« Constat d’Occident »

Fabrice Trochet
Un grain de sable (mai 2007)

Lecture de ce livre en à peine une heure. Il faut dire que c’est assez rapide à lire vu qu’il n’y a juste que 10 petites nouvelles. Quelques-unes ont d’ailleurs paru dans les revues Cancer ! et Tsim soûm. Dommage que cela ne soit pas indiqué. A l’heure où la guerre a mauvaise presse Laurent Schang nous emmène dans des conflits passés et futurs. Ces nouvelles ont une relation entre elles : la guerre, le combat soit pour son pays, soit pour son honneur. Ces héros sont confrontés à la mort, au devoir,au pouvoir, à des valeurs qui paraissent maintenant dépassés en Occident.
C’est très rythmé avec des dialogues bien menés et des phrases courtes sans fioritures allant droit à l’essentiel. Laurent Schang pourrait faire sienne cette citation de Jünger très représentatif de ce livre. : « Une éclatante vérité demeure : la Mort pour une conviction est la plus sublime des fins : elle est Témoignage, Action, Réalisation, Foi, Amour, Espérance et But suprême ; elle est dans ce monde imparfait, une chose parfaite. »
On y croise précisément Ernst Jünger pendant la guerre 14 – 18, un soldat de Tsahal, Curzio Malaparte lors de la seconde guerre mondiale, un soldat russe de retour de Tchétchénie, Guevara en Afrique, Mishima et son seppuku. C’est étrange qu’en Occident tout le monde est fasciné par ce fameux seppuku alors qu’au Japon , on veut oublier Mishima. Par contre en France on parle peu de ses livres qui me semblent d’une grande qualité.
La guerre a toujours existé, on ne pourra jamais l’empêcher qu’elle revienne, c’est ce que Laurent Schang imagine avec Huntingtonons, huntingtonons dans une prochaine guerre mondiale en 2010.

Marcel Cordier
L’Echos des Vosges (mai 2007)

Natif de Metz, Laurent Schang vit et travaille à Commercy. Après une biographie remarquée du fondateur de l’aïkido, il nous propose un puissant recueil de dix nouvelles : Constat d’Occident.
L’auteur a trente-deux ans, comme le père de famille du dernier récit qui donne son titre à l’ensemble. «C’est quoi l’Occident ?» Le lecteur trouvera facilement la réponse. La formule d’André Malraux, (sa Tentation de l’Occident date de 1926) est parodiée avec ironie finale : « le vingt-et-unième siècle sera américain ou ne sera pas ». Huit textes sur dix se passent au cours des 90 dernières années, très belliqueuses. Les deux autres évoquent la XVIIe anglais et la troisième Guerre Mondiale (2011-2012). On rencontre des personnages historiques célèbres : Ernst Jünger, Cromwell et Thomas Hobbes (apôtre du despotisme), Saddam, Guevara et Malaparte, auteur de Kaputt en 1944. Dans la moitié des récits ce sont des anonymes qui viennent à nous, tous confrontés à la mort violente : un Israélien, un Japonais, un Russe…
On est transporté de Picardie (en 1918) à la Tchétchénie d’aujourd’hui, en passant par la Moldavie (en 1941) et l’Afrique Noire (1965). Laurent Schang maîtrise avec brio une vaste vision spatio-temporelle, comme son capitaine-condotierre « crâne et tempétueux ». Son style est taillé dans «l’acier littéraire» et sa palette est remarquablement diverse », précise Jean-Jacques Langendorff dans sa pertinente préface. On songe à la prose du Jünger d’Orages d’acier (1920). La plume de Schang tient du scalpel d’un médecin légiste. Elle se pose sur tous les totalitarismes, compose sur la décomposition et les déchirements sanglants – et l’auteur fait sa déposition – .
Un constat : partout la guerre, la « guerre chaude » exportée par l’Occident, celle qui fait les héros et les salauds, au nom du commerce et/ou de la liberté, pour l’argent et/ou le pouvoir. Constat d’échec.

