« Engagements pour la civilisation européenne »

Les sym­pa­t­hiques édi­tions Alexi­p­har­maque viennent de pu­b­lier un livre in­a­c­he­vé. Sous-ti­t­ré Sou­ve­nirs, cet ou­v­rage dont la plu­part des pages ont été ré­di­gées entre les an­nées 1990 et le dé­but de la dé­c­en­nie 2000, de­vait être des mé­moires, peut-être non des­ti­nés à une quel­conque pa­ru­tion, de Jean-Claude Val­la, dis­pa­ru en fé­v­rier 2010. Cet au­teur fut l’un des prin­ci­paux ar­ti­sans du re­nou­veau eu­ro­péen de la ré­flex­ion iden­ti­taire fran­co­p­hone en sor­tant des or­nières ha­bi­tuelles du na­tio­na­lisme français ét­riqué. Né en 1944 en Bour­gogne mé­ri­dio­nale, sco­la­ri­sé à Roanne, puis étu­diant en his­toire à Lyon, le jeune Val­la a toujours été un amou­reux de sa pa­t­rie char­nelle bour­gui­g­nonne. Lec­teur pas­sion­né du ré­gio­na­liste bur­gonde Jo­han­nès Tho­mas­set qu’il pen­sait dé­cé­dé alors qu’il vi­vait non loin de sa com­mune na­tale, Val­la édi­ta plus tard avec Pierre Vial, autre nos­tal­gique des bâ­tons noueux, un ép­hé­mère bul­le­tin in­ti­tu­lé Grande Bour­gogne. Ad­hér­ent aux jeu­nesses pouja­distes, l’étu­diant Val­la ren­contre l’ac­tif Vial au cours d’une dis­t­ri­bu­tion de tracts de la F.E.N. (Fé­dé­ra­tion des étu­diants na­tio­na­listes) à la sor­tie de la fac. At­taqués par de nom­b­reux étu­diants com­mu­nistes, les mi­li­tants de la F.E.N. voient se ran­ger à leur cô­té ce jeune garçon. Ac­cep­té dans la F.E.N., Val­la de­vient vite en cette pé­r­iode mou­ve­men­tée de l’ap­rès-guerre d’Al­gé­rie un ha­bi­tué des in­ter­pel­la­tions po­li­cières mus­c­lées, des com­mis­sa­riats et des garde-à-vue. Son en­t­hou­siasme et son sens de l’or­ga­ni­sa­tion – il avoue lui-même ne pas être un in­tel­lec­tuel – le font re­marquer de la di­rec­tion na­tio­nale. Il par­ti­cipe bien­tôt à l’aven­ture d’Eu­rope-Ac­tion où il ren­contre un autre dé­fen­seur de l’Eu­rope des pa­t­ries char­nelles, Jean Ma­bire. Mon­té à Pa­ris pour se faire ou­b­lier des R.G. lyon­nais, l’étu­diant Val­la vit en mi­li­tant dans une sorte de pha­lan­s­tère dont cer­tains co­lo­ca­taires n’ap­p­ré­c­ient guère son seul dé­faut : la ci­ga­rette. Jean-Claude Val­la de­vient sur­tout le fac­to­tum de Fa­b­rice La­roche, pseu­do­nyme d’Alain de Be­noist, avec qui il com­mence une longue et fruc­tueuse col­la­bo­ra­tion. Les Sou­ve­nirs de Val­la com­p­lètent Mé­moire vive de « Fa­b­rice » même s’ils ne dé­voilent pas tout… Jean-Claude Val­la rap­pellent qu’il lance avec Alain de Be­noist un groupe d’études doc­t­ri­nales qui pré­fi­gure le G.R.E.C.E. Trois cha­pitres évoquent lon­gue­ment cette com­mu­nau­té de pen­sée, d’ac­tion et de vie. Il si­g­nale par exemple qu’à l’oc­ca­sion de son pre­mier ma­riage, il ac­cepte de suivre une cé­ré­mo­nie païenne. Il ra­conte com­ment il en de­vient le pre­mier se­c­ré­taire gé­né­ral, puis le di­rec­teur des édi­tions Co­per­nic. Pro­mu res­pon­sable édi­to­rial du Fi­ga­ro Ma­ga­zine sous la di­rec­tion de Louis Pau­wels, Jean-Claude Val­la dé­c­rit de l’in­té­rieur l’es­sor de ce titre bien­tôt con­f­ron­té du fait de son suc­cès pu­b­lic, à la vive hos­ti­li­té de la gauche, des ligues de pe­tite ver­tu, des pu­b­li­ci­taires et… des ré­dac­teurs ja­loux du Fi­ga­ro quo­ti­dien, toujours inquiets pour leur plan de car­rière. L’ou­v­rage s’ar­rête avec son évic­tion édi­fiante du Fi­ga­ro Ma­ga­zine. Ro­bert Her­sant et Louis Pau­wels, ter­ro­ri­sés par les of­fen­sives