« Entretiens avec des Hommes remarquables »

Bruno Favrit
Réfléchir&Agir (n° 45)

C’est une réunion d’esprits aux préoccupations diverses, mais aussi une tentative d’aborder et d’embrasser le plus largement les questions qui préoccupent notre époque en pleine déliquescence. Luc-Olivier d’Algange ouvre le feu et porte un regard métaphysique sur ce début de siècle où les Modernes ont évacué l’art et le sacré – dans leur conception la plus haute, c’est-à-dire en lumière et en apesanteur. Autre contribution, celle de Christian Bouchet qui, s’il va investiguer du côté de l’ésotérisme de Crowley, garde les pieds sur terre, sur la vieille terre d’Europe, et plus largement l’Eurasie. Il fait le point sur la place de la Tradition dans un espace où le religieux prend, à l’heure de la société ouverte et nomade, l’allure d’accommodements dommageables. Klaus Charnier ne nous entretient pas que de musique industrielle ; il déplore que l’Occident soit à la fois vainqueur et vaincu. Francis Cousin répond sur l’économie et l’aspect politique. Il se penche sur les méfaits de l’immigration, le déclin de la condition ouvrière et la volonté qu’elle montrait jadis à s’insurger. Alexandre Douguine se montre, lui, essentiellement préoccupé d’eschatologie. Il voit très justement dans la ville le “grand cimetière des ethnies” et expose sa vision, très lucide, de la bourgeoisie, foncièrement opposée à tout indice ou expression de la société traditionnelle. Michel Drac en appelle à une prise de conscience politique par des élites qui travailleraient à l’anéantissement pur et simple du Capital, mettant ainsi fin au pillage de la nature. Arnaud Guyot-Jeannin parle d’empire, de républiques fédérales, d’Etat nation, d’islam et de nationalisme. Thibault Isabel considère également le rôle de la tradition face à la modernité et à la postmodernité, avec des détours par le cinéma, la bioéthique et le christianisme. Intéressante contribution de Laurent James, pour finir, où l’on revient à l’Eurasie, mais où il est question de Kali yuga et d’apparitions mariales (sic). Il en appelle à un retour du royaume, chrétien de préférence… ce qui nous pousse évidemment à émettre quelques réserves ! Mais, au demeurant, cet ouvrage, riche, suivi de bio-bibliographies des contributeurs, nourrira la réflexion de manière tonique. Préface d’Alain de Benoist.

Rébellion (N° 58)

Réalisés par Le Cercle Curiosa, ces entretiens témoignent de l’existence d’une pensée critique que le système dominant s’efforce de gommer par tous les moyens dont il dispose. Plus celui-ci a étendu sa domination sur tous les aspects de la vie humaine plus il a sécrété de manière structurelle, de justifications spectaculaires au règne de la non-vie. Les hommes interrogés dans cet ouvrage ont en commun un rejet viscéral des masques parodiques de l’existence réifiée. Ils remettent radicalement en question le règne de la marchandise et du capital, certes à partir de perspectives diverses, mais avec une lucidité partagée sur l’impossibilité de s’acclimater à l’ambiance délétère répandue par les miasmes contemporains d’un système conduisant à l’éradication d’une vie authentiquement humaine. On trouvera dans chacun de ces neuf entretiens des raisons d’entrevoir une autre dimension d’existence surmontant l’aliénation contemporaine et des analyses essayant de montrer quels sont les racines et les fondements ce celle-ci.

Georges Feltin-Tracol
Europe Maxima

Par ces temps de misandrie avérée, de dénonciation de toutes formes et manifestations de sexisme, de recherche servile d’une indifférenciation totale inaccessible, les Éditions Alexipharmaque n’hésitent pas à publier un recueil d’entretiens avec seulement des hommes au risque de provoquer la vindicte proverbiale des mégères clitocrates, gynolâtres et autres « Hyènes de garde ». La parité n’est pas respectée dans ce bouquin ! Que fait donc la police de la pensée ?

Le Cercle Curiosa a interrogé neuf personnes très différentes les unes des autres. À part le refus de se couler dans le cadre conforme du politiquement correct, quoi de commun entre le néo-platonicien Luc-Olivier d’Algange et le marxiste post-situationniste Francis Cousin ? L’eurasiste russe Alexandre Douguine et le musicologue post-punk Klaus Charnier ? Préfacé par Alain de Benoist, ce recueil d’entretiens n’est pas une enquête. Le Cercle Curiosa a pris soin de poser à chacun d’eux des questions spécifiques, d’où le sentiment de se trouver devant une mosaïque originale.