François-Laurent Balssa
Le Choc du Mois (juin 2007) « La guerre n’attend pas le nombre des années »

Laurent Schang a des passions peu courantes, dont on a perdu l’habitude, du moins en France. Il aime la guerre chirurgicalement, moins pour son ivresse que pour sa respiration coupée, ses détails, sa minutie. Il l’aime avec la passion d’entomologiste d’Ersnt Jünger, ici d’ailleurs mis en scène. Il l’aime chastement, pour sa perfection inviolée. Il l’aime ensuite à nouveau pour lui seul, dans un geste solitaire, comme le Drieu La Rochelle du front de Charleroi. Il l’aime encore de loin.
Comme si les véritables amoureux de la guerre l’aimaient trop pour consentir à la faire. Ils la collectionnent, ils la fondent dans du plomb, ils la feuillettent furtivement dans des albums à leur façon érotiques, ils la révèrent avec ferveur,et cérémonie, dans un mélange de volupté et d’inhibition. A l’occasion, ils la retranscrivent littérairement. D’une plume pointue, avec la précisions des reconstitutions des batailles. Quand ils parviennent, cela donne un charme étrange à leurs maquettes et à leurs recomposées.
Ainsi pour écrire son recueil de nouvelles, Schang a su desceller les pierres des cimetières militaires. Les spectres de la guerre s’animent sous sa main, en Tchétchénie, en Afrique, dans des séquences de combat qui ressemblent à des scripts de court-métrage. Les grands écrivains se mettent à parler. Car au lieu d’aligner des notices encyclopédiques sur ces écrivains d’élection, l’auteur a choisi de les placer dans des situations critiques : le lieutenant Jünger dans les Flandres, Mishima devant la mort rituelle, Malaparte en quête de métaphores saisissantes sur les champs de batailles. La résurrection opère à plein.
Le moins qu’on puisse dire est que celui qui signe ces textes brefs brille dans la forme courte. Francis Scott Fitzgerald a fait reamarquer que dans un roman un personnage dispose d’une garde-robe, alors que dans la nouvelle, il n’a à sa disposition qu’un costume. Raison pour laquelle il ne doit y manquer aucun bouton. Les inclinations de Schang l’orientent indiscutablement vers les tenues militaires, mais il les porte impeccablement. N’y manquent ni épaulettes ni boutons en cuivre.
Il n’y a que son titre qui fait dépareillé : Constat d’Occident. On ne voit pas trop à quoi il ressemble à la fin, cet occident improbable et décentré, qui n’en finit pas de déplacer les lignes da sa géographie, toujours plus vers l’Orient, en Israël pour tout dire, où l’auteur semble avoir des amis en nombre. On ne le suivra donc pas dans son éloge de Tsahal, qui a bien assez d’avocats de mauvaise foi et de relations publiques empressées pour ne pas ajouter à la liste. Au Moyen-Orient, Constat d’accident se suffit à lui-même. Il n’y à qu’à regarder une carte.

P.L. Moudenc
Rivarol (n° 2816 juin 2007)