mé­dia­tiques or­c­hes­t­rées lors de la cam­pagne de presse de 1979 contre la « Nou­velle Droite », puis au mo­ment de l’at­ten­tat de la rue Co­per­nic per­pé­t­ré non pas par d’in­sai­sis­sables fas­cistes mais par des Pa­les­ti­niens, ca­pi­tulent de­vant la bien-pen­sance. On au­rait bien ai­mé con­naître la suite, car Jean-Claude Val­la va d’abord lan­cer un nou­veau titre, Ma­ga­zine Heb­do, qui se­ra tué dans l’œuf par la com­p­li­ci­té ta­cite de la gauche mo­rale sub­ven­tion­née et la pi­toyable droite af­fai­riste. Il en ti­re­ra en­suite un bul­le­tin con­fi­den­tiel d’in­for­ma­tions po­li­tiques, La Lettre de Ma­ga­zine Heb­do. Au mi­lieu des an­nées 1980, Jean-Claude Val­la re­lance le titre de la re­vue d’Em­ma­nuel Berl de l’Entre-Deux-Guerres, Ma­rianne (rien à voir avec l’heb­do épo­nyme fon­dé par de pseu­do-re­belles…), qui, hé­las, ne trou­va pas non plus son lec­to­rat. Droi­tiste ré­vo­lu­tion­naire as­su­mé, Jean-Claude Val­la tra­vaille un temps à Mi­nute. Puis, à par­tir du n° 29 de mai 1990, il entre au Choc du Mois, d’abord comme édi­to­ria­liste, puis comme ch­ro­niqueur im­per­tinent, pré­c­ur­seur de Dieu­don­né. Les lec­teurs vont vite ap­p­ré­c­ier son « Car­net de voyage en Ab­sur­die ». Jusqu’au n° 60 de jan­vier 1993, il de­vient même un po­lé­m­iste ta­len­tueux. Il quitte Le Choc du Mois pour re­ve­nir à Mi­nute. La scan­da­leuse af­faire Tou­vier le ré­vulse : il n’hé­site pas à s’en­ga­ger en fa­veur de l’an­cien mi­li­cien et en tire en 1996 une contre-enquête re­marquable. Au­teur d’une bio­g­ra­p­hie sur Do­riot chez Par­dès, il lance des Ca­hiers libres d’his­toire qui exa­minent ré­gu­liè­re­ment un pan mé­c­on­nu de la Se­conde Guerre mon­diale. En outre, à une époque où la li­ber­té d’ex­p­res­sion his­to­rique n’était pas en­core pé­na­li­sée par des lois li­ber­ti­cides, il ne ca­c­hait pas son ré­vi­sion­nisme. Vé­ri­table « contre-his­to­rien » qui va à l’en­contre des vé­ri­tés of­fi­cielles ju­di­ciai­re­ment éta­b­lies, il éc­rit dans deux pu­b­li­ca­tions suc­ces­sives d’un vieux com­pa­g­non de route, Do­mi­nique Ven­ner : Enquête sur l’his­toire, puis La Nou­velle Re­vue d’His­toire. Hors de tout cur­sus uni­ver­si­taire et aca­dé­m­ique – le jeune Val­la n’a ja­mais pas­sé le moindre exa­men -, il de­vient sur le tard un his­to­rien per­cu­tant, bien loin des do­ciles ca­niches de l’Al­ma ma­ter. De ma­nière plus ou moins im­p­li­cite, Jean-Claude Val­la cri­tique l’orien­ta­tion de la « Nou­velle Droite » à l’orée du XXIe siècle. Comme tant d’autres, il fut par­fois dé­s­arçon­né par les vi­rages et re­vi­re­ments de ce club de pen­sée qui, con­temp­teur de l’éco­lo­gie en 1975, ad­hère à une cer­taine éco­lo­gie iden­ti­taire, en­ra­ci­née et con­ser­va­t­rice en 1993. Le po­si­tion­ne­ment droi­tiste de l’an­cien se­c­ré­taire gé­né­ral l’él­oi­g­nait des nou­velles in­c­li­na­tions idéo­lo­giques. Tou­te­fois, ce­la ne lui fer­mait pas toutes les portes et don­nait des piges pour un grand titre do­mi­ni­cal sous pseu­do­nyme… fé­m­i­nin ! Le livre re­fer­mé, on com­p­rend qu’on a lu qu’un dixième d’une in­tense vie in­tel­lec­tuelle et mi­li­tante. À la fin de sa vie, ma­lade, ce fier Bour­gui­g­non avait choi­si le Béarn et la vue des Py­ré­nées, pa­t­rie de sa se­conde épouse, pour y vivre et… y mou­rir. Sur sa sé­pul­ture est des­si­né l’en­t­re­lacs du G.R.E.C.E. Même post mor­tem, l’hon­neur chez Jean-Claude Val­la s’ap­pelle fi­dé­l­i­té.