Les réponses varient en qualité suivant la personne interrogée et un esprit chagrin pourrait qualifier l’ensemble de déséquilibré. Ce serait dur, car ces entretiens éclairent parfois une facette de la vie de l’interlocuteur. Par exemple, outre une réaffirmation de son eurasisme, Christian Bouchet en profite pour en finir (définitivement ?) avec certaines légendes colportées à son encontre. Il condamne l’ésotérisme nazi, manifestation particulière d’un spiritualisme de bazar, alors que « le national-socialisme allemand fut totalement dépourvu d’arrière-plan occultiste (p. 34) ». Il revient sur Aleister Crowley et confirme qu’il n’est pas thélémite (partisan de Crowley). Il prend au contraire de très nettes distances et, s’il avait à se trouver un mentor, ce serait certainement Evola et Guénon.

Luc-Olivier d’Algange ne parle pas de son passé. Il préfère méditer sur le destin du Beau à l’heure où triomphent le Laid et l’Informe. « Notre temps est celui du totalitarisme désincarné : les exploiteurs sont aussi interchangeables et asservis que ceux qu’ils s’illusionnent d’asservir. La confusion de tout donne ce qu’elle doit donner : l’informe qui est le pire conformisme, étayé par la technique dont l’essence est de rendre toute activité humaine impossible sinon par son entremise. Ce ne sont plus les hommes qui échangent entre eux par l’entremise des machines mais les machines qui communiquent entre elles par l’intermédiaire des hommes (p. 19). » Contempteur incisif de la modernité, Luc-Olivier d’Algange participe à la guerre des idées sur le versant esthétique, philosophique et poétique.

Personnalité inconnue, voire clandestine, Klaus Charnier aime se situer « à gauche et à droite […] dans le seul but de nier la dichotomie politique qui structure artificiellement les systèmes politiques démocratiques contemporains (p. 48) ». Cet expert en musiques industrielles estime avec raison « ridicule de réclamer “ de l’identité ” et de “ défendre l’Occident ” (p. 46) ». Il a compris la vacuité oxymorique d’une « identité occidentale » supposée ou d’un soi-disant « Occident identitaire » ! Il insiste principalement sur le fait que « l’Europe disparaît en tant que telle au nom de ses propres principes (p. 46) ». Il fait un diagnostic lucide et pense que « le “ nihilisme ” n’est jamais qu’une phrase préparatoire pour celui qui est assez fort pour le surmonter (et s’auto-engendrer à nouveau), une phase terminale pour le faible qu’il détruira. En ce sens, il est un vitalisme en attente (p. 52) ».

Cette attente, Laurent James tient à la combler par une véritable réponse eschatologique. Aidé d’une subtile et précaire combinaison celtico-christiano-eurasisto-parvulesquienne, il promeut un « Royaume eurasien » parousique. Or cet idéal eurasien ne contredit-il pas sa croyance que « la Gaule est un pays occupé depuis mille cinq cent ans (p. 154) » ? Certes, la construction politique de la France par l’intermédiaire d’un État, incarnation de la puissance régalienne, s’est réalisée sur une fusion plus ou moins contrainte d’ethnies d’origine boréenne, mais de là à réclamer le départ des Romains, des Francs, des autres Germains, des Normands… Qu’il prenne garde à la réaction de l’officine sur-subventionnée S.O.S. Racisme ! Après le racisme anti-blanc, à quand un procès pour « barbarophobie » ?

C’est avec une conception chrétienne assez proche, mais plus conceptualisée, qu’Arnaud Guyot-Jeannin concilie le christianisme et les identités. Il avance que « l’universalisme chrétien intègre les identités en les dépassant. L’universalisme moderne assimile ces mêmes identités en les absorbant. Le christianisme transfigure les hommes dans leur singularité et leur diversité (p. 107) ». Favorable au fédéralisme français et européen, il assure que « la civilisation européenne se compose de plusieurs nations et peuples qui renvoient à de multiples identités qui en font sa richesse. Un fédéralisme européen basé exclusivement sur les ethnies et les régions ne [lui] semble plus viable. Elle doit prendre sa juste place entre les régions et la fédération à venir (p. 114) ».

