« Makeup Artist »

La ma­t­rone es­souf­f­lée qui pare sa fil­lette de huit ans d’un ca­ra­co en den­telles et de bot­tines en skaï rose, en vue de rem­por­ter le prix d’une mi­ni-Miss Texas, c’est bien l’image à peine dé­for­mée de notre so­cié­té toute en­tière, af­fai­rée et vul­gaire, qui ne cesse de faire de ses en­fants des can­di­dats, des vainqueurs, des ty­rans, en leur en­sei­g­nant dès le plus jeune âge la gagne, la frime et l’en­vie. Il faut au moins ce­la en pré­vi­sion de leur en­t­rée en lice, quelques an­nées plus tard, au mi­lieu des loups et des chiennes (à moins que ce ne soit l’in­verse) qui au­ront alors bien in­té­g­ré le prin­ci­pal code ca­pi­ta­liste : éc­ra­ser ou dis­pa­raître. Cette obs­cé­n­i­té al­lant de soi n’est ce­pen­dant pas unique­ment le fruit d’une lo­gique li­bé­rale bien com­p­rise, elle s’ab­reuve éga­le­ment à cette sorte de nos­tal­gie post-mo­derne, c’est-à-dire dé­voyée, fé­ti­c­histe et per­verse, pour ce qui n’est plus, ce qui ne se­ra ja­mais plus, et qu’il con­vient donc de re­c­réer par la pa­ro­die et la sub­s­ti­tu­tion.

C’est de ces deux fal­si­fi­ca­tions au moins que naît et pro­li­fère le phé­no­mène de l’hy­per-sexua­li­sa­tion en­fan­tine, et c’est alors le coup de gé­n­ie d’Alex Por­ker de trai­ter ce sujet en si­tuant son in­t­rigue dans un Hol­ly­wood à la fois my­t­hique et fu­tu­riste, où le per­son­nage prin­ci­pal se­rait un maquil­leur pro­fes­sion­nel char­gé de trans­for­mer des ga­mines de huit ans en femme fa­tales, au mo­ment même où une ma­la­die change sour­noi­se­ment les en­fants en vieil­lards ! Qu’est-ce qu’Hol­ly­wood en ef­fet si­non le royaume pa­ra­doxal du même et du faux, du pil­lage et du vam­pi­risme, qui n’en couve pas moins en son sein d’in­com­pa­rables images d’in­no­cence et de pu­re­té ? Ma­ri­lyn Mon­roe avait un corps de femme et un sou­rire d’en­fant, mais ce temps est ré­vo­lu : c’est aujourd’hui très exac­te­ment l’in­verse qui doit plaire et la nou­velle Ma­ri­lyn, la nou­velle Jean Har­low, la vamp des temps pré­s­ents se­ra bien cette créa­ture hy­b­ride et ter­ri­fiante « ti­seuse de nuit, de chan­sons et de lé­gendes », qui face aux spec­ta­teurs toujours plus si­dé­rés que nous sommes ap­pe­lés à être, se­ra celle qui pas­se­ra « par la che­mi­née, les sols, les pla­fonds, les pla­cards, la plom­be­rie, la cli­ma­ti­sa­tion des din­ners, les hot-dogs de chez Pink, les frites des Heart­b­rea­ker Bur­gers », qui fe­ra avec « les an­ge­lots bien nour­ris du ciel des claquettes sur les nuages peints du dé­cor de leurs exis­tences », qui « as­pi­re­ra vers les pro­fon­deurs su­r­an­nées de la terre la sa­ra­bande car­ni­vore de leur so­li­tude… »

Ma­keup Ar­tist est ce drôle de ro­man ly­rique et mor­bide, au rythme éc­he­ve­lé qui sou­dain se casse, où des per­son­nages en pleine dé­con­fi­ture phy­sique et mo­rale ne cessent de se crier leur amour et de s’épon­ger le front, avant de se soû­ler jusqu’à faire se cô­toyer de près les vi­sions du cau­c­he­mar et du dé­s­ir. Il est en quelque sorte la trans­po­si­tion lit­té­raire d’un slaps­tick gore et dé­s­es­pé­ré, qui se chan­ge­rait sou­dain en va­ria­tion hor­ri­fique du Ver­ti­go d’Hit­ch­cock. C’est en tous cas un livre très in­tel­li­gem­ment scan­da­leux, qui sai­sit le lec­teur sans mé­na­ge­ment, ce qui est plu­tôt rare à l’époque des éc­ri­tures de com­p­lai­sance.

Lu­do­vic Mau­b­reuil
Ci­né­ma­tique
Alex Por­ker et l’hy­per-en­fance 1 (11/12/12)

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« Les Demoiselles »
Roman (Broché)

Collection : Les Narratives

« Makeup Artist »
Roman (Broché)

Collection : Les Narratives

Makeup Artist - Alex Porker


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