« Constat d’Occident »

Fa­b­rice Tro­c­het
Un grain de sable (mai 2007)

Lec­ture de ce livre en à peine une heure. Il faut dire que c’est as­sez ra­pide à lire vu qu’il n’y a juste que 10 pe­tites nou­velles. Quelques-unes ont d’ail­leurs pa­ru dans les re­vues Can­cer ! et Tsim soûm. Dom­mage que ce­la ne soit pas in­diqué. A l’heure où la guerre a mau­vaise presse Laurent Sc­hang nous em­mène dans des con­f­lits pas­sés et fu­turs. Ces nou­velles ont une re­la­tion entre elles : la guerre, le com­bat soit pour son pays, soit pour son hon­neur. Ces hé­ros sont con­f­ron­tés à la mort, au de­voir,au pou­voir, à des va­leurs qui pa­raissent main­te­nant dé­pas­sés en Oc­cident.
C’est très ryth­mé avec des dia­logues bien me­nés et des ph­rases courtes sans fio­ri­tures al­lant droit à l’es­sen­tiel. Laurent Sc­hang pour­rait faire sienne cette ci­ta­tion de Jün­ger très re­p­ré­s­en­ta­tif de ce livre. : « Une éc­la­tante vé­ri­té de­meure : la Mort pour une con­vic­tion est la plus su­b­lime des fins : elle est Té­moi­g­nage, Ac­tion, Réa­l­i­sa­tion, Foi, Amour, Es­pé­rance et But su­p­rême ; elle est dans ce monde im­par­fait, une chose par­faite. »
On y croise pré­c­i­sé­ment Ernst Jün­ger pen­dant la guerre 14 – 18, un sol­dat de Tsa­hal, Cur­zio Ma­l­a­parte lors de la se­conde guerre mon­diale, un sol­dat russe de re­tour de Tc­hét­c­hé­n­ie, Gue­va­ra en Af­rique, Mi­s­hi­ma et son sep­pu­ku. C’est ét­range qu’en Oc­cident tout le monde est fas­ci­né par ce fa­meux sep­pu­ku alors qu’au Ja­pon , on veut ou­b­lier Mi­s­hi­ma. Par contre en France on parle peu de ses livres qui me semblent d’une grande qua­li­té.
La guerre a toujours exis­té, on ne pour­ra ja­mais l’em­pê­c­her qu’elle re­vienne, c’est ce que Laurent Sc­hang ima­gine avec Hun­ting­to­nons, hun­ting­to­nons dans une pro­c­haine guerre mon­diale en 2010.

Mar­cel Cor­dier
L’Ec­hos des Vosges (mai 2007)

Na­tif de Metz, Laurent Sc­hang vit et tra­vaille à Com­mer­cy. Ap­rès une bio­g­ra­p­hie re­marquée du fon­da­teur de l’aï­ki­do, il nous pro­pose un puis­sant re­cueil de dix nou­velles : Cons­tat d’Oc­cident.
L’au­teur a trente-deux ans, comme le père de fa­mille du der­nier ré­c­it qui donne son titre à l’en­semble. «C’est quoi l’Oc­cident ?» Le lec­teur trou­ve­ra fa­ci­le­ment la ré­ponse. La for­mule d’An­d­ré Mal­raux, (sa Ten­ta­tion de l’Oc­cident date de 1926) est pa­ro­diée avec iro­nie fi­nale : « le vingt-et-unième siècle se­ra amé­ri­cain ou ne se­ra pas ». Huit textes sur dix se passent au cours des 90 der­nières an­nées, très bel­liqueuses. Les deux autres évoquent la XVIIe an­g­lais et la troi­sième Guerre Mon­diale (2011-2012). On ren­contre des per­son­nages his­to­riques cé­lèbres : Ernst Jün­ger, Crom­well et Tho­mas Hobbes (apôtre du des­po­tisme), Sad­dam, Gue­va­ra et Ma­l­a­parte, au­teur de Ka­putt en 1944. Dans la moi­tié des ré­c­its ce sont des ano­nymes qui viennent à nous, tous con­f­ron­tés à la mort vio­lente : un Is­raé­l­ien, un Ja­po­nais, un Russe…
On est tran­s­por­té de Pi­car­die (en 1918) à la Tc­hét­c­hé­n­ie d’aujourd’hui, en pas­sant par la Mol­da­vie (en 1941) et l’Af­rique Noire (1965). Laurent Sc­hang maî­t­rise avec brio une vaste vi­sion spa­tio-tem­po­relle, comme son ca­pi­taine-con­do­tierre « crâne et tem­pé­tueux ». Son style est tail­lé dans «l’acier lit­té­raire» et sa pa­lette est re­marqua­b­le­ment di­verse », pré­c­ise Jean-Jacques Lan­gen­dorff dans sa per­ti­nente pré­face. On songe à la prose du Jün­ger d’Orages d’acier (1920). La plume de Sc­hang tient du scal­pel d’un mé­d­e­cin lé­giste. Elle se pose sur tous les to­ta­li­ta­rismes, com­pose sur la dé­com­po­si­tion et les dé­c­hi­re­ments san­g­lants – et l’au­teur fait sa dé­po­si­tion – .
Un cons­tat : par­tout la guerre, la « guerre chaude » ex­por­tée par l’Oc­cident, celle qui fait les hé­ros et les sa­lauds, au nom du com­merce et/ou de la li­ber­té, pour l’argent et/ou le pou­voir. Cons­tat d’éc­hec.