Georges Fel­tin-Tra­col
Syn­t­hèse na­tio­nale (n°36-mai/juin 14)


Même si nous ne l’avons pas aus­si bien con­nu que Jean Ma­bire ou Do­mi­nique Ven­ner, nous gar­dons de Jean-Claude Val­la un sou­ve­nir en­c­han­teur, car c’était une des per­son­na­li­tés les plus at­ta­c­hantes de notre mou­vance. Son hu­mi­li­té (alors qu’il a réa­l­i­sé le plus beau par­cours de presse des nôtres) et sa con­fon­dante gen­til­lesse nous avaient conquis. C’est donc avec joie que nous nous sommes je­tés sur la pu­b­li­ca­tion de ses sou­ve­nirs chez Alexi­p­har­maque. Là en­core, le con­te­nu ne nous sur­p­rend pas. Une vie en­tière con­sa­c­rée à notre com­bat, sans ja­mais po­ser le ba­lu­c­hon à terre, mal­g­ré les mau­vais coups et les tra­hi­sons. Des pre­mières armes de la FEN et d’Eu­rope Ac­tion (où “en­fin des na­tio­na­listes osaient ac­cu­ser le ch­ris­tia­nisme d’être à l’ori­gine du dé­c­lin de l’Oc­cident”) à la nais­sance du GRECE, de Va­leurs ac­tuelles (où on ap­p­rend, hi­lare, que Léon De­g­relle était leur cor­res­pon­dant es­pa­g­nol sous le pseu­do de Luis de Ve­las­co – on ima­gi­ne­rait mal ce­la aujourd’hui !) à la di­rec­tion du Fi­ga­ro ma­ga­zine (Val­la re­vient lon­gue­ment sur cet ép­i­sode et sur l’in­ouïe cam­pagne de presse qui pous­sa Her­sant et Pau­wels à se dé­bar­ras­ser des plumes de la Nou­velle Droite – ce qui montre aus­si qu’il n’y a rien à at­tendre de cette droite mo­dé­rée, veule, sans idées ni co­lonne ver­té­b­rale). C’est aus­si une his­toire d’ami­tié(s) où l’on re­t­rouve bien des noms con­nus. Ces sou­ve­nirs sont aus­si un sur­vol sur tout notre der­nier de­mi-siècle (com­mençant avec les pre­miers émois de Val­la pour Poujade et l’OAS) même si leur au­teur n’eut pas le temps, hé­las, de les pour­suivre au-de­là de l’ar­ri­vée de Mit­ter­rand à l’Ely­sée en 1981. On re­ferme ce livre avec un lé­ger sou­rire aux lèvres. Nous ne sommes pas seuls. Des hommes comme Jean-Claude Val­la nous ont pré­cé­dés et ho­norent notre cause.

Pierre Gil­lieth
Ré­f­lé­c­hir & Agir (n°47-été 14)


La ma­la­die qui a em­por­té Jean-Claude Val­la en 2010, à l’âge de 65 ans, ne lui a pas lais­sé le temps d’ac­he­ver ses Mé­moires. On ne trou­ve­ra donc pas ici la re­la­tion de ses an­nées à la tête de la ré­dac­tion de “Mi­nute” (1993-1999), ni de de l’aven­ture de “Ma­ga­zine Heb­do” (1983-1985), ni des ses “Ca­hiers livres d’his­toire” dont il avait réa­l­i­sé avec la mi­nu­tie qui le ca­rac­té­ri­sait qua­torze nu­mé­ros dans les an­nées 2000, au rythme de plus d’un par an.
Le Val­la qui livre ici ses sou­ve­nirs, anec­dotes et ré­f­lexions est ce­lui dont l’en­ga­ge­ment va de la Fé­dé­ra­tion des étu­diants na­tio­na­listes (FEN) au “Fi­ga­ro Ma­ga­zine”, dont il fut le pre­mier di­rec­teur de la ré­dac­tion, en pas­sant par “Va­leurs ac­tuelles” et bien sûr le Grece, dont, au cô­té d’Alain de Be­noist, il fut le bâ­tis­seur. L’ou­v­rage vaut par les fi­gures que l’on y croise et par le soin qu’il met à rec­ti­fier les af­fa­bu­la­tions qui ont été éc­rites sur la Nou­velle Droite (ND), par exemple sous la plume, di­sons, “ima­gi­na­tive” de Ro­land Gau­c­her, ou les er­reurs fac­tuelles qui ont été com­mises, y com­p­ris ré­c­em­ment par Alain de Be­noist lui-même dans Mé­moire vive.
La belle pré­face de Mi­c­hel Mar­min, dans la tra­di­tion du Li­ber ami­co­rum, ré­vèle Jean-Claude Val­la tel qu’il était, pu­dique sur les sen­ti­ments mais ferme sur les con­vic­tions, quitte à faire re­p­roche à son clan d’avoir dé­lais­sé cer­tains “fon­da­men­taux”. Lui-même, pour­tant, ne fut pas exempt d’évo­lu­tions et le titre don­né à son ou­v­rage est re­la­ti­vi­sé par ce pas­sage dans lequel Val­la éc­rit, re­ve­nant sur un jour­nal ré­gio­na­liste bour­gui­g­non qu’il avait lan­cé “ Plus de vingt-cinq ans ap­rès, re­ve­nu de beau­coup d’il­lu­sions, je crois que l’Etat-na­tion est une réa­l­i­té en­core bien vi­vante. Il m’ar­rive en­core de le re­g­ret­ter mais c’est ain­si […] Ce n’est pas le mo­ment de dé­t­ruire les der­nières digues, aus­si ver­mou­lues soient-elles.
L’in­ter­ven­tion, sa­me­di der­nier, d’Alain de Be­noist au col­loque sur l’Eu­rope or­ga­ni­sé par la re­vue “Elé­ments”, qui ju­geait les Etats-na­tions “ob­so­lètes”, n’al­lait pas pré­c­i­sé­ment dans ce sens.

Mi­nute (n°2665)