Enfin un livre qui décourage l’analyse tant il suscite de réactions contrastées. Jubilation; agacement, curiosité, tentation d’interrompre la lecture et désir d’en savoir plus. Tentative d’embrasser dans son entier un projet qui toujours se dérobe, dont l’esquisse semble se préciser pour sombre aussitôt dans le flou, qui ne trouve un semblant de cohérence que l’ultime page tournée. A la fois rêve et pirouette d’illusionniste, mosaïque de textes que rien ne relie vraiment, sinon le Constat d’Occident qui lui donne son (beau) titre sans résoudre pour autant le questionnement qu’il suscite et d’où il tire son étrange attrait.
Disons-le tout de suite : ces « nouvelles » de Laurent Schang – tel est le sous-titre et il n’est pas approprié – ne relèvent que par accident de la littérature, du moins au sens où je l’entends.
Une construction à la diable, un style sans grand caractère, à la limite du négligé. Presque à chaque page, des raisons de sursauter, sauf à se passionner, à l’instar de l’auteur, pour les caractéristiques techniques du char Ansaldo-Fiat C.C.– 33 L3, en usage durant la dernière guerre mondiale, dont les détails occupent un interminable paragraphe, et à se faire au débraillé (volontaire ? On aimerait le croire…) de la langue. Une désinvolture qui va jusqu’à pousser le narrateur à dater du 31 juin (!) 1965 un épisode de la piteuse équipée de Che Guevara en butte aux réalités africaines que sa ferveur révolutionnaire n’avait pas soupçonnées.
Bref, toutes les raisons de désespérer le lecteur le plus bénévolent. Et pourtant, le charme d’un ouvrage original dont le fond prend heureusement le pas sur la forme et attache malgré qu’on en ait.
Une veine qui navigue entre le reportage, le space opera géopolitique, l’anticipation, la célébration de quelques héros, Jünger, Mishima, Malaparte, la relation fantasmée d’épisodes historiques plus ou moins glorieux, jusqu’à la réflexion politico-métaphysique qui fait de Saddam Hussein l’avatar de Sargon via Assurbanipal, Darius et Haroun al-Rachid, tandis qu’Alexandre se réincarne en George W. Bush…
Laurent Schang oscille constamment entre réalité cernée au plus prés (il a le goût de la précision et du détail) et fiction débridée, sérieux et second degré. Sa méditation sur la mort; le pouvoir, l’honneur ou la gloire emprunte des voies parfois insolites. Elle ne laisse pas indifférent.
Il nourrit à l’évidence une fascination pour l’histoire et les héros guerriers, autant de sentinelles postées aux points stratégiques de l’Occident imaginaire dont il dessine les contours. Un Occident dont les valeurs ont nom fidélité, honneur, héroïsme, et qui pourrait bien n’être que la métaphore de l’être idéal que nous portons tous au tréfonds de nous-mêmes. Il en projette la nostalgie jusqu’aux confins de ses rêves. Il donne par là l’impression de vouloir à la fois perpétuer et exorciser son enfance. Sans doute est-ce là ce qui rend son propos si ambigu. Et si attachant.

Bruno Favrit
Réfléchir & Agir (n° 26 été 2007)

On est en bonne et moins bonne compagnie dans ce recueil de nouvelles mais jamais très éloigné de la réalité. Les personnages qui le traversent sont à l’image de cet occident que l’auteur tente de définir en fin de volume. Avec leurs parts d’ombres, de doutes, de gloires inconnues, éphémères ou usurpées. L’Europe qui a donné le puritain Cromwell, le national-conservateur Jünger et le fasciste Malaparte ne peut être une et indivisible. Mais elle a conquis et dominé le monde. Et aujourd’hui où elle est sensiblement en paix avec elle-même, elle se cherche de nouvelles occasions de prouver qu’elle n’a pas tant déchu. Laurent Schang prend donc le parti d’un constat d’Occident qui excède l’acception généralement admise. Ses nouvelles nous transportent aussi, et très logiquement, du côté de l’Irak, d’Israël et de la thèse hungtingtonienne du « choc des civilisations ». De même qu’on y croise les figures de Mishima et de Guevara qui composent à eux deux les meilleurs moments du livre (avec un savoureux et hallucinant entretien d’embauche passé par un vétéran du front tchétchène). On l’aura compris, si à l’évocation des champs de batailles et du seppukku, vous préférez les études psychologiques et les plongées introspectives dans l’univers étouffant et intimiste des bobos tendances, il faudra passer son chemin ! Schang n’écrit pas pour les cœur transis.