Cette perception fédéraliste enracinée multiscalaire pourrait recueillir l’assentiment de Thibault Isabel. Outre des réponses aux divers problèmes actuels comme la technique, le paganisme au XXIe siècle ou le psychisme malmené de l’homme moderne, il salue l’actualité de l’œuvre de Proudhon. Fédéraliste intégral avant la lettre, « Proudhon a eu le mérite de penser une véritable alternative au système de l’argent – et une alternative qui ne se contente pas de remplacer la tyrannie du commerce par la tyrannie de l’État. Le sens a besoin de proximité : c’est donc à travers la proximité de la vie locale, et en d’autres termes à travers une relocalisation généralisée de la vie (économique, politique, familiale et culturelle), que nous pourrons réaccéder au sens (p. 142) ».

Ce point de vue ne risque pas d’emporter l’adhésion de Francis Cousin. Partisan de l’anti-politique radicale et nostalgique de l’unité primordiale entre le politique, l’économique, le droit, l’art et le religieux, il conteste et dénonce dans l’ensemble des manifestations actuelles les propos significatifs de la marchandisation. « Dans ces conditions, l’auto-organisation communiste de l’humanité en ses diverses Communes fédérées d’ici et d’ailleurs, ne sera nullement demain une démocratie directe mais un retour élargi et universalisé au génos de l’Être lequel sera nécessairement anti-démocratique puisque la démocratie est par essence le système de la domination directement accomplie de la valeur d’échange circulant adéquatement aux exigences de l’équivalent-général : l’argent en tant qu’étalon de libre mesure de tous les hommes égaux dans le temps-marchandise de leur mort programmée (p. 58). » Corrosif, n’est-ce pas ?

Les propos du théoricien russe du néo-eurasisme, Alexandre Douguine, sont relativement concis. Leurs brièvetés n’empêchent pas une véritable leçon de russologie donnée aux lecteurs français. « L’Église russe et la Papauté sont des choses peut-être trop différentes pour qu’elles puissent se comprendre mutuellement (p. 86). » Par conséquent, il est impossible d’effacer le Grand Schisme d’Orient de 1054 et de réunifier orthodoxes et catholiques ! En revanche, « nous pouvons cœxister en joignant nos efforts contre l’ennemi commun qui est le Diable, l’atlantisme et le monde moderne (p. 88) ». En traditionaliste conséquent qui médite sur la chute du monde contemporain, Alexandre Douguine veut « libérer Guénon du contexte New Age, néo-spiritualiste et sectaire qui tend à monopoliser son discours et à le marginaliser. Les théories de Guénon peuvent être lues dans une optique sociologique et parfois postmoderne (p. 86) ». Par cette réappropriation fondatrice, Douguine confirme son opposition entière à l’État-nation d’essence bourgeoise. Il soutient au contraire la voie vers l’Empire au sens traditionnel du terme.

Le « Sujet radical » douguinien semble avoir trouvé un bon représentant en Michel Drac. Pour l’inventeur du concept de B.A.D. (bases autonomes durables), « nous ne sommes pas là pour corriger le système, ni même pour l’aider à s’auto-corriger. Rien ne peut nous faire plus plaisir que de le voir incapable de s’amender. Certes, le spectacle est consternant, mais hauts les cœurs : pire ça sera, mieux ça sera ! Parce que pire ça sera, plus vite toute la boutique sera par terre ! (p. 95) ». Le quotidien va s’aggraver dans les prochaines années (ou dans les prochains mois). Malgré l’apathie généralisée sciemment entretenue par des médiats chlorophormistes, Michel Drac juge probable « que nous allons assister à la généralisation d’une révolte diffuse, produite spontanément pour les masses dans un réflexe collectif. Sans élite pour la canaliser, cette révolte ne débouchera sur rien de probant, même si elle peut momentanément fragiliser le système. Conclusion : le boulot, c’est de produire une élite capable, le jour venu, de chevaucher cette révolte pour lui donner un sens. La providence s’occupera de nous donner une révolte à canaliser. Mais le canal, il faudra le creuser nous-mêmes (p. 99) ». La formation de cette avant-garde élitaire exige une rupture complète avec le monde actuel. Michel Drac en vient alors assez logiquement à prôner la construction progressive d’« une contre-société, qu’[il] appelle “ fractionnaire ” pour indiquer que c’est plus qu’une dissidence, quasiment une sécession a-territoriale. C’est la voie de l’avenir, celle qui rendra possible la construction d’un rapport de force (p. 95) ». Plus que pertinente, l’idée est géniale et profonde aux applications presque immédiates.