C’est une joie de voir pu­b­liés les sou­ve­nirs de Jean-Claude, qui n’étaient con­nus jusqu’alors que de quelques ini­tiés. Cette pu­b­li­ca­tion, qui doit beau­coup à son épouse, Eve­line, ap­porte un éc­lai­rage cha­leu­reux sur un homme qui a joué un grand rôle dans l’his­toire d’une mou­vance ap­pe­lée Nou­velle Droite, en fait mul­ti­forme et dont les membres ont évo­lué, avec le temps, dans di­verses di­rec­tions.
Il est in­con­tes­table que Jean-Claude a marqué pro­fon­dé­ment de son em­p­reinte cette en­t­re­p­rise exal­tante que fut le GRECE, dont il fut le pre­mier se­c­ré­taire gé­né­ral, en lui don­nant une telle im­pul­sion que lorsque j’eus à prendre sa suc­ces­sion, en 1978, la voie était toute tra­cée. Il me fut d’au­tant plus fa­cile de mar­c­her dans ses pas qu’une vieille et in­é­b­ran­lable ami­tié nous liait, de­puis notre jeu­nesse mi­li­tante sur les pa­vés lyon­nais. Nous avons toujours été en plein ac­cord sur les choix fon­da­men­taux qui ont dé­ter­mi­né notre com­mun en­ga­ge­ment.
Jean-Claude a fait une bril­lante car­rière jour­na­lis­tique, dont des étapes pri­mor­diales furent ses fonc­tions de di­rec­teur de la ré­dac­tion du Fi­ga­ro Ma­ga­zine et de Ma­ga­zine Heb­do. Mais il avait une pas­sion par­ti­cu­lière pour l’His­toire et il a fait un beau tra­vail de dé­mys­ti­fi­ca­tion et une belle dé­mons­t­ra­tion de li­ber­té d’es­p­rit en di­ri­geant ses Ca­hiers Libres d’His­toire, dont la lec­ture est in­dis­pen­sable pour com­pren­dre cer­tains ép­i­sodes de l’his­toire du XX siècle.
Au-de­là du tra­vail, énorme, four­ni au cours de ses di­verses ac­ti­vi­tés, Jean-Claude reste, pour ses amis, un exemple, rare, de gen­til­lesse, de so­li­di­té, de fi­dé­l­i­té à toute ép­reuve. Avec, toujours, ce re­gard amu­sé qu’il avait sur le monde et ses con­tem­po­rains. Et cette ca­pa­ci­té à re­don­ner con­fiance dans les mo­ments de doute ou de las­si­tude. Tu nous manques, Jean-Claude.

Pierre Vial
Terre & Peuple (n°59)


Dé­cé­dé le 25 fé­v­rier 2010 à l’âge de 65 ans, Jean-Claude Val­la est une fi­gure qui compte dans ce que la mé­dia­s­p­hère a im­p­ro­p­re­ment ap­pe­lé la « Nou­velle Droite » puisqu’il en fut l’un des co-fon­da­teurs. Les édi­tions Alexi­p­har­maque viennent d’édi­ter ses Sou­ve­nirs qui sont des Mé­moires in­a­c­he­vés. Ré­di­gé entre les an­nées 1990 et le dé­but de la dé­c­en­nie 2000, cet ou­v­rage in­ti­tu­lé En­ga­ge­ments pour la ci­vi­li­sa­tion eu­ro­péenne re­t­race une par­tie de sa vie.
Né en 1944 à Mar­ci­g­ny dans le Sud de la Saône-et-Loire, le jeune Val­la est très tôt hap­pé par deux pas­sions qui le tien­d­ront jusqu’à la fin : la po­li­tique et la Bour­gogne. Ly­céen à Roanne, sous-pré­fec­ture et deuxième ville de la Loire, il fonde un fan­to­ma­tique Co­mi­té des ly­céens roan­nais pour l’Al­gé­rie française au len­de­main de la se­maine des bar­ri­cades d’Al­ger en jan­vier 1960. Il s’af­fi­lie très jeune au mou­ve­ment pouja­diste et rejoint sa branche ju­vé­n­ile, l’Union de dé­fense de la jeu­nesse française dont il de­vient le res­pon­sable dé­par­te­men­tal car unique mi­li­tant…
Il tem­père son mi­li­tan­tisme pouja­diste par une ad­hé­sion qua­si-char­nelle à sa pe­tite pa­t­rie qu’est la Bour­gogne. Déjà ép­ris d’his­toire, Jean-Claude Val­la aime sa terre na­tale. De son en­fance pas­sée à Mar­ci­g­ny, il a « con­ser­vé un at­ta­c­he­ment pro­fond à la Bour­gogne (p. 19) », par­ti­cu­liè­re­ment « la Bour­gogne my­t­hique des Ni­be­lun­gen ou la Bour­gogne hé­roïque du Té­mé­raire (p. 21) ». Ce ré­gio­na­lisme ori­gi­nal se con­c­ré­t­ise en hi­ver 1972 par la sor­tie d’un pé­r­io­dique, Grande Bour­gogne, qu’il co-anime avec Pierre Vial. Mais, faute d’au­dience et de suc­cès, ce nu­mé­ro n’a pas de suite.

Un pro­fil po­pu­liste, ré­gio­na­liste et na­tio­na­liste ré­vo­lu­tion­naire pré­coce

