« L’Oubli, la trace »

Poèmes  
Collection : Les Rares
115 pages
ISBN : 978-2-917579-19-0

Prix (Broché) : 10 € - Ancien prix : 18 €

Poète… vos pa­piers ! Ain­si Léo Fer­ré in­ti­tu­lait-il son re­cueil de poèm­es, pa­ru en 1956 à La Table Ronde. Voi­là une injonc­tion qui ne m’ef­f­raie nul­le­ment : des pa­piers, j’en ai, en bonne et due forme, par­fai­te­ment en règle, et qui me per­mettent d’al­ler et ve­nir, et d’en­t­rer li­b­re­ment n’im­porte où, ce dont je ne me prive pas. Mais at­ten­tion, ce sont des pa­piers de poète, et qui, par­tant, ne m’au­to­risent qu’à l’exer­cice poé­tique. Par eux, je suis te­nu à res­pec­ter et à faire va­loir ce que la poé­sie exige en tant que tel­le : si, sur le ta­lus, je con­temple une plante et en cherche le nom, elle se­ra la plante en soi, ex­c­lues ses pro­p­rié­tés mé­di­ci­nales, c’est-à-dire uti­li­taires. Si je tra­verse une usine, une fa­b­rique, une mine, une gare dé­s­af­fec­tée, ses ins­tal­la­tions, ate­liers, ma­c­hines, ayant per­du leur né­c­es­si­té pra­tique, le ca­rac­tère de leur usage, vont s’éri­ger sous mon re­gard dans leur pleine sou­ve­rai­ne­té, leur beau­té ja­mais vue, leur mys­té­rieuse li­ber­té. N’étant ni phi­lo­sophe, ni so­cio­logue, ni his­to­rien, ni éco­no­miste, mon en­t­rée en po­li­tique se fe­ra sous le signe de l’in­tui­tion, de l’émo­tion, de l’idéal, de l’ab­so­lu, du subjec­tif preuves à l’ap­pui, ce qui en­t­raîne au­to­ma­tique­ment le re­cours au dis­cours po­lé­m­ique, à l’ag­res­sion pam­ph­lé­taire, car si le poète est des­ti­né d’abord à la louange, il l’est aus­si, ip­so fac­to, au mé­p­ris, à la co­lère, à la dé­tes­ta­tion, les deux faces de la même mé­daille. Chaque poète vé­ri­table pos­sède son ap­ti­tude à l’él­oge et son art de l’in­vec­tive, et chez lui tout est grâce. Ado­lescent, la po­li­tique s’est im­po­sée à moi par la lec­ture des Mi­sé­rables en édi­tion Nel­son. Peu ap­rès, en 1952, l’an­t­ho­lo­gie d’Ara­gon, et sur­tout sa ma­g­ni­fique pré­face, Avez-vous lu Vic­tor Hu­go ?, aux Édi­teurs Français Réu­nis, a fixé à ja­mais mon sen­ti­ment na­tio­nal. Et cette même an­née, la mort pré­m­a­tu­rée de Paul Éluard et ses ob­sèques à la so­vié­tique, avec son grand por­t­rait tout de gra­vi­té et de ten­d­resse, et, dé­c­i­sive, ma dé­cou­verte des poèm­es de Livre ou­vert, chez Gal­li­mard. L’en­ga­ge­ment du poète, lorsqu’il est por­té par un ly­risme de forte éc­ri­ture, m’ap­pa­raît comme un sa­c­ré auquel il ne faut pas tou­c­her. Re­p­ro­c­her à Éluard, à Ara­gon leur culte de Sta­line, à Clau­del sa dé­fense des na­tio­na­listes es­pa­g­nols, lorsque ces prises de po­si­tion donnent nais­sance à d’ad­mi­rables textes, ad­mi­rables parce que sou­dain alors dé­ta­c­hés de leur con­texte, de leur ét­roite ré­fé­r­ence his­to­rique, me semble le comble de l’inep­tie, le triomphe de la stu­pi­di­té, la marque mau­dite des fla­g­rantes injus­tices. Là, on peut dire que le poète a été digne de sa vo­ca­tion, qu’il n’a pas usur­pé la te­neur de sa carte d’iden­ti­té.

ancien prix : 18 €

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L'Oubli, la trace - Jacques Sommer

Du(es) même(s) auteur(s), chez Alexipharmaque éditions :

« L’Oubli, la trace » Jacques Sommer
Poemes (Broché)

Collection : Les Rares