On remarque la richesse et la diversité des entretiens. Bien sûr, le Cercle Curiosa aurait pu aussi interroger Tomislav Sunic, Gilbert Sincyr, Sylvain Roussillon ou tel ou tel directeur de site non-conformiste. Ce sera probablement pour le second tome de rencontres avec des dissidents remarquables !

Pierre Le Vigan
Métamag.fr (04/05/13)

Qu’ont en commun la petite dizaine d’essayistes inclassables rassemblés par l’éditeur ? Pas grand-chose si ce n’est d’être remarquables mais peu remarqués. L’éditeur a donc fait un choix courageux. Les auteurs réunis ont tout de même quelque chose en commun : une attitude. Au lieu de s’aplatir devant l’horizon, nos auteurs veulent se dresser pour y voir loin. Pour écouter aussi. Ecouter ce qui, de l’essentiel, ou de l’Etre, (comme chacun voudra) demeure ou peut revenir.

Le monde moderne incarcéré dans la logique utilitaire
On peut aussi trouver à nos auteurs deux thèmes communs : la critique du système de l’argent, la critique du monde moderne. Cette critique se fait pour certains au nom d’une tradition supposée originelle, pour d’autres au nom d’une idée très ancienne à réactiver, celle du bien commun. Pour les auteurs, les deux critiques de l’argent et du monde moderne ont du reste partie liée. Le monde moderne, c’est celui où triomphe l’argent. « Le moderne est si bien incarcéré dans sa logique utilitaire et commerciale que ce qui ne peut s’acheter est pour lui sans valeur. » écrit Luc-Olivier d’Algange.

Idée d’Empire et idée d’Europe fédérale : une quête commune
Les auteurs se retrouvent aussi dans le refus de la puissance pour la puissance. « Le fait de pouvoir faire une chose n’implique pas qu’on doive toujours mettre cette puissance en acte » affirme le jeune philosophe Thibault Isabel. Beaucoup défendent aussi l’idée d’un fédéralisme impérial pour sortir de l’alternative stérile entre un universalisme abstrait et niveleur et l’Etat-nation. L’idée d’Empire apparait ici l’antidote même à l’impérialisme. « L’impérialisme conquiert mais impose ; l’Empire acquiert mais compose. » remarque Arnaud Guyot-Jeannin.

Ces entretiens sont l’occasion de suivre des auteurs souvent étonnants sur les chemins de traverse qui sont les leurs. Cela n’arrive pas tous les jours.

Alain de Benoist
Eléments (n°147)
Pensée rebelle

Toute époque a son idéologie dominante, mais toute idéologie dominante a aussi ses dissidents. En voici neuf, à qui les jeunes éditions Alexipharmaque ont eu la bonne idée de donner la parole. Ce qui les distingue est au moins aussi important que ce qui les rapproche. Ils ont une commune aversion pour une société peuplée d’“esclaves à qui l’on donne des loisirs” (Thibault Isabel), où “tout ce qui est touché par l’argent est intérieurement subverti” (Alexandre Douguine), bref une société qui représente l’“apothéose démocratique du spectacle du fétichisme marchand” (Francis Cousin). Mais le contre-univers qu’ils lui opposent revêt chez chacun d’eux des couleurs bien différentes. Les uns ont la nostalgie du Roi, les autres rêvent de l’Empire. Certains se réfèrent à Marx, d’autres à Proudhon ou à René Guénon. Le détachement de l’Anarque côtoie l’appel à la révolution prolétarienne. Recours à la métaphysique et rejet de la métaphysique, projets politiques et refus de la politique, on trouvera tout cela dans ces pages. Mais c’est précisément ce qui en fait l’intérêt. On voit par là qu’il n’y a pas de conformisme de l’anticonformisme, du moins chez ceux qui s’expriment dans cet ouvrage. Aux noms déjà cités s’ajoutent ceux de Luc-Olivier d’Algange, Christian Bouchet, Michel Drac, Laurent James, Arnaud Guyot-Jeannin et Klaus Charnier. Dans le silence assourdissant de la société du non-sens, ce sont autant de voix solitaires qu’il ne faut pas seulement entendre, mais aussi écouter. Que l’on se sente ou non d’accord avec elles, est de peu d’importance. Cela rassure déjà de se dire qu’on peut encore penser à contre-courant.