Le ré­gio­na­lisme de Val­la peut se dé­fi­nir comme cul­tu­rel et nul­le­ment folk­lo­rique (au sens dé­s­o­b­li­geant du terme). Son in­té­rêt pour la po­li­tique l’in­c­line aus­si vers le na­tio­na­lisme éta­tique, ré­no­vé et ré­vo­lu­tion­naire. Élève dans une classe pré­pa­ra­toire à Lyon afin d’in­té­g­rer la « Grande Muette », il rêve en ce temps « d’une ar­mée de type nas­sé­rien, ca­pable de prendre le pou­voir lorsque les in­té­rêts du peuple étaient en jeu et d’être le fer de lan­cer de la na­tion (p. 43) ». À la même époque, il ren­contre un mou­ve­ment qui porte une vi­sion na­tio­na­liste ar­dente et ac­tua­li­sée : la F.E.N. (Fé­dé­ra­tion des étu­diants na­tio­na­listes) dont les mo­ti­va­tions l’at­tirent, lui qui a « du na­tio­na­lisme une con­cep­tion plus dy­na­mique, plus ré­vo­lu­tion­naire, et sur­tout plus ou­verte à l’Eu­rope (p. 34).
Pri­vi­lé­giant l’ac­ti­visme aux am­p­hi­t­héâtres uni­ver­si­taires, Jean-Claude Val­la de­vient ra­pi­de­ment une per­son­na­li­té con­nue des quelques mi­li­tants lyon­nais de la F.E.N. ain­si que des po­li­ciers qui l’ar­rêtent souvent pour le pla­cer en garde à vue. Le livre con­tient des anec­dotes sa­vou­reuses qui rap­pellent l’abjec­tion per­ma­nente de la po­lice du Ré­gime. Re­marqué par les ins­tances di­ri­geantes, il monte à Pa­ris à l’au­tomne 1965, s’oc­cupe de la lo­gis­tique de la re­vue Eu­rope Ac­tion et de­vient le fac­to­tum de Fa­b­rice La­roche alias Alain de Be­noist : « Je lui ser­vais, par exemple, de cour­sier pour al­ler chez les édi­teurs cher­c­her ses livres en ser­vice de presse (p. 70). »
Mi­li­tant dans la ca­pi­tale des Gaules, Jean-Claude Val­la a au­pa­ra­vant ani­mé di­vers bul­le­tins uni­ver­si­taires spé­c­ia­li­sés dont Les Sept Cou­leurs conçu pour les étu­diants en lettres. Sous le pseu­do­nyme de Jacques De­vi­dal, il pu­b­lie en jan­vier 1965 un re­ten­tis­sant « Nous, les na­tio­na­listes de gauche » qui, mal­g­ré une évo­ca­tion de Jo­sé An­to­nio Pri­mo de Ri­vie­ra, in­dis­pose les éter­nels droi­tards com­pas­sés. Il y es­time avec rai­son que « le na­tio­na­lisme de­vait dé­fi­ni­ti­ve­ment tour­ner le dos à la droite con­ser­va­t­rice (p. 49) ». Dans le même temps, ce « na­tio­na­lisme » sou­cieux de jus­tice so­ciale ac­quiert une autre di­men­sion, au-de­là de la simple na­tion po­li­ti­co-his­to­rique : « Nous étions eu­ro­péens, parce que nous étions cons­cients de la com­mu­nau­té de des­tin des peuples du Vieux Con­tinent (p. 78). » Déjà s’éla­bo­rait ins­tinc­ti­ve­ment en lui la riche thé­ma­tique des trois pa­t­ries ré­gio­nale, na­tio­nale et con­ti­nen­tale com­p­lé­men­taires. Il n’est dès lors guère sur­p­re­nant qu’il se ré­fère souvent à quelques fi­gures « so­li­da­ristes » ou na­tio­nales-syn­di­ca­listes comme Jo­sé An­to­nio, le Fla­mand Jo­ris van Se­ve­ren, les Al­le­mands Ernst von Sa­lo­mon et Ernst Jün­ger.
Tou­te­fois, au mo­ment où il en­tame cette ré­dac­tion, il re­vient un peu sur son en­ga­ge­ment ré­gio­nal et eu­ro­péen. Il con­si­dère ain­si « que l’État-na­tion est une réa­l­i­té en­core bien vi­vante. Il m’ar­rive en­core de le re­g­ret­ter, mais c’est ain­si. Des siècles d’his­toire ont for­gé cette en­ti­té. […] certes, ap­rès avoir su­bi pen­dant deux siècles la dic­ta­ture des prin­cipes abs­t­raits de la Ré­vo­lu­tion, il n’est pas mau­vais que les Français re­dé­couvrent leurs ra­cines ré­gio­nales et, au-de­là de ces ra­cines, prennent cons­cience de l’hé­ri­tage cul­tu­rel qu’ils ont en com­mun avec les autres Eu­ro­péens. Mais aujourd’hui, c’est notre sur­vie col­lec­tive qui est me­na­cée, que ce soit par l’im­mi­g­ra­tion, la cons­t­ruc­tion de l’Eu­rope de Maas­t­richt ou l’im­pé­ria­lisme cul­tu­rel amé­ri­cain. Nous avons un de­voir de ré­sis­tance et ce n’est pas le mo­ment de dé­t­ruire les der­nières digues qui nous restent, aus­si ver­mou­lues soient-elles (p. 81) ». Est-ce si cer­tain à l’heure de la post-mo­der­ni­té bouil­lon­nante ?
Ces sou­ve­nirs in­com­p­lets rap­portent aus­si en trois cha­pitres la fon­da­tion et le dé­ve­lop­pe­ment du G.R.E.C.E. : Val­la en fut le pre­mier se­c­ré­taire gé­né­ral, le pre­mier ti­tu­laire au « Se­c­ré­ta­riat Études et Re­c­herches », le pre­mier ré­dac­teur en chef de la re­vue Élé­me­nts et le prin­ci­pal res­pon­sable des Édi­tions Co­per­nic. Sur la ch­ro­no­lo­gie de la créa­tion de cette « so­cié­té d’in­f­luence (p. 115) », il ré­fute le té­moi­g­nage d’autres co­fon­da­teurs tels Mau­rice Rol­let, Chan­ce­lier du G.R.E.C.E. Dans sa con­t­ri­bu­tion au Mai 68 de la Nou­velle Droite, Mau­rice Rol­let men­tionne une réu­nion pré­pa­ra­toire en jan­vier 1968 au­tour de douze par­ti­ci­pants dont Val­la. Or ce der­nier fai­sait son ser­vice mi­li­taire en Al­le­magne à Vil­lin­gen et était ce jour-là en pleines manœuvres hi­ver­nales dans la Fo­rêt Noire. Qui se trompe ? Le té­moi­g­nage d’autres par­ti­ci­pants se­rait éc­lai­rant…
Dé­ga­gé des ob­li­ga­tions mi­li­taires, Jean-Claude Val­la com­mence une car­rière de jour­na­liste pour plu­sieurs titres dont Va­leurs ac­tuelles où of­fi­cie un an­cien di­ri­geant de la F.E.N., François d’Or­ci­val, de­ve­nu at­lan­tiste et mé­fiant en­vers ses an­ciens ca­ma­rades et dont le par­cours pro­fes­sion­nel le con­dui­ra bien plus tard à l’Ins­ti­tut. Il passe en­suite re­por­teur à Dé­tec­tive dont il garde un sou­ve­nir for­ma­teur. « Rien de tel que le fait di­vers pour for­mer un jour­na­liste, lui ap­p­rendre à se dé­b­rouil­ler, à dé­cou­v­rir la vie dans ce qu’elle peut avoir de sor­dide, à faire preuve de per­sua­sion pour que ce­lui qu’il doit in­ter­ro­ger con­sente à lui ou­v­rir sa porte (p. 102). »