François-Laurent Bals­sa
Le Choc du Mois (juin 2007) « La guerre n’at­tend pas le nombre des an­nées »

Laurent Sc­hang a des pas­sions peu cou­rantes, dont on a per­du l’ha­bi­tude, du moins en France. Il aime la guerre chi­rur­gi­ca­le­ment, moins pour son iv­resse que pour sa res­pi­ra­tion cou­pée, ses dé­tails, sa mi­nu­tie. Il l’aime avec la pas­sion d’en­to­mo­lo­giste d’Ersnt Jün­ger, ici d’ail­leurs mis en scène. Il l’aime chas­te­ment, pour sa per­fec­tion in­vio­lée. Il l’aime en­suite à nou­veau pour lui seul, dans un geste so­li­taire, comme le Drieu La Ro­c­helle du front de Char­le­roi. Il l’aime en­core de loin.
Comme si les vé­ri­tables amou­reux de la guerre l’ai­maient trop pour con­sen­tir à la faire. Ils la col­lec­tionnent, ils la fondent dans du plomb, ils la feuil­lettent fur­ti­ve­ment dans des al­bums à leur façon éro­tiques, ils la ré­vèrent avec fer­veur,et cé­ré­mo­nie, dans un mé­lange de vo­lup­té et d’in­hi­bi­tion. A l’oc­ca­sion, ils la re­t­rans­c­rivent lit­té­rai­re­ment. D’une plume poin­tue, avec la pré­c­i­sions des re­cons­ti­tu­tions des ba­tailles. Quand ils par­viennent, ce­la donne un charme ét­range à leurs maquettes et à leurs re­com­po­sées.
Ain­si pour éc­rire son re­cueil de nou­velles, Sc­hang a su des­cel­ler les pierres des ci­me­tières mi­li­taires. Les spectres de la guerre s’ani­ment sous sa main, en Tc­hét­c­hé­n­ie, en Af­rique, dans des séq­uences de com­bat qui res­semblent à des sc­ripts de court-mé­t­rage. Les grands éc­ri­vains se mettent à par­ler. Car au lieu d’ali­g­ner des no­tices en­cy­c­lo­pé­diques sur ces éc­ri­vains d’él­ec­tion, l’au­teur a choi­si de les pla­cer dans des si­tua­tions cri­tiques : le lieu­te­nant Jün­ger dans les Flandres, Mi­s­hi­ma de­vant la mort ri­tuelle, Ma­l­a­parte en quête de mé­t­a­p­hores sai­sis­santes sur les champs de ba­tailles. La ré­s­ur­rec­tion opère à plein.
Le moins qu’on puisse dire est que ce­lui qui signe ces textes brefs brille dans la forme courte. Fran­cis Scott Fitz­ge­rald a fait rea­marquer que dans un ro­man un per­son­nage dis­pose d’une garde-robe, alors que dans la nou­velle, il n’a à sa dis­po­si­tion qu’un cos­tume. Rai­son pour laquelle il ne doit y manquer au­cun bou­ton. Les in­c­li­na­tions de Sc­hang l’orientent in­dis­cu­ta­b­le­ment vers les te­nues mi­li­taires, mais il les porte im­pec­ca­b­le­ment. N’y manquent ni épau­lettes ni bou­tons en cuivre.
Il n’y a que son titre qui fait dé­pa­reil­lé : Cons­tat d’Oc­cident. On ne voit pas trop à quoi il res­semble à la fin, cet oc­cident im­p­ro­bable et dé­c­en­t­ré, qui n’en fi­nit pas de dé­p­la­cer les lignes da sa géo­g­ra­p­hie, toujours plus vers l’Orient, en Is­raël pour tout dire, où l’au­teur semble avoir des amis en nombre. On ne le sui­v­ra donc pas dans son él­oge de Tsa­hal, qui a bien as­sez d’avo­cats de mau­vaise foi et de re­la­tions pu­b­liques em­p­res­sées pour ne pas ajou­ter à la liste. Au Moyen-Orient, Cons­tat d’ac­cident se suf­fit à lui-même. Il n’y à qu’à re­gar­der une carte.

P.L. Mou­denc
Ri­va­rol (n° 2816 juin 2007)