Entretien réalisé par E&R Aquitaine
(17/04/13)
E&R Aquitaine

Pouvez-vous présenter le Cercle Curiosa ? Quelle est son origine et quels sont ses objectifs ?
Le Cercle Curiosa a été fondé en 2009 par trois camarades. Partageant des intérêts communs, désireux de penser en dehors des sentiers battus sans toutefois sombrer dans la pose de l’anticonformisme de confort , nous avons décidé de nous réunir afin de partager nos lectures, nos intuitions, d’approfondir nos réflexions.
En peu de temps est née l’idée du livre Entretiens avec des hommes remarquables. Bien plus que des réponses, nous avions surtout de nombreuses questions à poser à des auteurs selon nous trop méconnus. Le temps a plutôt joué en leur faveur et certains d’entre eux sont désormais presque dans la lumière, ce dont évidemment nous nous réjouissons.
Le Cercle Curiosa n’est pas un groupe fermé : toute personne qui partage notre curiosité est la bienvenue. Telle est notre définition d’un petit groupe qui cherche à comprendre le monde dans lequel il vit. Nous n’avons guère d’autres ambitions.

Quel a été le parcours de ses membres ? Avez-vous toujours été proche des milieux dissidents ?
Le Cercle regroupe trois curieux venus d’horizons très différents. Il comporte un ancien nationaliste, un ancien écologiste et un ancien marxiste ! Aucun d’entre nous n’a renoncé à ces diverses écoles de pensée. Au contraire, l’erreur consiste précisément à les faire rentrer en conflit les unes avec les autres. On peut fort bien prôner l’enracinement, la frugalité (voire l’ascèse) et justifier ses positions par un raisonnement de type marxiste. On peut évoquer sans contrainte l’idée de race (biologique ou spirituelle), de religion, de classe, de Dieu, des Dieux. L’architecture nous intéresse autant que l’apocalypse, la politique et la métapolitique autant que la cyclologie, le cinéma autant que les sociétés primitives, la sexualité autant que la gnose. Le piège à éviter est le syncrétisme, qui outrepasse malheureusement le domaine religieux. D’où l’intérêt d’être rigoureux et mesuré dans le maniement des idées.
Le passage des membres du cercle Curiosa au sein d’Egalite & Réconciliation a bien entendu permis de structurer cette vision du monde. Aujourd’hui, tous les trois nous sentons proche de la mal nommée Nouvelle Droite et de l’eurasisme, tout en restant très proche du mouvement crée par Alain Soral.

Votre recueil d’entretiens regroupe des signatures très différentes. Qu’est ce qui relie tous ces « hommes remarquables » ?
L’idée de départ était de nous cantonner à des entretiens portant sur la Tradition et la modernité. Voyant les limites d’un tel exercice, nous avons simplement décidé de questionner des auteurs que par ailleurs nous apprécions. Par leurs réponses, on notera qu’ils partagent tous une vision du monde originale et radicale (du latin radix qui signifie « racine », donc d’un monde qui n’oublie guère ses racines ; l’extrémisme serait à l’inverse une exagération des prérogatives de la modernité). Tous s’accordent pour noter les conséquences néfastes de la postmodernité (phénomène ô combien fascinant et difficile à appréhender pour nous, postmodernistes !). Toutes les personnes avec qui nous nous sommes entretenus sont avant tout des francs-tireurs, des hussards… et comme le dit Alain de Benoist dans la préface qu’il a accordée au cercle Curiosa : « c’est en cela qu’ils sont remarquables ».

Quelle est l’actualité du Cercle Curiosa ? Avez-vous un autre livre en préparation ?
Le Cercle travaille actuellement sur différents projets. Tout d’abord, un second tome de nos entretiens est en préparation. Ensuite, nous réfléchissons en ce moment à un sujet qui nous tient à cœur et qui pourrait peut-être s’articuler sous forme de recueil ou encore d’une contribution collective : il s’agirait d’une réflexion sur la Technique (abusivement confondu avec celui de machine, alors qu’il s’en affranchit) à travers, notamment, le phénomène dit « transhumaniste ». Le projet suit actuellement son cours. Vous devriez avoir de nos nouvelles assez rapidement. En attendant, nous vous laissons découvrir nos « Entretiens avec des hommes remarquables ».