Au con­tact heb­do­ma­daire de la vieille droite dé­c­a­tie

Il re­late en outre le lan­ce­ment du Fi­ga­ro Ma­ga­zine et des hos­ti­li­tés in­at­ten­dues. On ap­p­rend que « les rap­port entre Le Fi­ga­ro Ma­ga­zine et sa mai­son-mère n’étaient pas bons. […] les deux ré­dac­tions […] vi­vaient re­t­ran­c­hées de part et d’autre de la rue du Mail (p. 165) ».
Jean-Claude Val­la as­sure la liai­son entre les deux titres et va chaque se­maine dans le bu­reau de Max Clos, le di­rec­teur du quo­ti­dien, afin d’évi­ter les dou­b­lons. Mais, ai­g­ri, l’éq­uipe du Fi­ga­ro re­p­rend les mêmes sujets avec son point de vue rin­gard au point que Val­la est bien­tôt con­t­raint de leur re­mettre de faux som­maires… Le suc­cès du Fi­ga­ro Ma­ga­zine at­tise donc la rancœur d’une vieille garde qui « n’en ti­rait que ja­lou­sie et trem­b­lait de­vant les cen­seurs de la presse de gauche (p. 166) ». Trente ans plus tard, hor­mis Thier­ry Maul­nier na­guère et aujourd’hui Éric Zem­mour, ce jour­nal est toujours le porte-pa­role d’un Hexa­gone im­bé­c­ile, bour­geois, at­lan­tiste et li­bé­ral-con­ser­va­teur ! Quant à Max Clos, ce col­lec­tion­neur des ba­tailles per­dues, il s’est réi­n­car­né en Yvan Riou­fol dont le bloc-notes du ven­d­re­di ex­p­rime par­fai­te­ment les idées creuses de cette droite sté­rile dont le sarkö­zysme est la der­nière ma­ni­fes­ta­tion en date. Val­la n’est pas dupe sur le lec­to­rat du Fi­ga­ro Ma­ga­zine. « Cette France pro­fonde était pro­ba­b­le­ment trop fri­leuse pour prendre le risque d’un vé­ri­table af­f­ron­te­ment. Aujourd’hui en­core, elle prête une vieille com­p­lai­sante aux mar­c­hands de sable du R.P.R. et de l’U.D.F. Co­cue, mais toujours con­tente (p. 30). » Les ré­c­entes et gi­gan­tesques ma­ni­fes­ta­tions contre le ma­riage in­ver­ti et la po­li­tique gen­dé­riste de rejet des va­leurs fa­mi­liales con­fir­ment ce ju­ge­ment sé­vère. Un cer­tain di­manche 2013, les ma­ni­fes­tants au­raient pu oc­cu­per la « plus belle ave­nue du monde » et mar­c­her sur l’Ély­sée, Flam­by fi­nis­sant alors comme un simple Ben Ali… Par couar­dise et lé­ga­lisme naïf, ils ont reje­té cette pos­si­bi­li­té dan­ge­reuse pour se don­ner à une U.M.P. en­core plus no­cive que son frère ju­meau, le P.S. À ce pu­b­lic-là de Hexa­gons (Hexa­cons ?) ca­t­ho bien él­e­vés, on se doit de pré­fé­r­er un autre pu­b­lic, plus har­di, plus or­ga­ni­sé, plus violent.
Mal­g­ré quelques cri­tiques, il faut aus­si re­g­ret­ter que Jean-Claude Val­la ne fasse pas le bi­lan com­p­let de l’en­t­re­p­rise mé­t­a­po­li­tique à laquelle il a ét­roi­te­ment par­ti­ci­pée. Il évoque en trois pages le cas du Club de l’Hor­loge qui, au dé­part, « ne s’ad­res­sait théo­rique­ment qu’à de hauts fonc­tion­naires ou à des étu­diants qui se des­ti­naient à l’École na­tio­nale d’ad­mi­nis­t­ra­tion (E.N.A.) (p. 129) ». S’il re­vient sur les causes de la sé­pa­ra­tion entre ce club de pen­sée, créé par deux gré­c­istes, Yvan Blot et Jean-Yves Le Gal­lou, et le G.R.E.C.E., Val­la ne s’y at­tarde guère, peut-être parce que les deux st­ra­té­gies em­p­loyées (la mé­t­a­po­li­tique dans la sp­hère cul­tu­relle par l’en­t­risme dans le jour­na­lisme ou la pa­ra­po­li­tique dans la sp­hère po­li­ti­cienne par l’en­t­risme dans des par­tis po­li­tiques) ont lar­ge­ment éc­houé. On peut même craindre que le « gram­s­cisme tech­no­lo­gique » suive un des­tin iden­tique. In­ter­net est un ou­til sus­cep­tible de fa­vo­ri­ser un pseu­do-ac­ti­visme du cla­vier qui est une nou­velle forme de pas­si­vi­té mi­li­tante. Les nou­velles tech­niques d’in­for­ma­tion et de com­mu­ni­ca­tion ne rem­p­lacent pas le mi­li­tan­tisme de rue.
