« Réflexions à l’Est »

A.B.
Eléments n° 145 (octobre-décembre 2012)
Mystères russes

A l’époque de la guerre froide, le bloc de l’Est paraissait immobile face au “bougisme” occidental. C’est aujourd’hui l’inverse : on a de plus en plus l’impression que c’est ce qui se passe en Russie et dans les pays d’Europe orientale qui sera déterminant pour l’avenir du monde. Cependant, la Russie reste à bien des égards une énigme. Georges Feltin-Tracol, qui n’est pas spécialiste mais un observateur bien informé, s’est efforcé de cerner cette énigme dans une série d’articles. Réagissant contre la “poutinolâtrie” qu’il constate dans certains milieux, il exprime à l’endroit de Vladimir Poutine une certaine méfiance, contrastant avec l’admiration qu’il porte au président du Bélarus, Alexandre Loukachenko (un “vrai résistant au Nouvel Ordre mondial”). Méfiance peut-être excessive, même s’il est évident que Poutine n’est pas l’homme d’une idéologie, et si le caractère ambigu de sa politique reflète une certaine indécision. L’auteur rapporte à cet égard le très intéressant échange qu’il a eu avec Alexandre Latsa, observateur français installé à Moscou. Au fil des pages, on voit resurgir une vieille question : la Russie fait-elle ou non partie de l’Europe ? En est-elle, comme le disait Jean-Paul II, l’“autre poumon” ? Pour Alexandre Douguine, la réponse est négative (la “troisième Rome” appartient exclusivement à l’ensemble eurasiatique), ce qui n’enlève rien à l’urgente nécessité d’une alliance “anti-occidentale” entre la Russie et les Européens. Le drame est qu’une telle alliance – l’axe Paris-Berlin-Moscou – paraît aujourd’hui bien difficile à réaliser. Feltin-Tracol, précisément, se veut avant tout réaliste, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de son ouvrage. On pourrait lui reprocher de citer quelques auteurs ou publications de marge, qui n’en valent vraiment pas la peine. Mais non de partager le diagnostic d’Alexandre Zinoviev, selon qui “l’abrutissement idéologique des Occidentaux est parfaitement compatible à celui des Soviétiques, et le dépasse même à certains égards”.

E&R Aquitaine
Entretien avec Georges Feltin-Tracol (19/10/12)

