« Au seul nom d‘une déesse phénicienne »

Un livre de Luc-Oli­vier d’Al­gange com­bine toujours avec bon­heur d’in­dis­pen­sables con­t­re­feux poé­tiques à la lai­deur du monde mo­derne. A l’ab­ri des projec­teurs qui ef­facent les nuances comme des ca­vernes où se forge le res­sen­ti­ment, il se si­tue très exac­te­ment « entre la lu­mière d’Ho­mère et l’ombre de Dante », pour re­p­rendre un vers du Luas Vi­ta de D’An­nun­zio, ser­vant d’ail­leurs de titre à l’un des cha­pitres. Le gé­n­ie du pa­ga­nisme, la lit­té­ra­ture ini­tia­tique de No­va­lis et de Pes­soa, de Do­mi­nique de Roux et de Ray­mond Abel­lio, la con­f­ron­ta­tion entre Jün­ger et Evo­la, for­ment les six autres par­ties de ce bril­lant es­sai qui nous en­seigne l’art et la ma­nière d’être prés­ent au monde, tout en sa­c­hant « se dé­s­en­com­b­rer de soi-même ».
Si « l’in­si­g­ni­fiance est l’ho­ri­zon que se donne le Mo­derne », il va de soi que ce­lui-ci pas­se­ra à cô­té de la leçon. A quoi bon lire Abel­lio, con­t­re­poi­son ul­time aux es­t­hètes poin­til­leux comme aux éc­ri­vants de pas­sage, quand on ne jure plus que par le « ro­man­cier du sin­gu­lier qui ra­tio­cine en exa­cer­bant son re­cours à l’ana­lyse psy­c­ho­lo­gique ou en se per­dant en vo­lutes for­ma­listes ». Com­ment per­ce­voir l’ap­port es­sen­tiel du ro­man­tisme al­le­mand, quand l’époque dans laquelle mal­g­ré ses dires on exulte, est jus­te­ment celle qui « dé­bute avec l’oc­cul­ta­tion de l’En­cy­c­lo­pé­die de No­va­lis et le triomphe de la vo­lon­té ra­tion­nelle hé­gé­l­ienne » ? Com­ment ap­p­ré­c­ier la hau­teur de vues d’un De Roux ou d’un Pes­soa, quand on ne sait plus, entre ma­nifs fes­tives et ul­ti­ma­tums lu­diques, que « se plaindre de tout, re­ven­diquer contre tout sans ja­mais se re­bel­ler contre rien » ?
L’es­sai de Luc-Oli­vier d’Al­gange s’op­pose ra­di­ca­le­ment au to­ta­li­ta­risme li­bé­ral, à l’avi­lis­se­ment qu’il en­gendre comme à l’in­dis­tinc­tion qu’il pro­g­ramme. A la suite de l’Anarque jün­ge­rien et de l’homme de la Tra­di­tion évo­lien, il iden­ti­fie ce­lui-ci à une « idéo­lo­gie de haine », l’uni­for­mi­té qu’il ne cesse de pro­mou­voir étant bien « la pa­ro­die et l’en­ne­mie de l’uni­té ». Face à la bar­ba­rie des fon­da­men­ta­lismes, l’au­teur dé­fend le re­cours à la Tra­di­tion. Contre les ra­vages de la Trans­pa­rence in­f­li­gés par des in­di­vi­dus toujours plus mas­si­fiés, il ne cesse de chan­ter « l’âme odys­séenne » ép­rise d’in­con­nu.
C’est un livre pour pro­me­neurs so­li­taires et rê­veurs in­do­ciles, un livre pour “hap­py few”, en ce sens qu’il nous in­suffle, et ain­si nous réa­p­p­rend, la joie de ré­sis­ter.

Lu­do­vic Mau­b­reuil
Ci­né­ma­tique (août 14)

Au seul nom d'une déesse phénicienne - Luc-Olivier d'Algange


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