En­fin un livre qui dé­cou­rage l’ana­lyse tant il sus­cite de réa­c­tions con­t­ras­tées. Ju­bi­la­tion; aga­ce­ment, cu­rio­si­té, ten­ta­tion d’in­ter­rompre la lec­ture et dé­s­ir d’en sa­voir plus. Ten­ta­tive d’em­b­ras­ser dans son en­tier un projet qui toujours se dé­robe, dont l’esquisse semble se pré­c­i­ser pour sombre aus­si­tôt dans le flou, qui ne trouve un sem­b­lant de co­hé­r­ence que l’ul­time page tour­née. A la fois rêve et pi­rouette d’il­lu­sion­niste, mo­saïque de textes que rien ne re­lie vrai­ment, si­non le Cons­tat d’Oc­cident qui lui donne son (beau) titre sans ré­soudre pour au­tant le ques­tion­ne­ment qu’il sus­cite et d’où il tire son ét­range at­t­rait.
Di­sons-le tout de suite : ces « nou­velles » de Laurent Sc­hang – tel est le sous-titre et il n’est pas ap­p­ro­p­rié – ne re­lèvent que par ac­cident de la lit­té­ra­ture, du moins au sens où je l’en­tends.
Une cons­t­ruc­tion à la diable, un style sans grand ca­rac­tère, à la li­mite du né­g­li­gé. Presque à chaque page, des rai­sons de sur­sau­ter, sauf à se pas­sion­ner, à l’ins­tar de l’au­teur, pour les ca­rac­té­ris­tiques tech­niques du char An­sal­do-Fiat C.C.– 33 L3, en usage du­rant la der­nière guerre mon­diale, dont les dé­tails oc­cupent un in­ter­mi­nable pa­ra­g­raphe, et à se faire au dé­b­rail­lé (vo­lon­taire ? On ai­me­rait le croire…) de la langue. Une dé­s­in­v­ol­ture qui va jusqu’à pous­ser le nar­ra­teur à da­ter du 31 juin (!) 1965 un ép­i­sode de la pi­teuse éq­ui­pée de Che Gue­va­ra en butte aux réa­l­i­tés af­ri­caines que sa fer­veur ré­vo­lu­tion­naire n’avait pas soupçon­nées.
Bref, toutes les rai­sons de dé­s­es­pé­r­er le lec­teur le plus bé­né­volent. Et pour­tant, le charme d’un ou­v­rage ori­gi­nal dont le fond prend heu­reu­se­ment le pas sur la forme et at­tache mal­g­ré qu’on en ait.
Une veine qui na­vigue entre le re­por­tage, le space ope­ra géo­po­li­tique, l’an­ti­ci­pa­tion, la cé­l­é­b­ra­tion de quelques hé­ros, Jün­ger, Mi­s­hi­ma, Ma­l­a­parte, la re­la­tion fan­tas­mée d’ép­i­sodes his­to­riques plus ou moins glo­rieux, jusqu’à la ré­flex­ion po­li­ti­co-mé­t­a­p­hy­sique qui fait de Sad­dam Hus­sein l’ava­tar de Sar­gon via As­sur­ba­ni­pal, Da­rius et Ha­roun al-Ra­c­hid, tan­dis qu’Alexandre se réi­n­carne en George W. Bush…
Laurent Sc­hang os­cille cons­tam­ment entre réa­l­i­té cer­née au plus prés (il a le goût de la pré­c­i­sion et du dé­tail) et fic­tion dé­b­ri­dée, sé­rieux et se­cond de­g­ré. Sa mé­di­ta­tion sur la mort; le pou­voir, l’hon­neur ou la gloire em­p­runte des voies par­fois in­so­lites. Elle ne laisse pas in­dif­fér­ent.
Il nour­rit à l’évi­dence une fas­ci­na­tion pour l’his­toire et les hé­ros guer­riers, au­tant de sen­ti­nelles pos­tées aux points st­ra­té­giques de l’Oc­cident ima­gi­naire dont il des­sine les con­tours. Un Oc­cident dont les va­leurs ont nom fi­dé­l­i­té, hon­neur, hé­roïsme, et qui pour­rait bien n’être que la mé­t­a­p­hore de l’être idéal que nous por­tons tous au tré­fonds de nous-mêmes. Il en projette la nos­tal­gie jusqu’aux con­fins de ses rêves. Il donne par là l’im­p­res­sion de vou­loir à la fois per­pé­tuer et exor­ci­ser son en­fance. Sans doute est-ce là ce qui rend son pro­pos si am­bi­gu. Et si at­ta­c­hant.

Bru­no Fa­v­rit
Ré­f­lé­c­hir & Agir (n° 26 été 2007)

On est en bonne et moins bonne com­pa­g­nie dans ce re­cueil de nou­velles mais ja­mais très él­oi­g­né de la réa­l­i­té. Les per­son­nages qui le tra­versent sont à l’image de cet oc­cident que l’au­teur tente de dé­fi­nir en fin de vo­lume. Avec leurs parts d’ombres, de doutes, de gloires in­con­nues, ép­hé­mères ou usur­pées. L’Eu­rope qui a don­né le pu­ri­tain Crom­well, le na­tio­nal-con­ser­va­teur Jün­ger et le fas­ciste Ma­l­a­parte ne peut être une et in­di­vi­sible. Mais elle a conquis et do­mi­né le monde. Et aujourd’hui où elle est sen­si­b­le­ment en paix avec elle-même, elle se cherche de nou­velles oc­ca­sions de prou­ver qu’elle n’a pas tant dé­c­hu. Laurent Sc­hang prend donc le par­ti d’un cons­tat d’Oc­cident qui ex­cède l’ac­cep­tion gé­né­ra­le­ment ad­mise. Ses nou­velles nous tran­s­portent aus­si, et très lo­gique­ment, du cô­té de l’Irak, d’Is­raël et de la thèse hung­ting­to­nienne du « choc des ci­vi­li­sa­tions ». De même qu’on y croise les fi­gures de Mi­s­hi­ma et de Gue­va­ra qui com­posent à eux deux les meil­leurs mo­ments du livre (avec un sa­vou­reux et hal­lu­ci­nant en­t­re­tien d’em­bauche pas­sé par un vé­té­ran du front tc­hét­c­hène). On l’au­ra com­p­ris, si à l’évo­ca­tion des champs de ba­tailles et du sep­puk­ku, vous pré­fé­r­ez les études psy­c­ho­lo­giques et les plon­gées in­t­ros­pec­tives dans l’uni­vers étouf­fant et in­ti­miste des bo­bos ten­dances, il fau­d­ra pas­ser son che­min ! Sc­hang n’éc­rit pas pour les cœur tran­sis.