E&R Aquitaine : Vous vous décrivez comme un « identitaire solidariste communautarien et écologiste », passons sur l’identitarisme et l’écologie et concentrons-nous sur ce « solidarisme communautarien ». Pourriez-vous nous en donner une explication succincte ?
Georges Feltin-Tracol : J’ajouterai d’abord que je me définis comme patriote défenseur des cadres régionaux, nationaux et continentaux.
Pour moi, le « solidarisme », terme polysémique par excellence, est un synonyme à « socialisme européen ». Or se réclamer du socialisme européen risque d’être de nos jours mal-interprété : on pourrait croire qu’on soutient Martin Schultz, le président du Parlement européen, l’exquis D.S.K. ou François Hollande… J’entends par « solidarisme » l’indispensable solidarité entre les membres de la communauté politique de référence (régions, nations, Europe). C’est le refus de la lutte des classes et, au contraire, la volonté d’unir contre l’oligarchie mondialiste et ses comparses hexagonaux les couches populaires et moyennes. Je préconise par conséquent une grande alliance populiste entre la Boutique, l’Atelier, la Ferme et le Bureau contre l’hyper-classe transnationale.
Quant à être communautarien, référence explicite à cette pensée venue d’Amérique du Nord, il s’agit de valoriser toutes les communautés, natives ou volontaires, contre les manifestations du réductionnisme que sont l’individualisme, l’État-nation et le mondialisme.
E&R Aquitaine : Vos Réflexions à l’Est portent donc sur cet Orient de l’Europe, qui reste encore aujourd’hui bien incompris. Comment expliquez-vous la défiance des « élites » ouest-européenne actuelle quant à l’Est de notre continent ?
G.F.-T. : Cette défiance envers ce que le jargon eurocratique traite de P.E.C.O. les pays d’Europe centrale et orientale, est ancienne et profonde par ignorance culturelle et absence de curiosité. Les soi-disant « élites » occidentales ne cachent pas leur arrogance envers des territoires qui, comme les Balkans, ont une histoire différente de la leur. Elles les considèrent surtout comme de simples marchés pour l’heure plus ou moins solvables.
E&R Aquitaine : Votre portrait d’Alexandre Loukachenko, le président bélarussien, est tout à fait passionnant. À l’instar de la Birmanie et de la Corée du Nord, pourrait-on considérer le Bélarus comme un pays « national-communiste » ?
G.F.-T. : Qualifier l’État birman de national-communiste me paraît exagéré surtout avec l’actuel processus de démocratisation en cours. C’est plutôt une cleptocratie. En revanche, la Corée du Nord dépasse ce qualificatif, car elle est surtout nationaliste ethnique avec ses principes de Juché (« autosuffisance ») et de Songun (« priorité à la défense nationale »). C’est l’actuel Sparte en ce début du XXIe siècle.
Est-ce le cas du Bélarus ? Je ne le crois pas. Alexandre Loukachenko ne dépend pas des partis (il n’existe d’ailleurs pas de parti loukachenkiste !). Dans ce régime hyperprésidentialiste, il incarne le peuple et l’État bélarussiens sans l’interférence des corps intermédiaires et avec une prédilection marquée pour le référendum ! Minsk connaît donc depuis 1994 la variante locale d’un populisme « bonapartiste – gaullien » fortement souverainiste…
E&R Aquitaine : A contrario de certains cercles anticonformistes en France et en Europe, vous ne semblez pas vous ébahir devant la politique de Vladimir Poutine. Que vous inspire le président de la Fédération de Russie ? Voyez-vous aujourd’hui en Russie un homme capable de prendre sa suite ?
G.F.-T. : Mon avis sur Vladimir Poutine demeure mitigé. Néanmoins, je ne vois pour l’instant personne d’autre capable de prendre sa suite. Poutine a sauvé la Russie, mais il n’a pas empêché le développement de la corruption. Par ailleurs, il a suspendu la peine capitale, a fait adhérer son pays à l’O.M.C. et verse régulièrement dans un « antifascisme » rhétorique et désuet. Vieille réminiscence de son passé soviétique ? Probablement…
E&R Aquitaine : Alexandre Douguine considère, dans une certaine mesure et à l’instar de Claude Karnoouh, que le soviétisme, contrairement au capitalisme en Europe de l’Ouest, a permis la sauvegarde de certains traits traditionnels dans la culture russe et est-européenne. Partageriez-vous cette assertion ?
G.F.-T. : Le soviétisme a peut-être sauvegardé certains traits traditionnels, mais il a surtout imposé aux peuples qu’il a dominés les mécanismes de la Modernité. Dans les années 1980, il était courant d’affirmer que si à l’Ouest, le Système tue les peuples, à l’Est, il ne tue que des individus. La réalité est plus complexe avec la persistance de l’homo sovieticus dont le maintien favorise un ultra-individualisme corrosif. Le Soviétique et l’Occidental ne sont plus que des figures locales destinées à donner dans une fusion parousique laïcisée un Homme planétaire mondialisé dont Mickaël Jackson en fut la préfiguration. Dans une Europe épuisée, le dernier môle de résistance à ce projet dément serait l’aire slave et orthodoxe, même si c’est loin d’être gagné !
E&R Aquitaine : Quelle est votre actualité ? Un prochain essai est-il en préparation ?
G.F.-T. : Mon « actualité » se décline en diverses activités. Je poursuis pour la septième année consécutive la rédaction en chef du site Europe Maxima; je collabore à diverses publications dissidentes tels Réfléchir & Agir, Salut public, L’Unité Normande ou Le Magazine national des Seniors; je participe parfois à des libres-journaux sur Radio Courtoisie et aux désormais célèbres émissions de « Méridien Zéro ». Je tiens quelques conférences quand on me le demande. Je prépare aussi de prochains recueils plus thématiques. Enfin, j’écris. L’essai à venir sera une biographie, concise et inédite, d’une grande figure intellectuelle française. Je regrette toutefois que les journées n’aient que 24 heures !

Pierre Le Vigan
Europe Maxima (mars 2012)

Il y a deux poumons de l’Europe : le poumon occidental hérité de l’Empire romain, incluant une partie seulement (une petite partie) de la germanité, et le poumon oriental, l’Europe qui s’est émancipée des Mongols à la fin du Moyen Âge, tout en restant tributaire de ceux-ci culturellement. Cette Europe orientale est en partie orthodoxe, tandis que l’occidentale est catholique ou protestante. Deux poumons et deux territoires pour l’Europe. Le territoire du Loup à l’Ouest, mais pas seulement, le territoire de l’Ours à l’Est, mais pas seulement. Les deux mêlés. C’est le point de départ de la réflexion « à l’Est » de Georges Feltin-Tracol. «Voilà pourquoi il est nécessaire de scruter l’Est, car l’Est réfléchit une certaine image de notre devenir à l’Ouest, il est notre miroir du futur.» Passionnantes et pointues sont les analyses que nous livre Feltin-Tracol de l’Est européen, tout particulièrement celles de la Croatie et de la Serbie. L’auteur n’est pas sur une ligne « nationalistes de tous les pays : unissez-vous ». Il est sur une ligne de dépassement des nationalismes étroits. D’où son intérêt pour une collaboration entre Croatie et Serbie, avec comme objectif le démembrement de la Bosnie-Herzégovine, un État proprement insensé puisqu’il n’y a pas et n’a jamais existé de nation bosniaque (un Bosniaque n’est pas autre chose qu’un Slave du Sud islamisé par les Turcs; or, une nation c’est justement quelque chose qui n’est jamais bâti sur une base religieuse mais les dépasse). Un démembrement de la Bosnie qui devrait permettre à la fois l’éclosion d’une grande Serbie (fédérale) et d’une grande Croatie (fédérale). D’où l’intérêt aussi de l’auteur pour une association entre Pologne et Roumanie (et plus si affinités) afin de créer un ensemble de nations-sœurs, de la mer Baltique à la mer Noire.
C’est aussi la spécificité de la Russie qui fait l’objet de riches analyses de l’historien avisé et rigoureux, doublé d’un géographe passionné, qu’est Georges Feltin-Tracol. Qui est Poutine et surtout que veut-il ? Entre néo-soviétisme et réconciliation nationale, entre intégration au Système mondial et à son hyper-classe et aspiration à restaurer la puissance nationale russe. Méfions-nous du choix entre Amérique et Russie, explique Georges Feltin-Tracol. « Et si l’influence russe était elle-même américano-centrée ? » Éclairante aussi sont les vues de l’auteur sur l’Ukraine. L’auteur s’oppose aux thèses de Marc Rousset (et d’autres essayiste) et défend – de manière convaincante – l’idée d’une identité spécifique de l’Ukraine, qui n’est pas du tout une préfiguration de la Russie : la pseudo- « Russie de Kiev ». Le même raisonnement pourrait d’ailleurs être appliqué à la Lituanie par rapport à la Pologne.
En somme, la grande question qui anime Georges Feltin-Tracol est celle du dépassement du stade stato-national. Comment refaire des Empires, en fonction des aires de civilisation ? Une question capitale qui nécessite pour les Européens de s’interroger sur la nature de l’Eurasie, à la fois notre héritage – mais un héritage sans testament – et le grand projet potentiel qu’il nous appartient de définir et de mettre en œuvre. Vaste et beau programme.

