Eléments (Eté 2006 n°121)

Une étrange enseigne à vu le jour au pied des Pyrénées : Alexipharmaque. C’est une nouvelle maison d’édition dont les deux animateurs, Arnaud Bordes et Stéphan Carbonnaux, ne nous sont pas inconnus… Le premier publie d’étonnantes nouvelles fantastiques et fait bénéficier de sa plume raffinée plusieurs revues dont Éléments, le second est un écrivain écologiste, amoureux de la nature et des arts qu’elle inspire. Brève rencontre avec ces deux jeunes éditeurs qui ne manquent ni d’audace ni d’idées.

Éléments : Quel est la genèse d’Alexipharmaque ? Pouvez-vous nous présenter votre démarche ?
Arnaud Bordes et Stéphan Carbonnaux : Lecteurs passionnés et attentifs, bibliophiles, tous deux écrivains, il nous est apparut irrésistiblement logique de passer, en quelque sorte, à cet autre côte qu’est l’édition, car il nous semblait aberrant, sinon parfaitement absurde, que des auteurs d’importance ne soient pas plus souvent, ou pas assez, ou pas du tout, édités.
A quoi s’ajoutait, par corrélation, cet autre constat qui, fût-il évident, n’en est pas moins à rappeler : à part quelques bonnes maisons, l’édition, de plus en plus, n’est que communication et pullulement horizontal, abandonnant par-là même des territoires à (ré)investir, des verticalités à arpenter, de riches gisements d’excellente littérature qu’il est à nouveau nécessaire de creuser, de remettre, simplement mais rigoureusement (d’autant plus rigoureusement que simplement), à ciel ouvert.
Mais il s’agit surtout d’un retour aux fondamentaux : un style, un imaginaire, une pensée fervente, une esthétique ample ; puis au(x) texte(s), dont témoigne la couverture de nos livres où, précisément, mieux qu’une photographie ou une illustration, le texte s’affiche - considérant que si les images ont un pouvoir, les mots leurs sont supérieurs qui ont, eux, une Autorité. Retour aux textes et aux fondamentaux qui s’affirme voire, en l’occurrence, se prend, s’inocule tel qu’un Alexipharmaque, c’est-à-dire un vulnéraire, un contrepoison, une pharmacopée.
En outre, nous entendons notre travail d’éditeurs comme une relation privilégiée avec les auteurs, leur art, leur manière, leurs enseignements.

Éléments : Quels sont vos projets ? Les auteurs que vous souhaitez publier ?
Arnaud Bordes et Stéphan Carbonnaux : Nous commençons par David Mata et Luc-Olivier d’Algange, qui sont des écrivains très estimés et d’ impeccable tenue, qui, entre autres des lecteurs d’Eléments, ne sont pas inconnus, et dont nous publions respectivement Hermann et L’Ombre de Venise.
Hermann est un roman qui, entrelaçant par d’envoûtants effets de narrations, les époques, la nostalgie, les paysages, et autour de la rencontre initiatique d’un officier allemand et d’un étudiant, propose autant une méditation sur l’art qu’une réflexion sur l’Histoire, et procède au ré-enchantement du monde. Ce titre inaugure notre collection Les Narratives : Romans, nouvelles, récits. Un imaginaire qui convoque un univers en soi, qui, s’imposant, impose la singularité d’une vision, d’une fascination, qui s’affronte au réel comme aux chimères. Et des auteurs qui auront un rapport au style exigeant.
L’Ombre de Venise est un essai qui, sous les hospices de Nietszche, et par des perspectives fines qui laissent justement passer toute la lumière, évoque l’abîme de Dyonisos et l’abîme du Christ, la rhétorique de Dieu, la style, Pessoa, l’orage Mallarméen, Platon… Ce titre inaugure notre collection Les Réflexives : Essais. D’obédience et d’horizon divers, des pensées qui, ne se pétrissant pas dans des marbres uniques, se recueillent, s’affirment et investissent principalement ces domaines: société, politique, littérature, ésotérisme (à l’exclusion, bien évidemment, du new-age), écologie (à l’exclusion, tout aussi évidemment, du sustainable development).
Amateurs exigeants de littérature raffinée, nous vous conseillons vivement de découvrir le travail des éditions Alexipharmaque. A peine fondée, elles proposent déjà quelques lectures vivifiantes et éclectiques pour les esprits libres. Sous le patronage d’Arnaud Bordes et Stéphan Carbonnaux, elles apportent un soin rigoureux à mettre en valeur des auteurs au style affirmé.
On notera que les deux compères sont eux-mêmes des écrivains. Ainsi, Arnaud Bordes a récemment réalisé un fantastique recueil de nouvelles finement découpées au scalpel. Dans ces nouveaux contes cruels, rassemblés dans Voir la Vierge (éds Auda Isarn 2006), (titre énigmatique dont le secret se révèle dans la meilleure des nouvelles de l’ouvrage), on retrouve ce même goût morbide pour l’élégance et les envolées mystiques qui rendent intemporels Barbey d’Aurevilly et Villiers de l’Îsle Adam. Tranchantes et envoûtantes, ces tragiques joyaux nous amènent bien loin de nos tristes jours et témoignent d’un véritable talent littéraire.
Si son esprit est sorti indemne de ce jardin des supplices, il se tournera voracement vers les premières publications de sa maison d’éditions. Avec Hermann, David Mata évoque amoureusement la Gascogne éternelle, ses vignes et ses ruines automnales. Dans ce roman initiatique, il part sur les traces perdues à travers des temps bénis par le chaos. Il comte l’éveil à la beauté durant l’occupation d’un jeune guidé subtilement par un mentor à peine plus vieux que lui. Une belle évocation qui sent toute la nostalgie de la poésie de la jeunesse.
L’Ombre de Venise de Luc-Olivier d’Algange est une profonde réflexion d’un promeneur solitaire sur le dandysme, Nietzsche, la spiritualité, Pessoa, le sens de la vie dans une époque qui est la négation même de la vie… Elle ne propose pas moins qu’une fuite hors du monde moderne par les chemins secrets d’une philosophie gnostique.
Dans Le Sentier perdu, Jean Parvulesco pause la question fondamentale pour l’ensemble des écrivains : qu’est-ce qu’un roman ? « …Tout roman authentique n’est que la dénonciation d’un grave fait caché, d’une tragédie cachée mais qui, cachée, ne saurait le rester… Quelque chose de terrible se passe, quelque part, voué à rester plongé pour toujours dans les ténèbres de l’inconscient profond, hermétiquement clos sur lui-même, de l’histoire du monde en marche vers sa conclusion. Mais afin que cette non-connaissance ne puisse pas indéfiniment imposer sa loi, ce qui s’est passé réapparaît par les voies médiumniques du roman, de l’inspiration intérieure, s’auto-dénonce et se dévoile à travers le récit, à travers l’écriture même du roman, qui sera, ainsi, toujours, révélation dissimulée de quelque chose de profondément caché. » Le narrateur, en quête, de son identité originelle, élabore sa voie vers le sentier perdu de l’axe ontologique du monde. Il y découvrira les éléments de la « conjoncture planétaire finale » dont le sens occulte est adossé au mystère de sa propre vie qui rejoindra le « renversement final ». Sachons « que l’histoire du monde arrive à présent à un de ses tournants décisifs… Un grand cycle métahistorique est en voie d’achèvement, refermé sur lui-même, sa fin rejoignant ses commencements. Ainsi la fin d’un monde commence-t-elle le recommencement d’un autre ».

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