« Lectures pour Frédéric II »

Philippe Barthelet
L’Homme Nouveau (n°1524)

Frédéric II, l’empereur alchimiste, est le destinataire idéal de ces essais, et celui qui fut l’une des plus hautes figures du moyen-âge nous en donne la clef : à travers lui, c’est à chacun de nous que s’adresse l’auteur, chacun de nous désencombré et comme lavé de l’accablement de la fin de l’histoire et du nihilisme post-moderne où l’on voudrait nous confiner, pour notre désespérance et notre perte. Ces méditations, qui sont aussi des poèmes, car l’auteur sait, de science innée comme on l’a su au moins jusqu’à Dante, que la beauté est nourricière de sapience, représentent un appel à une « chevalerie spirituelle » : « l’air est léger, nous respirons la rumeur des feuilles et notre mélancolie devient soudain l’écrin d’une joie presque lancinante… » Contre la tyrannie du banal et le totalitarisme de l’informe, dont il donne un diagnostic aussi précis et effrayant que salutaire (« Hypnosophie de l’Europe », « Notes sur le fondamentalisme démocratique »), et puisque « le Moderne excelle à faire du remède un mal et à change l’or en plomb », Luc-Olivier d’Algange convoque quelques grands intercesseurs de la cour de Frédéric II : Friedrich Nietzsche, Stefan George, Fernando Pessoa, Henry Montaigu, pour qu’ils nous rapprennent que « le poème, dont la nécessaire témérité spirituelle révèle en nous la sainte humilité est l’Arbre tout entier (…) avec ses racines, ses branches, ses fruits, ses bruissements, et même les oiseaux qui viennent s’y poser et nous parlent la langue des Oiseaux… Sachons entendre ce qui nous est dit dans le silence du recueillement, sachons dire ce qui ne se dédit point, dans la fidélité lumineuse de la plus haute branche qui vague dans le vent. Les dieux sont d’air et de soleil, le Christ est Roi et l’Esprit Saint veille, par sa présence versicolore, sur notre nuit humaine ».

Philippe Barthelet
Valeurs actuelles (n°3944)

Ce recueil de dialogues, d’essais, de méditations, forme un seul poème en prose dont la lecture est vivifiante, quelle que soit l’acuité souvent cruelle avec quoi il analyse les délires de notre temps. Frédéric II de Hohenstaufen, son destinataire idéal, est cet empereur alchimiste et troubadour, «porte glaive de Dieu» et disciple d’un maître soufi en qui le Moyen Âge chrétien trouva davantage que l’une de ses plus hautes illustrations : sa légende, et l’étalon secret des actions et des pensées des hommes sous le ciel. L’auteur s’adresse à lui par-dessus les ombres et les faux-semblants, non comme à un souvenir du passé mais comme au gardien du présent que l’on voudrait nous interdire. « La tragédie est que tout soit unique et irremplaçable. Pour effacer la tragédie, il faut effacer l’unique ; la modernité n’est rien d’autre que cela : la fabrication en série. » Dans ce « nulle part vociférant » où l’époque prétend nous emmurer, de telles Lectures valent délivrance.

Rébellion (juillet-août 2011 – n° 49)

Hommage à la dimension sacrée et impériale de l’Europe à travers la figure de Frédéric II de Hohenstaufen de manière explicite seulement dans le titre de cet essai, cette profonde méditation de Luc-Olivier d’Algange demande au lecteur, une capacité à se déconditionner du mode parodique de penser et d’exister inhérent à la modernité. A cette fin le livre débute par un dialogue en quelque sorte platonicien intitulé Hypnosophie de l’Europe par laquelle se manifestent les “songes lumineux” de l’authentique Tradition Européenne, celle de la liberté et de la spiritualité. Il existe une voie différente de celle sur laquelle s’est engagée la civilisation matérielle appelée faute de mieux occidentale et qui se caractérise par la rationalité technique quantitativiste et par le “fondamentalisme démocratique” auquel est consacré un chapitre analysant l’esclavage moderne du citoyen anonyme.
La “témérité spirituelle” permet néanmoins de se ressourcer à l’acte poétique (le poïen des Anciens) qui n’est pa retour à un passéisme identitaire, stéréotype nostalgique inhérent à la modernité mais présence, au sein du monde sensible réenchanté, d’une surnature pour laquelle l’auteur ne cache pas sa dilestion. La véritable façon d’habiter la terre est de s’orienter grâce aux repères symboliques générées par les grands poètes et par la Tradition immémoriale ayant occultement laissé ses traces dans la géographie sacrée dont celle de Toulouse, la Thulé méridionale, donne ici à cet essai, non pas son illustration pittoresque mais au sein de celui-ci, son Centre polaire et métaphysique.

Bruno Favrit
Réfléchir & Agir (Hiver 2012- n° 40)

Lectures pour Frédéric II fait suite à L’ombre de Venise, précédemment chroniqué dans ces colonnes, bien qu’il puisse être lu séparément. On y retrouve le Voyageur et son Ombre mais il y est assez peu question de Frédéric II. De fait l’empereur de Prusse, agnostique, philosophe et artiste, n’est évoqué ici que pour apporter la lumière sur les ambiguîtés d’un règne confronté à la modernité. On lira, sous sa plume, de belle pages sur la France et l’Europe, ainsi que l’expression de la nostalgie du Royaume. D’Algange goûte peu l’opinion majoritaire de son temps, indifférente à la beauté et à la lumière authentique – c’est-à-dire peu disposée à être instruite par le réel. Evidemment, l’évocation d’Hölderlin, de Stefan George ou de Pessoa et l’Empire ne peut que parler à quelques-uns. La poésie, chère à d’Algange, tient naturellement sa place dans ces lectures. Une société qui ne veut pas de la poésie contraint celle-ci à mener un combat sans relâche. L’auteur s’interroge très justement sur une époque que les Modernes ont voulu ériger en système, d’où toute métaphysique ou religiosité sont chassées – ou bafouées – au nom de la Raison : « Celui qui n’entend plus le chant du poète, comment entendrait-il le chant du monde ? » D’où il découle un sensible vieillissement des mentalités, de la pensée cernée par le conformisme ambiant. Il y a aussi toutes ces oeuvres à redécouvrir, « en réserve », telles celles d’Henry Montaigu ou de Jean-Marie Turpin. Bref, voici encore quelques pistes dignes de nourrir la bonne pensée et la bonne conduite.

Lectures pour Frédéric II - Luc-Olivier d'Algange


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