« Le soleil d'or »

La littérature d’aventure connaît depuis quelques années une vivacité de bon aloi. Après tout, une longue piste reste une longue piste et l’homme face à la paroi n’a pas beaucoup changé à travers les décennies. En conjuguant un esprit européen clair et vif, une pensée résolument non-conformiste et une langue à la fois simple et charnue, terreuse, vivante, Sylvain Tesson est incontestablement la figure de proue de ce renouveau. Il n’est pas si étrange de parler de Tesson pour aborder Bruno Favrit. D’abord parce que le vitalisme de Favrit a de nombreux points d’attache avec la philosophie du sieur Tesson, ensuite parce que les deux larrons ont une commune admiration – et proximité – pour Jean Raspail. Il est incontestable que Le Soleil d’or est un roman aux teintes raspaliennes. Le cadre patagon, qui succède à la forêt guyanaise, ne suffit pas, c’est une même franchise d’abord de l’âme humaine qui renforce la comparaison. Le soleil d’or n’est pourtant pas un roman pour boy-scout, et si la promenade semble un long moment paisible, gare à ne pas lâcher la ligne de vie. “Là où il y a l’homme, il y de l’hommerie”, avec toute sa noirceur, ses bassesses et sa course à l’abîme. Nous parlons ici d’un roman dur, mais vif, fouetté par le vent. D’aucuns évoquent l’ombre de Saint-Loup qui planerait sur ces pages… Chacun se fera son idée. Quant à nous, nous n’aurions qu’une chose à dire à l’ami Favrit : au travail, un autre.

Réfléchir & Agir (n°50 été 2015)


Il est des coïncidences littéraires qui sont riches de significations. Ainsi, alors que paraît dans la collection Bouquins un ensemble de romans de Jean Raspail (Présent du 21 mars), l’écrivain Bruno Favrit signe, avec son Soleil d’or, un étrange roman patagon. Favrit nous avait habitués à ses récits de montagnes (Ceux d’en haut, Midi à la source), univers qu’il connaît bien pour manier le piolet aussi prestement que la plume. Avec, d’ailleurs, une même légèreté désinvolte, affrontant les parois comme les pages blanches avec le souci premier de s’accomplir soi-même et non de briller aux yeux des autres.
Mais la montagne n’est pas au coeur de ce nouveau récit. La jungle guyanaise et les terres humides de Patagonie lui volent la part belle. L’atmosphère n’est plus celle des sommets enneigés à l’air vif et sec, mais celle de l’humidité oppressante et des vents qui font perdre la raison.

Le mystère des abîmes

Favrit partage avec Raspail une affection entêtée pour les habitants des marges. Ceux-là même qui vivent aux limites du monde ou à la périphérie de leur temps. Quel recours reste-t-il aux assoiffés d’absolu, qui étouffent dans l’âcre fumée moderne, sinon celui de fuir vers les étendues sauvages où la noirceur humaine semble absente ?
C’est l’une de ces fuites que nous conte Bruno Favrit au long d’un récit mené tambour battant. Roman apéritif, tonifiant pense-t-on à mi-parcours. Un roman qui, page après page, pousse à sangler son sac pour reprendre la route, l’exact opposé d’un livre de chevet… Mais ne partez pas sans une solide ligne de vie, car les chemins glissants des plaines humides, les crevasses sombres, pourraient vous surprendre. Favrit s’offre une plongée sans complaisance dans les tréfonds humains, avec la cinglante franchise d’un Bernanos. Non pas des âmes idéalisées, mais des âmes pétries d’idéal, obsédées par la grandeur à laquelle elles aspirent et dont elles ne parviennent qu’à saisir des miettes, avant, qui sait, le grand plongeon.

Philippe Saint-Servant
Présent (11/04/15)
Soleil d’or, un roman raspalien

Le soleil d'or - Bruno Favrit


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