39/45 Ma­ga­zine (n° 247 juil­let/août 2007)

Où l’on croi­se­ra Ernst Jün­ger dans les Flandres de 14 – 18, Mi­s­hi­ma qui se fait sep­pu­ku, Gue­va­ra dans les brumes af­ri­caines, un banquier lon­do­nien à l’époque d’Oli­vier Crom­well, Ser­gei Vi­den­ko, sol­dat russe et vé­té­ran de Tc­hét­c­hé­n­ie, Moshe, sol­dat de Tsa­hal, et d’autres qui, s’y con­f­ron­tant, in­ter­rogent la mort, le de­voir, le pou­voir, l’hon­neur, le ser­ment, la gloire, l’hé­roïsme.

Au-de­là, sai­sis à des mo­ments d’in­ten­si­té, à des ins­tants ul­times, pris dans des con­f­lits, dans la vio­lence des armes au­tant que dans les af­f­ron­te­ments po­li­tiques, en­t­raî­nés dans les champs ba­tailles, ils ép­rou­ve­ront, il­lus­t­re­ront sans doute, les con­cepts de « pe­tite guerre » et de « grande guerre » : l’une étant le simple com­bat contre l’en­ne­mi, et l’autre le com­bat as­cé­tique me­né contre soi-même en vue d’une réa­l­i­sa­tion spi­ri­tuelle.

Plus lar­ge­ment, si les nou­velles de Cons­tat d’Oc­cident sont une ré­flex­ion sur l’His­toire, les ci­vi­li­sa­tions, leurs rap­ports et leurs luttes, si elles ima­ginent, dans une apo­t­héose géo­po­li­tique, ce que pour­rait être la pro­c­haine guerre mon­diale, elles posent aus­si la ques­tion : qu’est-ce l’Oc­cident?
Laurent Sc­hang, dans un style d’une su­perbe aus­té­ri­té, avec un sens im­p­la­cable du ré­c­it, ré­pond avec sa lu­ci­di­té, sa pas­sion­nante cul­ture, ses ad­mi­ra­tions, ses nos­tal­gies.

Sa­rah Vaj­da
La Re­vue Lit­té­raire (n° 32 au­tomne 2007) « Du sang de la vo­lup­té et de la mort vo­lume 2 »

