« Les Demoiselles »

Anticipation. A partir d’un fait-divers à vous glacer le sang dans les veines, Alex Porker imagine le complot d’une bande d’hyperenfants fanatiques cherchant à prendre le pouvoir sur les adultes. Le choc littéraire français le plus méconnu du moment s’appelle Les Demoiselles. Découverte, suivi d’un entretien avec l’auteur.

Les Demoiselles, est le nouveau roman d’un progressiste ultra-cultivé répondant au nom d’Alex Porker, et ayant décidé de prendre la plume pour mettre en lumière un phénomène majeur mais encore occulté par la littérature contemporaine : le phénomène de « l’hyper-enfance ». Dans Les Demoiselles, l’imagination pousse dans ses extrêmes limites les potentielles conséquences de l’hyper maturité grandissante des enfants dans notre société toujours plus matérialiste.

Pour faire connaître son texte explosif, Alex Porker n’hésite d’ailleurs pas à le faire publier dans une maison d’édition néo-réac (Alexipharmaque), tellement le secteur de l’édition traditionnelle est sclérosé et bouché par les cercles germano-pratins à tendance Angot, Foenkinos, Musso et cie, où la littérature ne prend pas (plus?) de risque. Difficile en effet de nos jours, de trouver sa place, et il faut dès lors saisir les occasions d’exister sur le papier (Les Demoiselles étant à l’origine un ebook) et dans ce domaine, avouons le, Alexipharmaque fait du bon boulot. Reste désormais à séduire la critique et le grand public. Pour l’instant, nulle trace donc, dans les classement “Tite-Live” et autres meilleurs ventes Fnac, de ce roman, le second de l’auteur mais aussi son troisième livre.

Les Demoiselles dépoussière pourtant admirablement le genre de l’anticipation dans un style brillant de classicisme, et d’un point de vue narratif, peut être comparé à ce qu’a pu écrire Maurice G. Dantec (La sirène-rouge, Les racines du mal ) au début de sa carrière. Nous sommes ici en présence d’un néo-Ballard, tendance Sauvagerie, avec un zeste de références idéologiques et politiques en plus. Mais c’est normal, nous sommes en France. Le coup de poing que le lecteur reçoit est semblable à celui qu’a pu porter Bret Easton Ellis en son temps avec Moins que Zéro, ce portrait glaçant de l’Amérique superficielle.

Dans la lignée de Fabien Henrion (Teenage Lobotomy) qui s’était lui attaqué au sujet des adolescents et des psychotropes, Les Demoiselles frappe de plein fouet les errements de la modernité avec le thème des hypers-enfants. Ces enfants qui ne prennent plus la peine d’être innocents, et qui non-contents d’exister de façon autonome par rapport aux adultes, organisent une révolution qui les porterait au pouvoir. Il faut dire que ces derniers ne montrant plus l’exemple de la morale, la faille est devenue béante dans notre monde pour prendre leur place. Les hypers-enfants, devenus ultra-matures grâce aux informations, aux jeux-vidéos, à l’argent et à leur liberté de se réunir en micro-société, deviennent tout à coup légitimes pour renverser les adultes et les dominer comme de vulgaires esclaves.

Nul doute, de par sa qualité stylistique, narrative, et du potentiel de ses personnages – notamment Cyl, une fillette de 9 ans pouvant être comparée à Staline ou Hitler – que Les Demoiselles mériterait une adaptation cinématographique. Qui saura, dans nos contrées, transformer le choc littéraire en un déferlement visuel d’esthétique et d’action ? Si la notoriété que le livre mérite se développe, nul doute qu’un réalisateur s’emparera sans tarder du phénomène. Ne vous faites pas doubler : à vos scénarios.

Guillaume Atgé
leslecturesdeguillaume.wordpress.com
Les Demoiselles d’Alex Porker : Hyper-enfance 2.0


Il est des romans noirs où le lecteur sait très bien que tout n’est que jeu codifié et noirceur “pour de faux”, et d’autres où l’auteur prend le pari risqué d’aller gratter au plus profond, où la ligne des mots matérialise un câble de funambule tendu au-dessus de l’abîme de la non-humanité, jonglant entre écoeurement et insignifiance de l’excès. C’est sur ce fil ténu qu’évoluent ces Demoiselles, récit terrifiant d’anticipation sociétale sur l’avènement d’une nouvelle classe sociale privilégiée faite d’enfants déviants et hypermatures, monstrueux rejetons faustiens du turbo-capitalisme. Se basant sur la dérive actuelle du jeunismes ambiant, de la terreur face au vieillissement et de la systématisation des revendications puériles et égocentriques de chacun à avoir tous les droits en s’appuyant sur un discours faussement révolutionnaire et libérateur, Les Demoiselles nous offrent la vision abominable d’un futur où une minorité militante d’enfants – drogués dès leur plus jeune âge par des géniteurs embrigadés par la dérive sécuritaire – veulent abolir les lois contre la pédophilie ou anéantir tous les adultes. L’effet est d’autant plus glaçant que le parti pris d’Alex Porker est celui de la froideur et du détachement, accentuant le malaise dans ses passages les plus insoutenables.

