc de prêter à la littérature des habilitations particulières, porteuse comme celle-ci se trouve, à chaque instant, d’un souffle libérateur, de réactions fort avancées, renversantes. Alors n’est-il pas vrai que c’est à travers la littérature et avec le soutien de certains pouvoirs confidentiels dont celle-ci possède la jouissance il s’agit d’une certaine littérature, la plus « grande littérature » que Michel Marmin vient d’administrer inconditionnellement la preuve que la littérature peut-être, parfois, infiniment plus que la littérature ?

En première ligne.
Un fait s’impose : toute grande histoire est exaltation, remontée révolutionnaire de son irrationnel profond. Aussi la proposition avancée par le principe du « Règne du Brochet » ou, entendons-nous bien, par ce qui se tient caché derrière celui-ci implique le moment suprême d’un renversement total de l’actualité politico-historique européenne. Or qu’est donc la mystérieuse figure du «Brochet» ? Et qu’est-ce que l’avènement du «Règne du Brochet» ? Cela recouvrant symboliquement la réalité intime de l’ensemble de ce qui constitue, à présent, l’auto-anéantissement, la déchéance finale de la plus Grande Europe continentale en même temps que la somme dialectique des mouvements sismiques abyssaux en remontée du grand redressement, aujourd’hui secrètement à l’oeuvre, dans le plus profond secret, notre secret. Car ce qui devait se faire est en train de rejoindre, aujourd’hui, la première ligne.

Moeller van den Bruck : « II n’y a qu’un seul Reich comme il n’y a qu’une seule Eglise ». La ligne de notre propre fidélité agissante à découvert. Les jours, désormais, sont comptés. Nous avons reçu l’appel.

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« La pêche au brochet en Mai 68 »
Essai (Broché)

Collection : Les Reflexives

La Pêche au brochet en mai 68 - Michel Marmin


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