A Ar­naud Bordes qui eut l’idée de réu­nir les prin­ci­paux textes de Laurent Sc­hang, ceux pa­rus dans feu Can­cer ! ou Tsim­soum l’ép­hé­mère et de ma­g­ni­fiques in­é­dits sous une él­é­gante cou­ver­ture rouge et noire.
Ce n’est pas un éter­nel jeune homme au corps de ch­rist maigre qui conçut, réa­l­i­sa ce se­cond vo­lume, mais un au­t­hen­tique jeune homme d’aujourd’hui, corps mas­sif et tête ronde, qui l’in­ven­ta. Sans se prendre plus au sé­rieux que Bar­rès hier, à un Siècle «par­ve­nu au point le plus bas de l’éner­gie», up to date, Sc­hang offre la gri­mace et la ca­resse d’une fée­rie noire et or.
Ici, nulle ci­ga­rière de Sé­ville qui de­main se­ra morte ni sou­rire du Gre­co dans les ruelles du ghet­to to­lé­dan, en­core moins les deux femmes d’un bour­geois de Bruges, mais un jeune lieu­te­nant en­nuyé, P.8 en­rayé ; un Ja­po­nais entre deux âges mê­lant kleos et sui­cide à la ro­maine ; un cor­res­pon­dant de guerre ita­lien as­sis­tant au grand po­g­rom de Jas­sy… Le nom de ce lieu­te­nant ? Er­nest Jün­ger. Ce­lui du sa­mou­raï ? Mi­s­hi­ma. Qui fut ce re­por­ter? Ma­l­a­parte?
Sous ces maîtres fa­meux, l’iro­niste se range, y ajoute, trait du siècle, l’Uch­ro­nie, la po­li­tique fic­tion pour ima­gi­ner la troi­sième con­f­la­g­ra­tion mon­diale dont son fils, pas en­core né, hé­ri­te­ra.
Bel­li­ciste Sc­hang ? Pas plus que Bar­rès ?
Hier, le Kai­ser Guil­laume, aujourd’hui Su­mer, Our, ré­veil­lées, tan­dis que la France chan­tonne « Sar­ko sa­laud, le peuple au­ra ta peau » ou en­core « La plus amène, c’est Se­go­lène.» la grève gé­né­rale est dé­c­la­rée en Orient Moyen. Sur les traces du jeune Mal­raux, fils de Mau­rice, Prince de la Jeu­nesse, leur ar­rière-pe­tit-fils, Laurent l’Iro­nique, trompe la mort et sur­tout la mé­dio­c­ri­té des jours, réé­c­ri­vant l’His­toire. Tan­dis que nous, Eu­ro­péens, rê­vons de Paix per­pé­tuelle, les des­cen­dants des dé­faits de Poi­tiers re­montent des fleuves qui ne sau­raient être ap­pe­lés Amour que par an­ti­ph­rase. Sc­hang s’amuse à con­tem­p­ler les cercles qu’His­toire toujours, dans le lac de la tranquil­li­té des lâches, des­sine jusqu’au re­tour des tem­pêtes. L’His­toire re­de­vient cette pierre a-phi­lo­so­p­hale, dont la chute dé­range, long­temps ap­rès l’im­pact, les eaux noires du cal­cul égoïste. Bu­re­lier, Sc­hang est un gon­zier tranquille! Bar­rès ne fut pas da­van­tage le By­ron de l’Ar­mé­n­ie ni le ca­pi­taine Beau Noir de 1914 – s’étant tous deux, pour très noble et très mo­deste tâche, don­né d’éc­rire : Ch­ro­nique de la Grande guerre. Tous deux con­naissent le com­bat comme l’ad­mi­rable mo­ment de l’in­u­tile men­songe. Suerte ! Cer­tains meurent d’un éc­lat d’obus en plein front, d’autres d’une balle reçue alors qu’ils fuyaient, par­fois crèvent ré­si­g­nés, veaux con­duits à l’abat­toir, à moins, qu’en en sou­ve­nir des mo­ments heu­reux, les meil­leurs fassent sa­c­ri­fice con­sen­ti de leur vie. A la guerre comme à l’amour, guer­riers ap­p­liqués ou braves, amants par­faits ou ém­i­n­ents pe­tits cons, vivent les hommes ! La pos­té­ri­té long­temps fut femme, sa­c­hant dis­tin­guer le men­teur du sin­cère. En ce temps d’ex­t­rême con­fu­sion qui est le nôtre, nous avons grand be­soin de ch­ro­niqueurs, d’hommes ca­pables d’oser en­core, à l’âge du nar­cis­sisme, le Nous bar­ré­sien, sur­tout d’user du prin­cipe de dis­tinc­tion : « Je sais quand l’homme est grand et quand il est pe­tit », je sais comme sans hon­neur, la vie se dé­co­lore… ad li­bi­tum.
Ici les théâtres des opé­ra­tions ne sont Oise, Somme, Pi­car­die, Flandres ou Marne, mais Tc­hét­c­hé­n­ie, Irak, Pa­les­tine, où Sc­hang nous peint, fait unique chez un goy, Tsa­hal en larmes et en armes, avant d’ima­gi­ner un 22 dé­c­embre 2010 où les Etats-Unis dé­c­la­rèrent, ir­réel du fu­tur, la guerre à la Chine ! Soixante-cinq mil­lions de morts ap­rès, le coquin ima­gine une nou­velle paix qui ne se­ra pas celle des Braves… A l’ins­tar de Bar­rès, Sc­hang se veut, l’étant, ca­t­ho­lique sans es­poir d’un ap­rès, pa­t­riote sans es­poir d’un monde meil­leur.
No fu­ture, Game over. Sa­lut au let­t­ré punk.
Le lire re­pose en ces temps de grandes cer­ti­tudes où les gnos­tiques par di­zaines se dis­putent l’hon­neur d’ex­p­liquer le monde comme il va ! Al­lah, Je­ho­va, Vi­sh­nou, Boud­d­ha ou Jé­sus-Ch­rist pro­mettent, par la voix de sin­gu­liers pro­p­hètes, mille apo­ca­lypses, Sc­hang n’en con­naît qu’une, dé­c­li­née en trois mots, dé­dain de la gran­deur, aquoi­bo­nisme ou in­dif­fé­r­ence, par quoi pé­r­i­ra l’Oc­cident et avec lui une cer­taine idée de la ci­vi­li­sa­tion.
Pour avoir ra­mas­sé le cou­teau de la va­leur aban­don­né, san­g­lant, sur la table du banquet, Hour­rah !
A Bar­rès, dont le style ne l’exalte guère et dont les idées po­li­tiques l’hor­ri­fient, le lie l’es­sen­tiel, le sen­ti­ment de la mort. «Le grou­il­le­ment des vers dans un ca­davre com­pose toute ma vie se­c­rète, mon agi­ta­tion sen­ti­men­tale», voi­là qui pré­s­ide au Cons­tat d’Oc­cident, voi­là qui eût pu ser­vir d’exergue à l’ét­range vo­lume. De­meure ce goût d’hon­neur bu aux lèvres des morts comme un le­vain pour des jours de mal­heur. Ces jours sont ve­nus, nôtres. Ne dîtes pas à Sc­hang qu’il est fils de Bar­rès, il se croit fils d’Hu­go Pratt et frère de Cor­to.

Noms, Sc­hang, Mal­tese
Pré­nom, Lo­ren­zo
Né en 1975, à Hay sur Mo­selle
Na­tio­na­li­té aus­t­ro-hon­g­roise, sujet de l’Em­pe­reur François Jo­seph
Langue, l’al­le­mand
Femme de sa vie, Lo­re­leï
Hob­by, mon­ter des maquettes de chars
Ses bois­sons pré­fé­rées, la bière et le Lam­b­rus­co rouge.

