« Ma vie secrète »

Daoud Bou­g­he­za­la
Cau­seur Ma­ga­zine (n°57 – mars 2013)
Bour­reau des coeurs, aus­si

Jeunes gens, sou­ve­nez-vous de la Sé­rie rose, ses marquises en cos­tume que che­vau­c­haient des cour­ti­sans pou­d­rés, la nuit tom­bée, sur nos éc­rans. L’adap­ta­tion de cet éro­tisme kitsch au so­cia­lisme réel s’an­nonçait ar­due. C’est pour­tant le dé­fi que se lança Alain Pau­card en 1979 lorsqu’il pu­b­lia pour la pre­mière fois Ma vie se­c­rète, ré­c­it à la pre­mière per­sonne ins­pi­ré des frasques sup­po­sées de Sta­line. Réé­di­té par l’ex­cel­lente mai­son d’Ar­naud Bordes, au ca­ta­logue an­ti­con­for­miste bien four­ni, le pré­c­ieux tes­ta­ment fe­rait pas­ser les Mé­moires de Ca­sa­no­va pour le Dia­logues des car­mé­l­ites. Ap­rès une dou­lou­reuse ini­tia­tion au sé­m­i­naire, la dia­lec­tique mar­xiste bien en main, le pria­pique “oncle Joe” gal­va­nise les masses fé­m­i­nines, bra­vant l’hos­ti­li­té de Lé­n­ine puis de Trots­ki pour conqué­rir le coeur de ces dames. Fi­dèle à ses Car­nets d’un ob­sé­dé, le vo­lume de Pau­card se laisse pé­né­t­rer aus­si vite qu’un moujik sur la banquise…

Wil­liam L’Har­met
Ré­f­lé­c­hir & Agir (n°43 – hi­ver 2013)

Tout, vous sau­rez tout sur Sos­so, le pe­tit père des peuples, le meil­leur ami des en­fants ! Sa ren­contre avec Lé­n­ine, ses re­la­tions avec Tho­rez, le gé­né­ral De Gaulle et même un dé­nom­mé “Trotz­ki”… Ses aven­tures tor­rides avec les ca­ma­rades du par­ti, les ca­dettes de l’Ar­mée rouge ou la “belle” Do­lo­rès, Pas­sio­na­ria d’His­pa­nie… ses goûts lit­té­raires ou ses pen­c­hants li­ber­tins… Tout, car il faut ab­so­lu­ment ré­ha­bi­li­ter la mé­moire sa­lie de notre “homme d’acier” (tra­duc­tion lit­té­rale – et coquine ? – du nom Sta­line). Dic­ta­teur san­gui­naire pour cer­tains (les adu­la­teurs ber­nés de la Pe­r­es­t­roi­ka !) mais plu­tôt bon père de fa­mille et vrai ré­vo­lu­tion­naire pour les plus lu­cides… Ce do­cu­ment ex­cep­tion­nel et au­t­hen­ti­fié au­rait fran­c­hi clan­des­ti­ne­ment le ri­deau de fer dans les an­nées 70. Ou se­rait-ce plu­tôt un exer­cice d’ad­mi­ra­tion du vrai-faux tra­duc­teur Alain Pau­card(ov), tsar des Ron­c­hons Flin­gueurs ? D’un bou­doir du Krem­lin – truf­fé de mi­c­ros -, de Khar­kov, aux gou­lags du fin fond de la Si­bé­rie, le Vojd (guide) nous trim­bale au pays des so­viets éro­tiques… Au mo­ment de la pa­ru­tion de bio­g­ra­p­hies par­ti­sanes et des tra­vaux de Joa­c­him Hoff­mann, ce texte drô­lis­sime re­met les pen­dules à l’heure (de Mos­cou) ! A lire, un verre de bonne vod­ka (ou une brave kol­k­ho­zienne !) à por­tée de main… Et sur un air de “pope-mu­sique” !