39/45 Magazine (n° 247 juillet/août 2007)

Où l’on croisera Ernst Jünger dans les Flandres de 14 – 18, Mishima qui se fait seppuku, Guevara dans les brumes africaines, un banquier londonien à l’époque d’Olivier Cromwell, Sergei Videnko, soldat russe et vétéran de Tchétchénie, Moshe, soldat de Tsahal, et d’autres qui, s’y confrontant, interrogent la mort, le devoir, le pouvoir, l’honneur, le serment, la gloire, l’héroïsme.

Au-delà, saisis à des moments d’intensité, à des instants ultimes, pris dans des conflits, dans la violence des armes autant que dans les affrontements politiques, entraînés dans les champs batailles, ils éprouveront, illustreront sans doute, les concepts de « petite guerre » et de « grande guerre » : l’une étant le simple combat contre l’ennemi, et l’autre le combat ascétique mené contre soi-même en vue d’une réalisation spirituelle.

Plus largement, si les nouvelles de Constat d’Occident sont une réflexion sur l’Histoire, les civilisations, leurs rapports et leurs luttes, si elles imaginent, dans une apothéose géopolitique, ce que pourrait être la prochaine guerre mondiale, elles posent aussi la question : qu’est-ce l’Occident?
Laurent Schang, dans un style d’une superbe austérité, avec un sens implacable du récit, répond avec sa lucidité, sa passionnante culture, ses admirations, ses nostalgies.

Sarah Vajda
La Revue Littéraire (n° 32 automne 2007) « Du sang de la volupté et de la mort volume 2 »