LS se­rait, la lé­gende l’af­firme, fils d’une cer­taine Mag­da, Ma­de­leine Ga­b­rielle An­na, elle-même, fille de la très belle et na­guère cé­lèbre Co­lette Bau­doche, dont Bar­rès, en son chau­vi­nisme de cir­cons­tance, voire ins­t­ru­men­tal, dé­for­ma l’his­toire. En réa­l­i­té, la jeune Mes­sine épou­sa As­mus le Ger­main… Son fils prit, dit-on, le sur­nom qui fut ce­lui d’Erich-Kur­tius Mal­tese con­nu de­puis sous le nom de Cur­zio Ma­l­a­parte, et eut pour fils notre Lo­ren­zo, de­ve­nu Laurent. Quit­tant Metz et ses brumes ger­maines, le jeune homme ar­ri­va à l’Uni­ver­si­té de Nan­cy, fit de longues sta­tions au Mu­sée lor­rain afin d’y con­tem­p­ler le por­t­rait de sa grand–mère peint par De­la­c­roix… La ru­meur af­firme aus­si qu’il tom­ba ces an­nées-là éper­du­ment amou­reux d’une Es­mé­ral­da of­fi­ciant au Parc de la Pé­p­i­nière, que la bo­hé­m­ienne but son sang le jour où, d’un bref coup de ra­soir, l’im­pé­tueux, au creux de sa main gauche, traça une ligne de chance. L’en­fant s’était rê­vé mi­li­taire et à seize ans aven­tu­rier, c’est vous dire s’il s’épa­nouis­sait en son temps « Gé­né­ra­tion Grand Bleu et Pa­ra­cé­ta­mol ! » Seuls, Ian Cur­tis, l’en­fant des fées et de Man­c­hes­ter, Who no lon­ger de­nies/All the fai­lures of the Mo­dern Man /, Luc Taï, ses rimes en aï et ses « Ban­zaï » de ba­ry­ton ten­dance Fran­ken­s­tein, ses nou­veaux re­mix de « Pa­ris Ca­naille » ; Lai­bach et ses Slo­vènes ka­mi­kazes du rock – sym­pa­t­hie for the de­vil – dra­peau blanc à étoile bleue de ciel sur la scène, hon­neur de Tsa­hal, on y re­vient toujours, adou­cis­saient ses jours.
A trente ans, Lo­ren­zo sut n’être pas ce­lui qui tue­ra Alexandre, de­vi­na les aven­tures in­té­rieures et im­mo­biles les voyages, élut la Li­b­rai­rie, le voyage au­tour de sa chambre. La lec­ture de Con­rad, Mel­ville, Jün­ger, Mi­s­hi­ma ou Ma­l­a­parte suf­fi­rait en l’ab­sence d’îlots à conqué­rir et à ci­vi­li­ser, faute de terres neuves à en­se­men­cer. Sur­tout, la cause qui lui était chère, celle de feu l’Em­pire de Char­le­magne, requé­rant plus d’aèdes pour en chan­ter la nos­tal­gie que d’hommes de main, il lais­sa les Lu­ger et les Ma­nu­r­hin aux mi­li­taires et aux flics, choi­sit de mon­ter des maquettes à l’heure où golfent les yup­pies et où les autres re­gardent le feuil­le­ton. Il « maquet­tise », lit, re­lit des ro­mans d’aven­tures et rêve à la jeune fille, la jeune femme, bien­tôt la femme Edel­weiss, qui de­main, de­main, lui don­ne­ra un fils d’Oc­cident à qui lé­guer les pré­s­ents reçus.
Peu de bio­g­ra­p­hèm­es. Bio­g­ra­p­hèm­es tout de même, ce Lor­rain dé­teste Pa­ris qu’il tient pour Ba­by­lone, mais sait en dis­tin­guer la beau­té, goûte les films de guerre et les jeunes femmes par­faites. Dé­mo­dé ? Sans doute. Vi­ril ? ll va sans dire. Le cœur le plus tendre du monde, l’âme la plus dé­l­i­cate se dis­si­mulent sous une rus­tique plas­tique. Tête ronde et non tête poin­tue. Ici l’ex­cep­tion semble règle. Ain­si, Sc­hang, qui n’est pas com­mu­niste, n’a ni lu ni fréq­uen­té Brecht, réé­c­rit-il, à son in­su, le long mo­no­logue de La Bonne Ame du Sé-Chuan ! Res­pon­sa­bi­li­té il­li­mi­tée ! Père ima­gi­naire, il s’ad­resse à l’en­fant à naître, lui en­seigne, cruelle leçon, la per­sis­tance de la Lutte des classes sur le front de ban­dière !
Sc­hang est-il un éc­ri­vain ? Pas tout à fait en ce­ci qu’il n’at­tend pas que « la mu­sique le prenne comme une mer vers sa pâle étoile » et en ce­la, qu’à Lan­der­neau, il ne vint ja­mais, seu­le­ment le trans­c­rip­teur d’un genre unique en ce Siècle, la fic­tion réa­l­i­té. Fils de Bar­rès en­core un coup, quoiqu’il pousse plus avant le pro­cé­dé que ne fit son in­ven­teur.
Peut-être Sc­hang ne goû­te­ra-t-il pas ce por­t­rait en creux d’un «pé­dé vi­ril» où mon ami­tié se plait à le des­si­ner au mi­roir de «Ma­de­moi­selle Bar­rès», mais du moins, j’au­rai en­fin mis à nu la rai­son qui, contre toute at­tente, fit, d’un bar­bare ger­main, l’ami le mieux ai­mé d’une apa­t­ride ; de ce garçon pré­c­is, psy­c­ho­ri­gide, peu ex­pan­sif, le com­pa­g­non spi­ri­tuel d’une exal­tée, dé­s­or­don­née, né­v­ro­sée …