Outre une dif­fé­r­ence d’ordre so­cio­lo­gique (le G.R.E.C.E. s’ad­resse à des jour­na­listes, des en­sei­g­nants et des étu­diants tan­dis que le Club de l’Hor­loge cherche sur­tout de fu­turs hauts fonc­tion­naires), d’autres di­ver­gences majeures ont fait bi­furquer sur des voies dis­tinctes deux st­ruc­tures à l’ori­gine proches :
— une di­ver­gence idéo­lo­gique à pro­pos du li­bé­ra­lisme, com­bat­tu par les gré­c­istes et adap­té dans un dis­cours con­ser­va­teur et na­tio­nal par les « hor­lo­gers »;
— une di­ver­gence géo­po­li­tique : le Club de l’Hor­loge sou­tient as­sez vite l’Oc­cident et son fer de lance, les États-Unis d’Amé­rique, tan­dis que le G.R.E.C.E. prend dès le dé­but de la dé­c­en­nie 1980 des po­si­tions neu­t­ra­listes, tiers-mon­distes et tier­cé­ristes;
— une di­ver­gence po­li­tique avec le sou­tien gré­c­iste à l’Eu­rope im­pé­riale alors que les membres les moins an­ti-eu­ro­péens du Club de l’Hor­loge dé­fendent au mieux une co­o­pé­ra­tion in­ter­gou­ver­ne­men­tale as­sez lâche;
— une di­ver­gence re­li­gieuse qui, avec la ques­tion du li­bé­ra­lisme, de­meure un point dé­ter­mi­nant d’ac­hop­pe­ment. Alors que le G.R.E.C.E. n’a ja­mais ca­c­hé son pa­ga­nisme, le Club de l’Hor­loge dé­fend pour le moins un ch­ris­tia­nisme ca­t­ho­lique d’ail­leurs bien af­fa­di par l’Ég­lise con­ci­liaire.
Par ail­leurs, cet ou­v­rage com­porte, hé­las !, quelques rè­g­le­ments de compte propres au genre. Ain­si Ro­land Gau­c­her est-il qua­li­fié de « roi de l’ap­p­roxi­ma­tion (p. 70) ». Jean-Claude Val­la se sou­cie de la sou­p­lesse in­tel­lec­tuelle d’Yvan Blot dont l’« évo­lu­tion […] pou­vait pa­raître plus inquié­tante (p. 131) ». Fi­na­le­ment, il se « fé­l­i­cite aujourd’hui que son ral­lie­ment au Front na­tio­nal lui ait per­mis de re­t­rou­ver sa li­ber­té in­tel­lec­tuelle et de re­nouer sans honte avec ses vieux amis (p. 132) ». C’était bien sûr avant 1998…
Sa­luant au pas­sage la per­son­na­li­té bien ou­b­liée de Louis Rou­gier, Jean-Claude Val­la se montre en re­vanche fort cri­tique en­vers Guil­laume Faye. On est sur­p­ris qu’il re­g­rette que « le G.R.E.C.E. soit de­ve­nu ap­rès mon dé­part, et en grande par­tie sous l’in­f­luence de Guil­laume Faye, beau­coup plus mo­no­li­t­hique et trop souvent pri­son­nier de la langue de bois (p. 126) ». Ju­ge­ment ab­rupt et ma­l­a­d­roit quand on con­sulte l’en­semble des tra­vaux pro­duits entre 1979 et 1986. On au­rait plu­tôt ap­p­ré­c­ié lire une ex­p­li­ca­tion per­ti­nente sur cette ten­ta­tive avor­tée d’union (en fait ab­surde, voire in­sen­sée) entre des mo­dé­rés li­bé­raux et des ré­vo­lu­tion­naires de droite dans le cadre de l’Al­ter­na­tive pour la France, cette en­tente il­lu­soire du feu et de l’eau.