A Arnaud Bordes qui eut l’idée de réunir les principaux textes de Laurent Schang, ceux parus dans feu Cancer ! ou Tsimsoum l’éphémère et de magnifiques inédits sous une élégante couverture rouge et noire.
Ce n’est pas un éternel jeune homme au corps de christ maigre qui conçut, réalisa ce second volume, mais un authentique jeune homme d’aujourd’hui, corps massif et tête ronde, qui l’inventa. Sans se prendre plus au sérieux que Barrès hier, à un Siècle «parvenu au point le plus bas de l’énergie», up to date, Schang offre la grimace et la caresse d’une féerie noire et or.
Ici, nulle cigarière de Séville qui demain sera morte ni sourire du Greco dans les ruelles du ghetto tolédan, encore moins les deux femmes d’un bourgeois de Bruges, mais un jeune lieutenant ennuyé, P.8 enrayé ; un Japonais entre deux âges mêlant kleos et suicide à la romaine ; un correspondant de guerre italien assistant au grand pogrom de Jassy… Le nom de ce lieutenant ? Ernest Jünger. Celui du samouraï ? Mishima. Qui fut ce reporter? Malaparte?
Sous ces maîtres fameux, l’ironiste se range, y ajoute, trait du siècle, l’Uchronie, la politique fiction pour imaginer la troisième conflagration mondiale dont son fils, pas encore né, héritera.
Belliciste Schang ? Pas plus que Barrès ?
Hier, le Kaiser Guillaume, aujourd’hui Sumer, Our, réveillées, tandis que la France chantonne « Sarko salaud, le peuple aura ta peau » ou encore « La plus amène, c’est Segolène.» la grève générale est déclarée en Orient Moyen. Sur les traces du jeune Malraux, fils de Maurice, Prince de la Jeunesse, leur arrière-petit-fils, Laurent l’Ironique, trompe la mort et surtout la médiocrité des jours, réécrivant l’Histoire. Tandis que nous, Européens, rêvons de Paix perpétuelle, les descendants des défaits de Poitiers remontent des fleuves qui ne sauraient être appelés Amour que par antiphrase. Schang s’amuse à contempler les cercles qu’Histoire toujours, dans le lac de la tranquillité des lâches, dessine jusqu’au retour des tempêtes. L’Histoire redevient cette pierre a-philosophale, dont la chute dérange, longtemps après l’impact, les eaux noires du calcul égoïste. Burelier, Schang est un gonzier tranquille! Barrès ne fut pas davantage le Byron de l’Arménie ni le capitaine Beau Noir de 1914 – s’étant tous deux, pour très noble et très modeste tâche, donné d’écrire : Chronique de la Grande guerre. Tous deux connaissent le combat comme l’admirable moment de l’inutile mensonge. Suerte ! Certains meurent d’un éclat d’obus en plein front, d’autres d’une balle reçue alors qu’ils fuyaient, parfois crèvent résignés, veaux conduits à l’abattoir, à moins, qu’en en souvenir des moments heureux, les meilleurs fassent sacrifice consenti de leur vie. A la guerre comme à l’amour, guerriers appliqués ou braves, amants parfaits ou éminents petits cons, vivent les hommes ! La postérité longtemps fut femme, sachant distinguer le menteur du sincère. En ce temps d’extrême confusion qui est le nôtre, nous avons grand besoin de chroniqueurs, d’hommes capables d’oser encore, à l’âge du narcissisme, le Nous barrésien, surtout d’user du principe de distinction : « Je sais quand l’homme est grand et quand il est petit », je sais comme sans honneur, la vie se décolore… ad libitum.
Ici les théâtres des opérations ne sont Oise, Somme, Picardie, Flandres ou Marne, mais Tchétchénie, Irak, Palestine, où Schang nous peint, fait unique chez un goy, Tsahal en larmes et en armes, avant d’imaginer un 22 décembre 2010 où les Etats-Unis déclarèrent, irréel du futur, la guerre à la Chine ! Soixante-cinq millions de morts après, le coquin imagine une nouvelle paix qui ne sera pas celle des Braves… A l’instar de Barrès, Schang se veut, l’étant, catholique sans espoir d’un après, patriote sans espoir d’un monde meilleur.
No future, Game over. Salut au lettré punk.
Le lire repose en ces temps de grandes certitudes où les gnostiques par dizaines se disputent l’honneur d’expliquer le monde comme il va ! Allah, Jehova, Vishnou, Bouddha ou Jésus-Christ promettent, par la voix de singuliers prophètes, mille apocalypses, Schang n’en connaît qu’une, déclinée en trois mots, dédain de la grandeur, aquoibonisme ou indifférence, par quoi périra l’Occident et avec lui une certaine idée de la civilisation.
Pour avoir ramassé le couteau de la valeur abandonné, sanglant, sur la table du banquet, Hourrah !
A Barrès, dont le style ne l’exalte guère et dont les idées politiques l’horrifient, le lie l’essentiel, le sentiment de la mort. «Le grouillement des vers dans un cadavre compose toute ma vie secrète, mon agitation sentimentale», voilà qui préside au Constat d’Occident, voilà qui eût pu servir d’exergue à l’étrange volume. Demeure ce goût d’honneur bu aux lèvres des morts comme un levain pour des jours de malheur. Ces jours sont venus, nôtres. Ne dîtes pas à Schang qu’il est fils de Barrès, il se croit fils d’Hugo Pratt et frère de Corto.

Noms, Schang, Maltese
Prénom, Lorenzo
Né en 1975, à Hay sur Moselle
Nationalité austro-hongroise, sujet de l’Empereur François Joseph
Langue, l’allemand
Femme de sa vie, Loreleï
Hobby, monter des maquettes de chars
Ses boissons préférées, la bière et le Lambrusco rouge.