Li­vr’ar­bitres (n°10, Hi­ver 2013)

Si vous vous de­man­diez pourquoi Alain Pau­card se ba­lade toujours avec l’ef­fi­gie du ca­ma­rade Sta­line sur son ti­c­heurte, li­sez ce ré­c­it des aven­tures gri­voises du pe­tit Pères des Peuples et vous com­p­ren­d­rez ! A moins que vous ne soyez aveugle ou cul-pin­cé comme le père Tho­rez, mo­mo pour les in­times, mais ce­la est une autre his­toire ! Quoi qu’il en soit, au­t­hen­tique ou pas, ce ré­c­it a la ver­deur des Onze mille verges d’Apol­li­naire, c’est vous dire ! Un lec­teur aver­ti en vaut deux, et n’al­lez pas lais­ser ce livre entre les mains d’une dame… Un ma­ri aver­ti…

Ré­bel­lion (n° 56 no­vembre/dé­c­embre 2012)

Ce texte sur­p­re­nant, réé­di­té ac­tuel­le­ment par Alexi­p­har­maque, avait été pu­b­lié une pre­mière fois en 1979. Alain Pau­card, so­vié­to­logue ré­pu­té s’était, pa­raît-il, pro­cu­ré un exem­p­laire ori­gi­nal des con­fi­dences éro­ti­co-bur­lesques du père Jo­seph… Si l’on en croit l’au­teur de ce ré­c­it que cer­tains qua­li­fie­ront d’apo­c­ryphe, l’his­toire de la ré­vo­lu­tion russe et l’exer­cice du pou­voir par Jo­seph Sta­line s’éc­lai­re­raient par le ma­g­né­tisme sexuel de ce­lui-ci. On y ap­p­ren­d­ra éga­le­ment la place dé­ter­mi­nante que tint l’éro­tisme au sein du mou­ve­ment com­mu­niste in­ter­na­tio­nal. Du ma­té­ria­lisme dia­lec­tique ap­p­liqué à l’Eros.

Jacques Abou­caya
Le Sa­lon Lit­té­raire (08/11/12)
Mieux Pau­card que ja­mais…

On con­naît les bio­g­ra­p­hies “non-au­to­ri­sées”. Ce sont les plus sa­vou­reuses. Plus fort en­core, voi­ci une au­to­bio­g­ra­p­hie qui ne l’est as­su­ré­ment pas da­van­tage. Celle de Ios­sif Vis­sa­rio­no­vitch Djou­ga­ch­vi­li, alias Jo­seph Sta­line, Ma­ré­c­hal de son état. Au­to­bio­g­ra­p­hie ? Voire. On en doit la pu­b­li­ca­tion à Alain Pau­card. Il l’a, pré­tend-il, tra­duite et adap­tée – à vrai dire, plu­tôt adap­tée. De quoi sur­p­rendre ceux qui ig­no­raient jusqu’ici sa con­nais­sance ap­p­ro­fon­die de la langue russe. Mais pas ses af­fi­ni­tés él­ec­tives avec le Pe­tit Père des peuples, lui qui ne ré­pugne pas au culte de la per­son­na­li­té. Au point de se cam­per en Con­du­ca­tor au­to­p­ro­c­la­mé des Ron­c­hons (il les a fé­dé­rés en 1986 dans un Club toujours flo­ris­sant). Ni son goût pour la mys­ti­fi­ca­tion.

Pu­b­liée en 1979 aux édi­tions Re­né Bau­doin, de­ve­nue in­t­rou­vable, cette au­to­bio­g­ra­p­hie re­sur­git donc dans la col­lec­tion “Les Rares”, chez Alexi­p­har­maque. Heu­reuse ex­hu­ma­tion. Sa ge­nèse ? Con­ser­vée long­temps par le KGB, ex­fil­t­rée clan­des­ti­ne­ment en même temps que les éc­rits des dis­si­dents, elle est par­ve­nue, Dieu seul sait com­ment, entre les mains de Pau­card. Telle est la ver­sion of­fi­cielle, que l’on se gar­de­ra de mettre en doute tant le texte est criant de vé­ri­té.