Parfois de niveau inégal, et un brin trop démonstratif, Les Demoiselles est un roman dérangeant, et un avertissement halluciné sur l’un de nos futurs possibles au cas où nul sursaut viendrait nous sortir de la léthargie dans laquelle nous a plongé la logique de mort de la consommation.

Pierric Guittaut
Eléments (n°150)
Poupées de sang


Troisième ouvrage pour Alex Porker qui choisit de s’articuler autour du phénomène qualifié par ses soins de l’« Hyper enfant ». A l’instar de son précédent roman MakeUp Artist, les demoiselles ont à nouveau pour sujet centrale la mise en situation de l’enfance évoluant au sein du théâtre sociétale de la post-modernité.
S’inspirant des présents faits de sociétés liés au consumérisme outrancier ainsi que de leurs impacts civilisationnelles. L’histoire se nourrit d’un présent où les lolitas font face aux adulescents, où l’adultification de plus en plus juvénile ouvre de nouvelles étendues marketing et où l’adulte s’infantilise par des comportements de plus en plus capricieux de jouisseur compulsif. Le roman peut être perçu comme un reflet anticipatoire et cauchemardesque des effets que pourraient engendrer un consumérisme omnipotent sur les distorsions générationnelles. Nous nous situons dans la France des années 20 du nouveau millénium. Les enfants peuvent circuler et vivre de manière totalement indépendante à compter de l’âge de 8 ans. L’hyperprécocité dont ils font preuve leur permet une très grande liberté de mouvement ainsi qu’une complète autonomie spécifiquement dans la jeunesse dorée de l’hyperclasse. La communauté pédophile nettement plus structurée et se faisant désormais appelé (girl lover/boy lover) milite pour ses droits et la dépénalisation de son statut. L’enfance éternelle semble faire office de nouvelle quête du graal pour une société composée d’enfants qui n’en sont plus vraiment et d’adultes qui n’en ont jamais vraiment été.

L’histoire se construit autour d’un sordide fait divers pour évoluer progressivement vers un terrifiant huis-clos hallucinatoire. Le 17 septembre 2025 une équipe de police Parisienne alertée par le voisinage se plaignant de l’odeur pestilentielle fait irruption dans l’antre obscure et dantesque d’un immeuble du XVI arrondissement. Là se fera la découverte macabre d’une fillette complètement décharnée et squelettique mais encore vivante. Il s’agit en fait de la petite Julie Darrieux ayant auparavant disparue lors d’une visite au musée du Louvre après avoir échappé à la vigilance de ses parents. En explorant les pièces de ce cloaque lugubre aux fenêtres murées, les policiers découvrent les cadavres de 3 autres fillettes ainsi que celui d’un adulte à demi cannibalisé. L’enquête piétinante prendra une autre tournure lorsque l’officier M Jambart sera contacté par Julien De Winter, un agent du service anti-cyberpédocriminalité de la Brigade de Protection des Mineurs. La piste s’orientera vers un groupuscule révolutionnaire et pan-juvéniliste développant des thèses politico-sexuelles hors normes. Quelques années plus tard la jeune rescapée Julie Darrieux publiera avec l’aide d’un journaliste un ouvrage témoin relatant les détails de son calvaire. De sa disparition jusqu’ à l’appartement emmuré du 5 rue Dickens, nous découvrirons la personnalité de ses geôlières. Un trio de fillettes aussi glamour que sociopathe qui semblerait sortir tout droit de l’imagination de Trevors Brown, mené par Cyl une sorte de Maldoror mégalomaniaque en socquettes blanches «C’était un être profondément abstrait et amer et ses grands yeux bleus fanatiques, semblables à des boussoles cassées, ne désignaient plus que les rivages de la mort.»

A la croisée d’une version urbaine des démons du maïs et d’un orange mécanique rose bonbon, les demoiselles drapées d’une beauté angélique n’omettent aucun détail quant à la dégradation tant physique que psychique des captifs, nous faisant délicatement pénétrer dans l’horreur par un habile glissement, l’auteur réussit à traiter de sujets délicats avec esthétisme et intensité donnant une coloration toxique et une atmosphère plus que particulière au récit. A la lecture de cet ouvrage on pourra s’interroger sur l’orientation que peuvent nous faire prendre les récentes métamorphoses sociétales engendrées par la mécanique « libéral-libertaire ». Après la perspective d’une abolition de l’identité psychologique des sexes par la théorie du Gender, après l’annihilation de la bio-diversité par le métissage institutionnalisé, on peut aisément imaginer une abolition des frontières temporelles de l’âge incarnée par la figure de l’hyper-enfant. Figure de Peter-pan déchu ou le narcissisme n’aurait d’égal que la morbidité.