LS serait, la légende l’affirme, fils d’une certaine Magda, Madeleine Gabrielle Anna, elle-même, fille de la très belle et naguère célèbre Colette Baudoche, dont Barrès, en son chauvinisme de circonstance, voire instrumental, déforma l’histoire. En réalité, la jeune Messine épousa Asmus le Germain… Son fils prit, dit-on, le surnom qui fut celui d’Erich-Kurtius Maltese connu depuis sous le nom de Curzio Malaparte, et eut pour fils notre Lorenzo, devenu Laurent. Quittant Metz et ses brumes germaines, le jeune homme arriva à l’Université de Nancy, fit de longues stations au Musée lorrain afin d’y contempler le portrait de sa grand–mère peint par Delacroix… La rumeur affirme aussi qu’il tomba ces années-là éperdument amoureux d’une Esméralda officiant au Parc de la Pépinière, que la bohémienne but son sang le jour où, d’un bref coup de rasoir, l’impétueux, au creux de sa main gauche, traça une ligne de chance. L’enfant s’était rêvé militaire et à seize ans aventurier, c’est vous dire s’il s’épanouissait en son temps « Génération Grand Bleu et Paracétamol ! » Seuls, Ian Curtis, l’enfant des fées et de Manchester, Who no longer denies/All the failures of the Modern Man /, Luc Taï, ses rimes en aï et ses « Banzaï » de baryton tendance Frankenstein, ses nouveaux remix de « Paris Canaille » ; Laibach et ses Slovènes kamikazes du rock – sympathie for the devil – drapeau blanc à étoile bleue de ciel sur la scène, honneur de Tsahal, on y revient toujours, adoucissaient ses jours.
A trente ans, Lorenzo sut n’être pas celui qui tuera Alexandre, devina les aventures intérieures et immobiles les voyages, élut la Librairie, le voyage autour de sa chambre. La lecture de Conrad, Melville, Jünger, Mishima ou Malaparte suffirait en l’absence d’îlots à conquérir et à civiliser, faute de terres neuves à ensemencer. Surtout, la cause qui lui était chère, celle de feu l’Empire de Charlemagne, requérant plus d’aèdes pour en chanter la nostalgie que d’hommes de main, il laissa les Luger et les Manurhin aux militaires et aux flics, choisit de monter des maquettes à l’heure où golfent les yuppies et où les autres regardent le feuilleton. Il « maquettise », lit, relit des romans d’aventures et rêve à la jeune fille, la jeune femme, bientôt la femme Edelweiss, qui demain, demain, lui donnera un fils d’Occident à qui léguer les présents reçus.
Peu de biographèmes. Biographèmes tout de même, ce Lorrain déteste Paris qu’il tient pour Babylone, mais sait en distinguer la beauté, goûte les films de guerre et les jeunes femmes parfaites. Démodé ? Sans doute. Viril ? ll va sans dire. Le cœur le plus tendre du monde, l’âme la plus délicate se dissimulent sous une rustique plastique. Tête ronde et non tête pointue. Ici l’exception semble règle. Ainsi, Schang, qui n’est pas communiste, n’a ni lu ni fréquenté Brecht, réécrit-il, à son insu, le long monologue de La Bonne Ame du Sé-Chuan ! Responsabilité illimitée ! Père imaginaire, il s’adresse à l’enfant à naître, lui enseigne, cruelle leçon, la persistance de la Lutte des classes sur le front de bandière !
Schang est-il un écrivain ? Pas tout à fait en ceci qu’il n’attend pas que « la musique le prenne comme une mer vers sa pâle étoile » et en cela, qu’à Landerneau, il ne vint jamais, seulement le transcripteur d’un genre unique en ce Siècle, la fiction réalité. Fils de Barrès encore un coup, quoiqu’il pousse plus avant le procédé que ne fit son inventeur.
Peut-être Schang ne goûtera-t-il pas ce portrait en creux d’un «pédé viril» où mon amitié se plait à le dessiner au miroir de «Mademoiselle Barrès», mais du moins, j’aurai enfin mis à nu la raison qui, contre toute attente, fit, d’un barbare germain, l’ami le mieux aimé d’une apatride ; de ce garçon précis, psychorigide, peu expansif, le compagnon spirituel d’une exaltée, désordonnée, névrosée …