Un texte à l’image de son hé­ros. Ex­ces­sif. Dé­me­su­ré. Hi­la­rant. Entre autres qua­li­tés ém­i­n­entes, Sta­line, c’est bien con­nu, était do­té d’un sens de l’hu­mour dont au­raient pu té­moi­g­ner, en son temps, les pen­sion­naires du Gou­lag, les po­pu­la­tions mas­si­ve­ment dé­p­la­cées et les pré­ten­dus com­p­lo­teurs en blouse blanche. Sans comp­ter quelques con­cur­rents dû­ment él­i­mi­nés avec le sou­rire. Conqué­rant aus­si, ce­lui-ci, sous les mous­taches char­meuses.

Res­pec­tant comme il sied l’ordre ch­ro­no­lo­gique, le ré­c­it com­mence à la nais­sance à Go­ri, en Geor­gie, du pe­tit Jo­seph. Lequel ma­ni­feste très tôt un sens in­né de la lutte des classes. “A neuf mois, ra­conte-t-il, je m’op­po­sais vail­lam­ment à la nour­rice qui, sans res­pect pour les nou­veau-nés, m’ap­por­tait un bi­be­ron trop froid ou brû­lant.” Il eût été dom­mage de lais­ser en friche de telles dis­po­si­tions.

On pas­se­ra sur les di­verses étapes de sa vie, le sé­m­i­naire où il est en­t­ré “sim­p­le­ment pour y ap­p­rendre à lire et à éc­rire”, son ir­ré­sis­tible as­cen­sion dans la hié­rar­c­hie bol­c­he­vique, ses ac­tions, ses éc­rits, son art de se dé­bar­ras­ser de ri­vaux en­com­b­rants pour par­ve­nir au faîte de l’Etat. Le tout jus­ti­fié par une dia­lec­tique ép­rou­vée et une ph­ra­séo­lo­gie qui pré­fi­gure et il­lustre l’art de la langue de bois dans toute sa sp­len­deur.

L’au­teur se fonde sur des faits avé­rés, des éc­rits, des té­moi­g­nages. En quoi il fait oeuvre d’his­to­rien, avec les sc­ru­pules que ce­la sup­pose et le sou­ci d’une do­cu­men­ta­tion aus­si exacte que pos­sible. Sur la pé­r­iode, il a lu (en langue ori­gi­nelle ?…) tous les livres im­por­tants dont il cite des pas­sages avec un à-pro­pos ja­mais dé­men­ti. On sent bien que Sta­line le fas­cine – et il est vrai que cette per­son­na­li­té hors du com­mun a de quoi re­te­nir. Am­bi­tieux. Cy­nique. Re­tors. Sé­duc­teur à ses heures. Re­dou­table st­ra­tège. D’une in­tel­li­gence au-de­là de la nor­male. Toutes les ca­rac­té­ris­tiques, en somme, de ce­lui que son des­tin dé­s­igne pour exer­cer, bien en­ten­du dans le seul sou­ci du bon­heur de son peuple, la fonc­tion de dic­ta­teur.

Peu dif­fér­ent, di­ra-t-on, des dic­ta­teurs sé­c­ré­tés ail­leurs par d’autres ré­gimes po­li­tiques ? Voire. A en croire son bio­g­raphe (à l’en croire lui-même, si on dé­c­ide d’ad­hé­r­er à la fic­tion et de se fier au ca­rac­tère pré­ten­du­ment apo­c­ryphe de cette au­to­bio­g­ra­p­hie), chez lui, la vie pri­vée in­ter­fère avec cons­tance dans la vie pu­b­lique. Et d’abord ses ap­pé­tits sexuels. Ec­lec­tiques. In­sa­tiables. Ceux d’un bouc lu­b­rique (il n’ y a pas que les vi­pères…) dont les pul­sions com­mandent tout, y com­p­ris dans le do­maine po­li­tique.