Du jour­na­liste d’in­f­luence à l’his­to­rien de com­bat

Les sou­ve­nirs de Jean-Claude Val­la s’ar­rêtent à son évic­tion du Fi­ga­ro Ma­ga­zine. Il tente en­suite l’aven­ture de Ma­ga­zine Heb­do, vain­cue par la com­p­li­ci­té ta­cite de la gauche mo­rale sub­ven­tion­née et la pi­toyable droite af­fai­riste. Il en res­te­ra un bul­le­tin con­fi­den­tiel d’in­for­ma­tions po­li­tiques, La Lettre de Ma­ga­zine Heb­do. Au mi­lieu des an­nées 1980, Jean-Claude Val­la va en­suite re­p­rendre le titre d’une re­vue d’Em­ma­nuel Berl de l’Entre-Deux-Guerres, Ma­rianne (sans rap­port avec le ma­ga­zine épo­nyme fon­dé par de pseu­do-re­belles…). Ce Ma­rianne-là ne trou­ve­ra pas non plus son lec­to­rat.
Val­la rejoint un temps la ré­dac­tion de Mi­nute. Puis, à par­tir du n° 29 de mai 1990, il entre au Choc du Mois, d’abord comme édi­to­ria­liste, puis comme ch­ro­niqueur im­per­tinent dans la ru­b­rique du « Car­net de voyage en Ab­sur­die ». Il quitte Le Choc du Mois à son n° 60 de jan­vier 1993, pour prendre la di­rec­tion de Mi­nute. Certes, « Jacques De­vi­dal » in­ter­vient en­core dans le n° 65 de juin 1993 du Choc.
L’ac­tua­li­té va bien­tôt l’in­ci­ter à aban­don­ner son ha­bit de jour­na­liste pour re­vê­tir ce­lui de l’his­to­rien re­belle. La scan­da­leuse af­faire Tou­vier le ré­vulse : il n’hé­site pas à s’in­ves­tir en fa­veur de l’an­cien mi­li­cien et en tire en 1996 une contre-enquête re­marquable. Au­teur d’une bio­g­ra­p­hie sur Do­riot chez Par­dès, il lance des Ca­hiers libres d’his­toire qui exa­minent ré­gu­liè­re­ment un pan mé­c­on­nu de la Se­conde Guerre mon­diale. En outre, à une époque où la li­ber­té d’ex­p­res­sion his­to­rique n’était pas en­core pé­na­li­sée par des lois li­ber­ti­cides, il ne ca­c­hait pas son ré­vi­sion­nisme.
Vé­ri­table « contre-his­to­rien » qui va à l’en­contre des vé­ri­tés of­fi­cielles ju­di­ciai­re­ment éta­b­lies, il éc­rit dans deux pu­b­li­ca­tions suc­ces­sives d’un vieux com­pa­g­non de route, Do­mi­nique Ven­ner : Enquête sur l’his­toire, puis La Nou­velle Re­vue d’His­toire. Hors de tout cur­sus uni­ver­si­taire et aca­dé­m­ique – le jeune Val­la n’a ja­mais pas­sé le moindre exa­men -, il de­vient sur le tard un his­to­rien per­cu­tant, à mille lieux des do­ciles ca­niches de l’Al­ma ma­ter.
Cet ou­v­rage pos­t­hume éc­laire une par­tie de l’exis­tence de la fa­meuse « Nou­velle Droite » mais son his­toire in­tel­lec­tuelle reste toujours à faire.

Georges Fel­tin-Tra­col
Eu­rope Maxi­ma
Les mé­moires in­ter­rom­pus


Dis­pa­ru trop jeune en 2010, à soixante-cinq ans à peine, Jean-Claude Val­la était, outre un homme char­mant, un grand jour­na­liste dou­b­lé d’un his­to­rien non-con­for­miste. Avant de mou­rir, il avait eu le temps de ré­di­ger des sou­ve­nirs, hé­las in­a­c­he­vés, mais pleins de ré­vé­la­tions sur l’his­toire in­terne des mul­tiples droites françaises. Mas­sif, por­tant un beau nez de boxeur, Jean-Claude Val­la se vou­lait fils de l’an­tique Bour­gogne, celle du Té­mé­raire et des lé­gendes ger­ma­niques. Is­su d’une fa­mille de la pe­tite bour­geoi­sie pro­vin­ciale, in­dus­t­rieuse et pa­t­riote (ses pa­rents étaient gaul­listes), il con­nut sa pre­mière ré­volte à l’âge de 14 ans, lorsque les So­vié­tiques mirent Bu­da­pest à feu et à sang. L’ago­nie de l’Al­gé­rie française fut pour lui une tor­ture, qui dé­c­i­da de tous ses en­ga­ge­ments ul­té­rieurs, comme pour nombre de mi­li­tants « dex­t­ristes ». Son par­cours chao­tique, à l’image de ces an­nées de cendres, le me­na des li­sières de l’OAS à di­vers mou­ve­ments ac­ti­vistes, où il croi­sa quelques fi­gures hautes en cou­leurs, d’Alain Ma­de­lin à Do­mi­nique Ven­ner. Mais la grande ren­contre fut celle d’un jeune étu­diant à lu­nettes, un bou­li­mique de lec­tures et un tra­vail­leur in­fer­nal : Alain de Be­noist, alias Fa­b­rice – sur­nom qu’uti­lisent en­core ses vieux amis. Bien avant mai 68, les deux jeunes re­belles se lan­cèrent à fond dans l’aven­ture de ce qui al­lait de­ve­nir la Nou­velle Droite, mou­ve­ment sou­ter­rain dont l’his­toire mé­ri­te­rait d’être éc­rite sine ira et stu­dio, comme un mo­ment de la cul­ture française, qui ras­sem­b­la des fi­gures aus­si sin­gu­lières que Pierre Gri­pa­ri et Louis Rou­gier, Pierre De­b­ray-Rit­zen et Jean Cau. Un temps se­c­ré­taire gé­né­ral du GRECE, ré­dac­teur en chef de la re­vue Elé­ments, qui vient de fê­ter ses 40 ans, Val­la fut aus­si l’une des fi­gures marquantes de la presse con­ser­va­t­rice, puisqu’il oc­cu­pa de hautes fonc­tions, e. a. à Va­leurs ac­tuelles, au Fi­ga­ro-Ma­ga­zine et à Ma­ga­zine-Heb­do.

Ch­ris­to­p­her Gé­rard
Le Sa­lon Lit­té­raire

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« Engagements pour la civilisation européenne »
Souvenirs (Broché)

Collection : Les Reflexives

Engagements pour la civilisation européenne - Jean-Claude Valla


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