Lisant Constat d’Occident « C’est l’élan que je goûte », revient ce goût d’échec et de rêves inaccomplis d’une infinie douceur qu’ignoreront toujours les Puissants, les Maîtres et les médiocres.
Dans la confrérie des loosers magnifiques qu’illustra en langue française Barrès chantant les chevaliers lorrains morts sans rapporter le Graal, le pauvre Ménard « païen mystique », le fol Soury, l’impératrice de la Solitude ou l’enfant morte des Sleepings, inscrivons désormais l’aède goguenard et sa cohorte de marcheurs de l’Est .
Comme Barrès nous conviait à Tolède, aux rives du Tage, dans les rues brûlantes de Séville ou les jardins de Lombardie, à Parme en automne ou au sépulcre ravennais, afin de nous désintoxiquer de toute vanité, Schang nous entraîne de Kharkov à Kolwesi, de Tel Aviv aux sables du Negeev, de Londres à Our en Chaldée, dans les lointaines brumes du Turkestan à Brazaville, nous contraignant à y mourir, y renaître, en un geste infini. De Jassy, nous ne reviendrons pas. Seul Malaparte… Le soleil est aveugle et le kleos remis à d’autres fronts, d’autres guerres. Le chant profond du livre affirme, non pas la primauté de la littérature sur l’action, mais l’acte d’écrire comme geste mémoriel.
On pourrait de Schang, comme de Barrès, écrire, « Souvenirs d’un mélancolique ». Bien entendu, le lyrisme de Schang, mis à rude épreuve par le XXème siècle, l’ascétisme de la BD et le métal du rock, ne déroule pas le flux des mots en d’ardentes mélodies et ses phrases ne se veulent pas «colombes poignardées», pourtant, c’est là le grand mystère, le livre refermé, nous voyons des oiseaux morts, des ailes brisées, des écumes oubliées sur des plages désertes, des soleil couchants manqués : toute la panoplie romantique, née du deuil imprescriptible de l’idéal.
Sans doute pourrait-on, de Schang convenir qu’il demeure avant toute chose un amateur d’âmes, étant de ces hommes incapables de saisir l’Ame du monde, un misérable mortel, incapable de prier et de remercier, prétendre que ce manque, chez lui comme chez Barrès hier, devient le lieu où surgit le plaisir du texte, l’ébauche de l’œuvre.
Nulle « rondeur des jours » chez lui, ni de corps blancs des amoureuses ! Seuls, des chars, des cadavres, des désastres et des rires. Satire, Ironie et Sens plus profond disait Grabbe l’auteur d’un Hannibal, d’un Herzog Theodor von Gothland, d’un Napoléon, d’un Henry VI Empereur et d’un Barberousse !
« Tout désirer tout mépriser », la morale barrésienne devient en langue schangienne, honneur et vanité, le chant de l’Ecclésiaste stérilisant la riche terre d’Europe.
Le guerrier est fonctionnaire, le féru d’art martiaux, un garçon terriblement doux et la proie de la fascination, un homme de raison pure comme le vieux Lorrain fut un Asiate, le cantonnier de la droite française l’amant d’une étrangère et le petit garçon de Charmes qui prétendait élever son fils cantis et hymnis un païen.
Ces dichotomies toujours demeurent le lot de qui prétend écrire, car enfin il faut aux capitaines Beaux Blonds toujours faire escale pour recomposer en solitude le voyage…
Il voyage en solitaire le camarade Schang, amis morts depuis longtemps déjà…
Pas vécu, ou si peu. Lorenzo ne s’est jamais rendu en Israël ni en Irak, encore moins à Cuba libre ou esclave, ni en Afrique, seulement quitté Hay sur Moselle pour Metz, Nancy et Commercy !
La marque de l’écrivain non du ruffin, la souvenance ici est revisitation et non patiente description, l’Occident à nouveau un imaginaire et l’Orient un songe…
Que ce soit un beau rêve longtemps que cette vie aux marges de l’écriture, aux marches de l’Est et à celles du Palais.

