« Le réveil de Kernunos »

Jean-Paul Bourre con­nait par­fai­te­ment le sen­tier ar­du et aé­rien de la mort. Une sé­rie d’ar­canes du Ta­rot de Mar­seille se ré­vé­la à son re­gard du­rant son en­fance, de­puis le Roi cha­ma­nique des sources ar­vernes, fai­sant ir­rup­tion dans sa chambre un ma­tin d’hi­ver, jusqu’à l’Ar­cane 13 qui se ma­té­ria­li­sa sous la forme d’une édi­tion de poche des Chants de Mal­do­ror po­sée sur la plage ar­rière d’une Porsche gris mé­t­al­li­sé.
So­li­de­ment en­ca­d­ré par Ar­naud de l’Es­toile et Luc-Oli­vier d’Al­gange, To­ny Bail­lar­geat – ci­néaste dont le troi­sième œil est à fleur de peau – se charge de faire émer­ger à la sur­face de Jean-Paul Bourre quelques puis­santes ré­vé­la­tions sur l’en­vers de notre pays, sa part bé­n­ite, ar­c­haïque et tec­to­nique, sa part syl­vestre et guer­rière.

“Oui, nous avions des dieux, et ce n’est pas parce que le rou­leau com­p­res­seur a tout éc­ra­sé qu’ils ont dis­pa­rus. Il suf­fit de vi­si­ter cer­tains sites mé­ga­li­t­hiques, ou cer­tains lieux rat­ta­c­hés à une lé­gende, en­core im­p­ré­g­nés de l’an­cienne mé­moire. La charge est in­tacte. On peut voir des ombres se dé­p­la­cer, en­tendre des voix ve­nues de la loin­taine his­toire. Toute cette an­ces­t­ra­li­té cel­tique nous ap­pelle et nous lui tour­nons le dos, hyp­no­ti­sés par les fai­seurs de mi­racles. Vous par­lez de dé­fendre la France en lui res­ti­tuant la Gaule… Sans faire d’hu­mour, il est vrai que l’es­p­rit gau­lois est ir­ré­duc­tible, comme l’ont mon­t­ré cer­taines bandes des­si­nées. Le mot “France” est de­ve­nu un épou­van­tail sans vie. La Gaule a en­core ses mon­tagnes, ses fo­rêts, sa terre qu’on peut tou­c­her avec les mains. Il suf­fi­rait que les ter­roirs ré­veillent les tra­di­tions lo­cales, les croyances ou­b­liées, nos dieux, nos pro­tec­tions, pour que le ci­toyen cons­cient et re­belle au sys­tème sache qu’il peut y pui­ser des forces, une fer­veur digne des grands an­ciens. S’il de­vait y avoir une guerre de la fin, comme vous le dites, à cause des ex­cès et des dé­ra­pages de la mon­dia­li­sa­tion, nous au­rons sû­re­ment be­soin de ce re­tour aux fo­rêts, sur le mode de la sur­vie, mais aus­si de l’or­ga­ni­sa­tion, car il ne s’agit pas de cre­ver comme des rats mais de re­conqué­rir ce qu’on nous a vo­lé, une terre, une mé­moire, une his­toire. Que fait l’homme libre face à un des­pote ? Il lui pro­met le plus haute branche d’un chêne. C’est cet état d’es­p­rit que nous avons per­du. Mal­g­ré tout le sang qu’ils ont sur les mains, on les voit ve­nir pa­ra­der à la té­l­é­vi­sion, im­pu­nis, comme dans le plus mau­vais cau­c­he­mar. Il y a en­core de so­lides branches dans nos fo­rêts gau­loises”.

Car il s’agit bien de ce­la : une France ca­c­hée der­rière la France… Ker­nu­nos, le sei­g­neur des fo­rêts gau­loises, est sur le point de se ré­veil­ler tout à fait. Il sau­ra bien dé­c­hique­ter tous les te­nants de la mo­der­ni­té dis­sol­vante, aus­si bien ceux qui sont aux rênes de la “ré­pu­b­lique” que les pré­ten­dus dis­si­dents vo­ci­fé­ra­teurs com­p­lo­tis­to-pu­ri­tains : tous sont loin d’ima­gi­ner ce que la Gaule cache dans ses re­p­lis hu­mides et sau­vages.

Laurent James
Pa­rou­sia


“L’ex­cep­tion con­firme la règle” dit-on. Mais il sem­b­le­rait sur­tout que l’ex­cep­tion con­fir­mât que la règle, sou­mise à la lo­gique de cause et d’ef­fet, n’est elle-même qu’une réa­l­i­té sta­tis­tique. Presque tous les phé­no­mè­nes et tous les évé­n­e­ments qui donnent un sens à notre exis­tence lui éc­happent: ana­lo­gies, sym­boles, pres­ciences, lieux et mo­ments ta­lis­ma­niques, qui se si­tuent hors des lois com­munes de l’es­pace et du temps.

L’es­p­rit scien­tiste, plus que vé­ri­ta­b­le­ment scien­ti­fique, se con­tente de clas­ser ces phé­no­mè­nes dans la vague ru­b­rique du “ha­sard”, ma­ni­fes­tant par là même un choix mo­ral pré­ten­tieux à dire ce qui doit être te­nu pour im­por­tant ou pour né­g­li­geable. Pour im­por­tant, ce qui s’ins­c­rit dans une sta­tis­tique, ou une sorte de ma­c­ro-éco­no­mie du réel, pour né­g­li­geable, tout le reste, c’est-à-dire l’in­fime et l’im­mense. Il s’en­suit ce monde car­cé­ral, uti­li­taire et pu­ri­tain où cette mo­rale de la mé­dio­c­ri­té pré­tend nous faire vivre, – mais en vain.

Les êtres hu­mains n’existent pas dans une sta­tis­tique. Le fait même d’exis­ter est non-sta­tis­tique. Les re­la­tions qu’ils éta­b­lissent avec d’autres êtres hu­mains et le monde plié ou dé­p­lié en des es­pace-temps va­riables, est cons­ti­tué, pour l’es­sen­tiel, d’ex­cep­tions et de cor­ré­la­tions acau­sales, que l’on pour­rait dire ma­giques.

Le temps li­néaire, ce temps d’usu­riers, ce temps du tra­vail à la chaîne, ce temps de banquiers et d’ex­p­loi­teurs, est une abs­t­rac­tion pure, à laquelle, lit­té­ra­le­ment, rien ne cor­res­pond. Ce monde sans cor­res­pon­dance creuse un re­dou­table néant dans l’âme, – que les Mo­dernes feignent de pou­voir com­b­ler par des tech­niques de com­mu­ni­ca­tion, – mais alors ce sont les ma­c­hines qui com­mu­niquent entre elles par l’en­t­re­mise des hommes.

Un libre-ar­bitre sou­ve­rain nous ap­par­tient ce­pen­dant de con­sen­tir ou non à vivre dans ce si­mu­lacre. Lais­ser le monde ad­ve­nir en soi pour le trans­fi­gu­rer, ou s’en ex­c­lure, de­vant un éc­ran, dans ce “cau­c­he­mar cli­ma­ti­sé” que se­ra le monde par­fai­te­ment “glo­ba­li­sé”. Un livre, qui vient de pa­raître, Le ré­veil de Ker­nu­nos, de Jean-Paul Bourre, donne à la pos­si­bi­li­té de ce choix une ré­ponse ar­t­hu­rienne.

Luc-Oli­vier d’Al­gange
Ci­na­b­re21
Des re­la­tions acau­sales au Ré­veil de Ker­nu­nos

Le réveil de Kernunos - Jean-Paul Bourre


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