Une col­lu­sion qui avait éc­hap­pé jusqu’ici à tous les com­men­ta­teurs et sur laquelle cette au­to­bio­g­ra­p­hie projette un éc­lai­rage dé­ter­mi­nant. On se gar­de­ra de dé­tail­ler toutes les oc­cur­rences où l’Homme d’acier (c’est la tra­duc­tion lit­té­rale de Sta­line), ho­no­rant son sur­nom ain­si que ses conquêtes, fait montre d’une vi­ri­li­té hors du com­mun. Il n’est pour­tant pas ha­sar­deux d’avan­cer, à la lu­mière de ce livre, qu’elle a in­f­lé­c­hi le cours de l’His­toire.

Bor­nons-nous à quelques scènes clés, ré­vé­la­t­rices de la te­neur de l’en­semble : la ri­va­li­té avec Trots­ki, in­car­née par la belle Alio­c­ha. La ren­contre, ir­ré­sis­tible, avec Do­lo­rès Ibar­ru­ri, la Pa­sio­na­ria es­pa­g­nole. Celle qui ex­p­lique pourquoi Gide, amou­reux écon­duit, éc­ri­vit son Re­tour d’URSS dans lequel “il se plut à noir­cir tout ce qui l’avait pré­cé­d­em­ment en­t­hou­sias­mé”. Sans par­ler de la maî­t­resse po­lo­naise qui pas­sa suc­ces­si­ve­ment du lit de Sta­line à ce­lui de De Gaulle.

Ré­s­u­mons-nous, comme di­sait Alexandre Via­latte : nous te­nons là un do­cu­ment ca­pi­tal pour la com­p­ré­hen­sion du ving­tième siècle. Il se­ra dé­s­or­mais dif­fi­cile, si­non im­pos­sible, d’en nar­rer le dé­rou­le­ment pour le moins mou­ve­men­té, d’en com­pren­dre les res­sorts, sans te­nir compte de cette au­to­bio­g­ra­p­hie. Elle eût pu, sans Alain Pau­card, fi­nir dans les pou­belles de l’His­toire. Grâces soient donc ren­dues à ce­lui qui, sans hé­si­ter de­vant l’usur­pa­tion d’iden­ti­té, en est le ré­vé­la­teur.

A l’écoute des livres 01/11/12

Le pe­tit père des peuples, Jo­seph Vis­sa­rio­no­vitch Djou­ga­ch­vi­li, plus con­nu sous le nom de Sta­line, ne fut-il qu’un dic­ta­teur im­pi­toyable, unique­ment gui­dé par la soif de pou­voir ? Grace à l’ami Alain Pau­card, nous avons en­fin ac­cès à Ma vie se­c­rète, l’au­to­bio­g­ra­p­hie de l’homme d’acier (tra­duc­tion du nom Sta­line) Jo­seph ne fut pas un être asexué et les rap­ports char­nels in­f­luen­cèrent sa vie. Ain­si, s’il n’avait pas su­bi les der­niers ou­t­rages de la part des popes du sé­m­i­naire, au­rait-il ver­sé dans un an­ti­c­lé­ri­ca­lisme des­t­ruc­teur ? Le fait d’avoir re­fu­sé de sa­tis­faire sexuel­le­ment An­d­ré Gide a-t-il con­duit l’au­teur des Portes Et­roites, titre évo­ca­teur, à pu­b­lier Re­tour d’URSS, pam­ph­let an­ti-com­mu­niste ?
On peut se de­man­der si Sta­line ne fut pas un per­vers quand on dé­couvre, grâce au pré­s­ident du Club des Ron­c­hons, qu’il dra­gua des femmes aus­si laides que Do­lores Ibar­ru­ri, la pas­sio­na­ria es­pa­g­nole ou Jean­nette Ver­meersch, la com­pagne de Mau­rice Tho­rez mais, ap­rès tout, à cha­cun ses fan­tasmes. Une page de l’his­toire du XXème siècle comme vous n’au­riez ja­mais l’ima­gi­née et que vous pou­vez com­man­der chez votre li­b­raire.

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« Ma vie secrète »
Recit (Broché)

Collection : Les Rares



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