Frédéric Saenen
Parutions.com (décembre 2007) « Schang d’honneur »

Son style, et plus encore ses sujets de prédilection, en hérisseront plus d’un. On pourra lui reprocher d’écrire comme un trentenaire immature, mal remis de la fascination qu’adolescent il entretenait pour l’hebdomadaire Troupes d’élite ; on lui fera perfidement remarquer que, pour un réformé de la Grande Muette, baser sa littérature sur des faits d’armes relève d’un refoulement morbide, malsain, pire encore : suspect. Dont acte.
Il n’empêche que Laurent Schang a une plume, et son Constat d’Occident en atteste. Comment qualifier exactement les textes qui composent ce recueil ? Ce ne sont à proprement parler ni des nouvelles ni des portraits. Plutôt de brusques irruptions en plein théâtre des opérations. Des plongées au cœur même de l’Action. Et le confort du lecteur n’y est en aucun cas ménagé, quand il se trouve transporté aux côtés du Leutnant Ernst Jünger, pris à la nasse au fond d’un trou d’obus avec pour seul secours son Luger enrayé ; dans un bureau de GRH, durant l’entretien d’embauche d’une jeune recrue russe retour de Tchétchénie ; ou encore au sommet de l’immeuble où, ce 25 novembre 1970, Mishima, pédé sublime, admira pour l’honneur le rutilement de ses boyaux.
La plume de Laurent Schang est de la froideur d’une lame. Elle trempe, parfois un peu complaisamment mais en tout cas toujours avec intensité et sincérité, dans la boue et le sang. En rendant ainsi ses lettres de noblesse au récit de combat, par le biais fort peu coutumier du témoignage fictionnalisé, cet auteur redonne souffle à une littérature que l’on n’osait plus, que l’on ne risquait plus. Peut-être est-il même en passe de donner vie à un nouveau genre, que l’on pourrait appeler, faute de mieux, la «polémographie». On attend en tout cas avec impatience le grondement de son prochain blindé…

A l’écoute des livres (janvier 2008 )

L’Histoire du monde est composé d’évènements vécus par des hommes illustres ou ordinaires. Et le fait d’être mêlés à ces moments exceptionnels peut transcender certains êtres ou les laisser au bord du chemin. Avec CONSTAT D’ OCCIDENT, Laurent Schang nous fait revivre, à travers douze nouvelles, des moments ayant joué dans le destin de la planète ou celui de personnalités illustres ou modestes.
Parmi ces récits, P.08 se déroule en mars 1918, durant la boucherie qui était censée être le dernier conflit européen et qui ne fut que la première guerre mondiale. Nous sommes dans les Flandres, du côté allemand, et nous rencontrons le grand écrivain Ernst Jünger.
Avec la nouvelle suivante, nous sommes transportés en 1982 à Tel Aviv, suivant un jeune israélien qui se destine à la médecine mais qui, comme tous les jeunes de son pays, est revêtu de l’uniforme militaire.
Nous partons ensuite au Japon, en 1970, quand l’immense auteur Mishima, né trop tard dans un empire ayant renié ses valeurs ancestrales, décida de mourir rituellement, ce qu’on appelle souvent improprement, faire hara kiri.
D’autres destins dans ce recueil : celui d’un russe revenant du conflit tchétchène, d’un bourgeois anglais en Angleterre lors de la république de Cromwell, et d’autres encore, en Europe, en Asie, en Afrique.
Nous avons déjà évoqué dans cette chronique la difficulté d’écrire des nouvelles de qualité et Laurent Schang, s’en tire admirablement. Les amoureux des lettres apprécieront ce petit bijou.

Le Casoar (revue trimestrielle de la Saint-Cyrienne n°188 janvier 2008 )

Comme le dit Jean-Jacques Langendorf, dans la préface qu’il signe pour cet original recueil de nouvelles : « Schang nous parle de gens qui se battent pour leur pays, pour leur honneur, pour leur révolution et même pour leur gloire ». Comme par exemple Ernst Jünger, Moshe soldat de Tsahal, Che Guevara. Il donne ainsi son avis sur l’histoire, les guerres, la civilisation, l’État d’Israël, la Tchétchénie, et bien d’autres sujets plus ou moins politiques qui contribuent à l’image de l’Occident.

Constat d'Occident - Laurent Schang


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