Li­sant Cons­tat d’Oc­cident « C’est l’élan que je goûte », re­vient ce goût d’éc­hec et de rêves in­ac­com­p­lis d’une in­fi­nie dou­ceur qu’ig­no­re­ront toujours les Puis­sants, les Maîtres et les mé­diocres.
Dans la con­f­ré­rie des loo­sers ma­g­ni­fiques qu’il­lus­t­ra en langue française Bar­rès chan­tant les che­va­liers lor­rains morts sans rap­por­ter le Graal, le pauvre Mé­nard « païen mys­tique », le fol Sou­ry, l’im­pé­ra­t­rice de la So­li­tude ou l’en­fant morte des Slee­pings, ins­c­ri­vons dé­s­or­mais l’aède go­gue­nard et sa co­horte de mar­c­heurs de l’Est .
Comme Bar­rès nous con­viait à To­lède, aux rives du Tage, dans les rues brû­lantes de Sé­ville ou les jar­dins de Lom­bar­die, à Parme en au­tomne ou au sé­pulcre ra­ven­nais, afin de nous dé­si­n­toxiquer de toute va­ni­té, Sc­hang nous en­t­raîne de Khar­kov à Kol­we­si, de Tel Aviv aux sables du Ne­geev, de Londres à Our en Chal­dée, dans les loin­taines brumes du Tur­kes­tan à Bra­za­ville, nous con­t­rai­g­nant à y mou­rir, y re­naître, en un geste in­fi­ni. De Jas­sy, nous ne re­vien­d­rons pas. Seul Ma­l­a­parte… Le so­leil est aveugle et le kleos re­mis à d’autres fronts, d’autres guerres. Le chant pro­fond du livre af­firme, non pas la pri­mau­té de la lit­té­ra­ture sur l’ac­tion, mais l’acte d’éc­rire comme geste mé­mo­riel.
On pour­rait de Sc­hang, comme de Bar­rès, éc­rire, « Sou­ve­nirs d’un mé­lan­co­lique ». Bien en­ten­du, le ly­risme de Sc­hang, mis à rude ép­reuve par le XXème siècle, l’as­cé­tisme de la BD et le mé­t­al du rock, ne dé­roule pas le flux des mots en d’ar­dentes mé­l­o­dies et ses ph­rases ne se veulent pas «co­lombes poi­g­nar­dées», pour­tant, c’est là le grand mys­tère, le livre re­fer­mé, nous voyons des oi­seaux morts, des ailes bri­sées, des éc­um­es ou­b­liées sur des plages dé­s­ertes, des so­leil cou­c­hants manqués : toute la pa­no­p­lie ro­man­tique, née du deuil im­p­res­c­rip­tible de l’idéal.
Sans doute pour­rait-on, de Sc­hang con­ve­nir qu’il de­meure avant toute chose un ama­teur d’âm­es, étant de ces hommes in­ca­pables de sai­sir l’Ame du monde, un mi­sé­rable mor­tel, in­ca­pable de prier et de re­mer­cier, pré­tendre que ce manque, chez lui comme chez Bar­rès hier, de­vient le lieu où sur­git le plai­sir du texte, l’ébauche de l’œuvre.
Nulle « ron­deur des jours » chez lui, ni de corps blancs des amou­reuses ! Seuls, des chars, des ca­davres, des dé­s­astres et des rires. Sa­tire, Iro­nie et Sens plus pro­fond di­sait Grabbe l’au­teur d’un Han­ni­bal, d’un Her­zog Theo­dor von Goth­land, d’un Na­po­léon, d’un Hen­ry VI Em­pe­reur et d’un Bar­be­rousse !
« Tout dé­s­i­r­er tout mé­p­ri­ser », la mo­rale bar­ré­sienne de­vient en langue sc­han­gienne, hon­neur et va­ni­té, le chant de l’Ec­c­lé­siaste sté­ri­li­sant la riche terre d’Eu­rope.
Le guer­rier est fonc­tion­naire, le fé­ru d’art mar­tiaux, un garçon ter­ri­b­le­ment doux et la proie de la fas­ci­na­tion, un homme de rai­son pure comme le vieux Lor­rain fut un Asiate, le can­ton­nier de la droite française l’amant d’une ét­ran­gère et le pe­tit garçon de Charmes qui pré­ten­dait él­e­ver son fils can­tis et hym­nis un païen.
Ces di­c­ho­to­mies toujours de­meurent le lot de qui pré­tend éc­rire, car en­fin il faut aux ca­pi­taines Beaux Blonds toujours faire es­cale pour re­com­po­ser en so­li­tude le voyage…
Il voyage en so­li­taire le ca­ma­rade Sc­hang, amis morts de­puis long­temps déjà…
Pas vé­cu, ou si peu. Lo­ren­zo ne s’est ja­mais ren­du en Is­raël ni en Irak, en­core moins à Cu­ba libre ou es­c­lave, ni en Af­rique, seu­le­ment quit­té Hay sur Mo­selle pour Metz, Nan­cy et Com­mer­cy !
La marque de l’éc­ri­vain non du ruf­fin, la sou­ve­nance ici est re­vi­si­ta­tion et non pa­tiente des­c­rip­tion, l’Oc­cident à nou­veau un ima­gi­naire et l’Orient un songe…
Que ce soit un beau rêve long­temps que cette vie aux marges de l’éc­ri­ture, aux marches de l’Est et à celles du Pa­lais.