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier
Boulevard Voltaire (31/03/13)

Dans un monde fait de cycles de plus en plus courts, ac­célé­ration de l’histoire oblige, le Cercle Curiosa a tenté de défri­cher quel­ques pistes d’avenir dans un ouvrage collectif au titre en for­me de clin d’œil au phi­lo­so­phe Georges Gurdjieff, Entretiens avec des Hommes remarquables. Phil François, président du cercle en question, fait le point sur cette initiative hors du commun.

L’ouvrage collectif est un genre littéraire périlleux. Vos inter­lo­cu­teurs s’ac­cordent à dire que le monde va mal, mais ils divergent dès lors qu’il faudrait savoir com­ment il pourrait aller mieux…
En effet, tous les par­ti­ci­pants à Entretiens avec des hommes remarquables s’ac­cor­dent sur l’aspect néfaste du post­mo­der­nis­me qui se déploie à travers cette nou­velle an­thro­po­lo­gie qu’est le turbo-capitalisme. Criti­que tou­jours radicale – et non pas « extrême » – et salvatrice, en ce sens que cette radi­ca­lité permet de saisir l’égale ra­di­ca­lité de l’objet critiqué. Les solutions pro­po­sées divergent, certes ! Marxiste, mystique, im­périal ou ni­hi­liste, chaque par­tici­pant propose des outils pour réparer cette né­ga­tion du monde se des­sinant sous nos yeux, de plus en plus difficile à saisir, tant il semble s’au­to­no­miser des hom­mes, et contre eux. Mais, comme le note Alain de Benoist, avant les réponses, il faut des questions. Le Cercle Curiosa, en tant que petit groupe de ré­flex­ion, se permet encore un mo­ment d’ex­pec­tative… il en a tant d’autres à poser !

Le titre, Entretiens avec des Hommes remarquables, fait évi­dem­ment référence à Georges Gurdjieff, surtout lorsque vos auteurs enten­dent « réenchanter le monde ». Est-ce le seul fil conduc­teur de cet ouvrage fabriqué à plusieurs mains ?
Eh bien, n’en déplaise à monsieur Maffesoli, nous n’avons guère l’impres­sion que la post­mo­der­nité réen­chante le monde ! Via la logique de l’uti­li­taris­me total auquel obéit la nou­velle éco­no­mie globale, nous as­sistons en fait à un des­sèche­ment du monde dans ce qu’il a de mul­tiple, d’enra­ciné. En allant chercher dans la tradition, la reli­gi­osité et même la critique marxiste, les auteurs émet­tent, chacun à leur manière, des idées nou­velles où l’hom­me retrouve sa place. En som­me, ce ré­en­chan­te­ment se fera (et nous parions que les inter­venants seront d’ac­cord) par une ré­con­cilia­tion entre volonté et mesure. Ré­en­chanter, c’est-à-dire dé­co­lo­niser l’ima­ginaire des repré­senta­tions mar­chandes, pour que les peuples réap­pren­nent la grâce et se débar­ras­sent de rap­ports de néces­sité toujours plus obso­lètes et super­ficiels. Parce qu’ils n’ont pas oublié que les hom­mes regardent aussi vers le ciel, ces auteurs sem­blent s’être donné cette mission. Et c’est déjà bien assez !

Pensez-vous qu’un autre monde puisse être meil­leur ou, au con­traire, que le pire soit toujours certain ?
À notre humble avis, l’avenir reste ouvert. Les pos­sibi­lités de l’Oc­cident s’épui­sent et il faudra se réin­venter, se re-my­thifier, retrouver les buts de notre présence au monde. Nous vivons cer­taine­ment la fin d’un grand cycle histo­rique. Mais la fin d’un cycle en préfi­gurant un nouveau, c’est certaine­ment en ce sens qu’il faut com­prendre les dif­férentes escha­tologies… Les apo­ca­lypses ne sont-elles pas des révé­lations ? Ce qu’il nous faut, à nous les hom­mes d’ici et main­tenant, c’est veil­ler sur cette fameuse flam­me de l’être que décrivait Jean Parvulesco dans ses ouvrages. Et puis nous vivons ! Et que faire d’autre que de vivre, c’est-à-dire d’espérer, de se ques­tion­ner, de se bat­tre et d’aimer malgré tout l’ici-bas avant de partir de l’autre côté ?



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