La déstructuration progressive de l’être par le démantèlement de ses divers composantes intrinsèques et structurelles et ce avec l’aval et l’approbation du futur bétail uniformisé et dépossédé du « soi » au profit du « je veux avoir », pourrait bien esquisser la silhouette de l’homme nouveau dans les méandres de cette post-modernité mammonique en gestation.

Diaphane Polaris
Rébellion (n°62 janvier/février 2014)


« L’Enfance se fait lointaine, comme un pays d’où l’on s’en va », chantait Reggiani dans Et puis, chanson bouleversante écrite par Dabadie. Après quelques années, quelques déboires et quelques drames, nous en sommes tous à peu près là, à nous remémorer le trajet, à passer en revue les stations, à tenter d’identifier le moment où tout a basculé, où l’enfance pour de bon s’en est allée. C’est sans doute parce qu’il ne parvient pas à se défaire de cette lancinante mélancolie, qu’il échoue à transmuter le plomb des souvenirs en récapitulation précieuse – cette seconde mémoire qui sans rien renier se détache enfin des faits – que le monde moderne rêve secrètement d’abolir toute distinction entre les âges et les générations, transformant en permanence l’adulte en gamin jouisseur et l’enfant en citoyen digne de consommer et de régenter.

Alex Porker, avec Les Demoiselles, continue après “(plain)_MakeUp Artist_ l’exploration littéraire de ce troublant fait de société, ou plutôt de civilisation, en choisissant d’en pousser la logique à son terme, jusqu’à l’horreur et jusqu’à la beauté même de cette horreur, ce qui est à vrai dire l’objectif de tout romancier digne de ce nom : faire de la réalité non pas le prétexte d’un récit idéologique qui la nie, mais la chair d’une fiction qui en détruit les garde-fous rassurants et ainsi l’exhausse. Que deviendra notre monde aux mains de ce qu’il nomme les « Hyper-enfants », sans émotion ni pardon, mais avec du désir et de la violence à revendre ? Les Demoiselles dresse le portrait de ce qu’il pourrait demain rester de l’enfance : une enfance noyée dans un verre d’eau de piscine, une enfance insouciante jusqu’à l’os, belle jusqu’à la nausée, pénible progéniture dissolue et décadente issue d’un monde d’adultes qui ne se souciait désormais plus que d’une seule chose : leur ressembler. Egrénant avec une minutie glaçante les affres de quatre enfants et d’un adulte enfermés dans un appartement, passant sans prévenir du raisonnement logique de l’enquête policière effectuée après coup, aux dérèglements pulsionnels des prisonniers en leur lente agonie, Porker dans son huis-clos d’épouvante, n’omet aucun état d’âme et ne nous épargne aucune dégradation physique, comme pour mieux nous persuader que son Orange mécanique dont presque tous les protagonistes, victimes comme bourreaux, ont moins de dix ans, aura un jour bien lieu.

« Elle était là pour toujours, le menton haut, saluant fièrement le matin vide. Il y avait quelque chose de grave et de digne en elle (…), quelque chose de secret et d’effrayant. Une peur que les adultes ne saisiront jamais. Peut-être la peur de grandir… ». Avec « sa morphologie filiforme, lisse, angélique, quasi volatile » et les extraits de son journal intime qui émaillent le récit en alternant lyrisme incandescent et ultimatums mégalomaniaques, l’effrayant personnage de Cyl fait alors tout le prix de ce roman. Fillette de cauchemar se voulant la porte-parole de ceux qui « n’ayant pas encore l’âge d’aimer ont décidé maintenant de haïr », elle synthétise parfaitement les inquiétudes de l’auteur sur ce qui se trame aujourd’hui, cette logique mortifère qui détruit toute maturation et toute sédimentation au profit de l’exultation immédiate, cette jouissance consumériste qui ne s’assouvit vraiment que dans les décombres.

Ludovic Maubreuil
Cinématique
Alex Porker et l’hyper-enfance 2 (11/12/12)

Du(es) même(s) auteur(s) aux éditions Alexipharmaque :

« Les Demoiselles »
Roman (Broché)

Collection : Les Narratives

« Makeup Artist »
Roman (Broché)

Collection : Les Narratives

Les Demoiselles - Alex Porker


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