Fré­dé­ric Sae­nen
Pa­ru­tions.com (dé­c­embre 2007) « Sc­hang d’hon­neur »

Son style, et plus en­core ses sujets de pré­di­lec­tion, en hé­ris­se­ront plus d’un. On pour­ra lui re­p­ro­c­her d’éc­rire comme un tren­te­naire im­ma­ture, mal re­mis de la fas­ci­na­tion qu’ado­lescent il en­t­re­te­nait pour l’heb­do­ma­daire Troupes d’él­ite ; on lui fe­ra per­fi­de­ment re­marquer que, pour un ré­for­mé de la Grande Muette, ba­ser sa lit­té­ra­ture sur des faits d’armes re­lève d’un re­fou­le­ment mor­bide, mal­sain, pire en­core : sus­pect. Dont acte.
Il n’em­pêche que Laurent Sc­hang a une plume, et son Cons­tat d’Oc­cident en at­teste. Com­ment qua­li­fier exac­te­ment les textes qui com­posent ce re­cueil ? Ce ne sont à pro­p­re­ment par­ler ni des nou­velles ni des por­t­raits. Plu­tôt de brusques ir­rup­tions en plein théâtre des opé­ra­tions. Des plon­gées au cœur même de l’Ac­tion. Et le con­fort du lec­teur n’y est en au­cun cas mé­na­gé, quand il se trouve tran­s­por­té aux cô­tés du Leut­nant Ernst Jün­ger, pris à la nasse au fond d’un trou d’obus avec pour seul se­cours son Lu­ger en­rayé ; dans un bu­reau de GRH, du­rant l’en­t­re­tien d’em­bauche d’une jeune re­c­rue russe re­tour de Tc­hét­c­hé­n­ie ; ou en­core au som­met de l’im­meuble où, ce 25 no­vembre 1970, Mi­s­hi­ma, pé­dé su­b­lime, ad­mi­ra pour l’hon­neur le ru­ti­le­ment de ses boyaux.
La plume de Laurent Sc­hang est de la froi­deur d’une lame. Elle trempe, par­fois un peu com­p­lai­sam­ment mais en tout cas toujours avec in­ten­si­té et sin­cé­ri­té, dans la boue et le sang. En ren­dant ain­si ses lettres de no­b­lesse au ré­c­it de com­bat, par le biais fort peu cou­tu­mier du té­moi­g­nage fic­tion­na­li­sé, cet au­teur re­donne souffle à une lit­té­ra­ture que l’on n’osait plus, que l’on ne risquait plus. Peut-être est-il même en passe de don­ner vie à un nou­veau genre, que l’on pour­rait ap­pe­ler, faute de mieux, la «po­lé­mo­g­ra­p­hie». On at­tend en tout cas avec im­pa­tience le gron­de­ment de son pro­c­hain blin­dé…

A l’écoute des livres (jan­vier 2008 )

L’His­toire du monde est com­po­sé d’évè­ne­ments vé­c­us par des hommes il­lustres ou or­di­naires. Et le fait d’être mê­lés à ces mo­ments ex­cep­tion­nels peut trans­cen­der cer­tains êtres ou les lais­ser au bord du che­min. Avec CONS­TAT D’ OC­CIDENT, Laurent Sc­hang nous fait re­vivre, à tra­vers douze nou­velles, des mo­ments ayant joué dans le des­tin de la pla­nète ou ce­lui de per­son­na­li­tés il­lustres ou mo­destes.
Par­mi ces ré­c­its, P.08 se dé­roule en mars 1918, du­rant la bou­c­he­rie qui était cen­sée être le der­nier con­f­lit eu­ro­péen et qui ne fut que la pre­mière guerre mon­diale. Nous sommes dans les Flandres, du cô­té al­le­mand, et nous ren­con­t­rons le grand éc­ri­vain Ernst Jün­ger.
Avec la nou­velle sui­vante, nous sommes tran­s­por­tés en 1982 à Tel Aviv, sui­vant un jeune is­raé­l­ien qui se des­tine à la mé­d­e­cine mais qui, comme tous les jeunes de son pays, est re­vê­tu de l’uni­forme mi­li­taire.
Nous par­tons en­suite au Ja­pon, en 1970, quand l’im­mense au­teur Mi­s­hi­ma, né trop tard dans un em­pire ayant re­nié ses va­leurs an­ces­t­rales, dé­c­i­da de mou­rir ri­tuel­le­ment, ce qu’on ap­pelle souvent im­p­ro­p­re­ment, faire ha­ra ki­ri.
D’autres des­tins dans ce re­cueil : ce­lui d’un russe re­ve­nant du con­f­lit tc­hét­c­hène, d’un bour­geois an­g­lais en An­g­le­terre lors de la ré­pu­b­lique de Crom­well, et d’autres en­core, en Eu­rope, en Asie, en Af­rique.
Nous avons déjà évoqué dans cette ch­ro­nique la dif­fi­cul­té d’éc­rire des nou­velles de qua­li­té et Laurent Sc­hang, s’en tire ad­mi­ra­b­le­ment. Les amou­reux des lettres ap­p­ré­c­ie­ront ce pe­tit bijou.

Le Ca­soar (re­vue tri­mes­t­rielle de la Saint-Cy­rienne n°188 jan­vier 2008 )

Comme le dit Jean-Jacques Lan­gen­dorf, dans la pré­face qu’il signe pour cet ori­gi­nal re­cueil de nou­velles : « Sc­hang nous parle de gens qui se battent pour leur pays, pour leur hon­neur, pour leur ré­vo­lu­tion et même pour leur gloire ». Comme par exemple Ernst Jün­ger, Moshe sol­dat de Tsa­hal, Che Gue­va­ra. Il donne ain­si son avis sur l’his­toire, les guerres, la ci­vi­li­sa­tion, l’État d’Is­raël, la Tc­hét­c­hé­n­ie, et bien d’autres sujets plus ou moins po­li­tiques qui con­t­ri­buent à l’image de l’Oc­cident.

Constat d'Occident - Laurent Schang


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