Christian Bouchet
Réfléchir & Agir (Eté 2012 n° 41)

Depuis la chute du Mur de Berlin, la fin du bloc communiste en Europe et la disparition de l’Union Soviétique, l’Est intrigue. Et chez les plus inquiets des Européens la question se pose : que deviendra-t-il ? La réponse se trouve peut-être dans Réflexions à l’Est de Georges Feltin-Tracol. Les vingt-six chapitres de ce livre apportent au lecteur une vision politique, sociologique, géopolitique, historique et métapolitique différente mais complémentaire, rebelle, non conformiste, radicale et dissidente. Opposé au tropisme occidental et atlantiste des cénacles universitaires et des médias hexagonaux, Réflexions à l’Est est un ouvrage de réinformation. Il dépasse les commentaires habituels pour aborder la véritable réalité des faits. A ce titre, il aidera ses lecteurs à mieux comprendre la situation intellectuelle et morale de nos voisins orientaux des steppes et de la taïga.

Pierre Vial
Terre & Peuple (N°51)

Voici deux ouvrages fondamentaux. Georges Feltin-Tracol, qui fait montre d’une belle capacité de production (le premier ouvrage est sorti en septembre 2011, le second en février 2012) a eu l’heureuse idée de regrouper des textes publiés dans diverses revues ou mis en ligne sur la toile mais aussi des textes inédits, qui sont tous au service d’un souci de réinformation permettant à ceux qui ne sont pas dupes du matraquage politiquement correct de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui et les enjeux d’affrontements majeurs qui s’y déroulent.
L’auteur, tout en montrant des convictions solidement ancrées, est toujours guidé par une lucidité qui le conduit à des analyses sans concession, mettant à nu, par exemple, les raisons profondes du rôle asphyxiant de Paris et de sa région – ce qu’il appelle, sans complexe, “le cancer parisien”. Il met en évidence l’incontournable nécessité d’avoir recours à la géopolitique pour interpréter correctement les grands défis de notre époque. Il se dresse résolument contre un modèle mondialiste américanocentré qui menace l’identité de tous les peuples. Il affirme la nécessité d’une volonté géopolitique continentale permettant aux Européens de construire une puissance libératrice.
Dans le destin européen l’Est est une carte maîtresse, méconnue ou méprisée par ceux qui sont au service de l’idéologie occidentale, fruit empoisonné de la néfaste modernité. L’auteur montre avec brio quelle richesse abritent les pays slaves, ces “territoires de l’ours et du loup” (quelle belle formule !), de la steppe et de la taïga. Et nous aimons ce rappel qu’il fait : le Soleil se lève à l’Est. Il y a là une ligne de force, depuis longtemps, au sein de notre communauté de pensée.
La lecture des ouvrages de Georges Feltin-Tracol fournit un puissant antidote contre les poisons médiatiques destinés à détruire les défenses immunitaires des cerveaux européens. On doit lui en être très reconnaissant.

Faits & Documents (N°340)

Auteur d’Orientations rebelles et de L’Esprit européen entre mémoires locales et volonté continentale, l’éclectique essayiste Georges Feltin-Tracol, rédacteur en chef du site très anticonformiste europemaxima.com, a réuni dans Réflexions à l’Est (Editions Alexipharmaque) 26 textes qu’il a consacrés à l’Est européen, en particulier à l’ex-Union soviétique, depuis la chute du Mur de Berlin jusqu’à Vladimir Poutine. Un vrai manuel de géopolitique Est-européenne.

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« Réflexions à l’Est »
Essai (Broché)

Collection : Les Reflexives

Réflexions à l'Est - Georges Feltin-Tracol


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